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Le nouveau film des Schtroumpfs fait voir bleu... pâle

Par Rémi BARNAULT Bof 25 septembre 2025 
Le nouveau film des Schtroumpfs est sorti. Au programme : burgers, hommages à la BD, frites, nouveautés, beignets d’oignon, voyage, et encore des frites. Mais est-ce que la sauce prend ?

Annoncé en 2022, le film appelé simplement Les Schtroumpfs, le film, et encore plus sobrement Smurf en américain (du nom anglophone des petits êtres bleus), devait initialement s’intituler The Smurfs Musical. Le côté musique est resté avec en tête d’affiche la pop star Rihanna, en Schtroumpfette évidemment. On avait eu droit à Katy Perry dans les deux films live. Aucun doute possible : ce nouveau film veut en mettre plein les mirettes, avec son animation, ses musiques, ses nombreux nouveaux personnages (il faut bien vendre des figurines) et ses multiples destinations, dont Paris. Le tout en explorant un concept bien en vogue : le multivers. Ce nouveau Schtroumpfs est signé Chris Miller, réalisateur du film Le Chat Potté. Le scénario est signé Pam Brady, connue pour la série South Park, ce qui peut expliquer les blagues plutôt destinées aux adultes, ne tombant jamais (encore heureux) dans le trash.

Le nouveau film des Schtroumpfs fait voir bleu... pâle

Côté VF, le film signe l’agréable retour de la voix historique du grand Schtroumpf Gérard Hernandez. Il avait laissé sa place dans la série TV débutée en 2021. Le choix de Philippe Katerine en Schtroumpf coquet, ça coule de source, même si on ne l’entend que peu. Enfin, on notera le caméo de Dorothée, qui, en plus d’avoir bercé toute une génération, est la chanteuse de certains génériques cultes de la série des Schtroumpfs dans les années 80. Du bien beau monde, mais qu’en est-il de l’histoire ?

Vautrage dans le multivers

Nous suivons principalement la Schtroumpfette, qui est à nouveau sous le feu des projecteurs après sa quête d’identité dans Les Schtroumpfs et le Village perdu. Mais cette fois-ci, c’est un tout autre Schtroumpf qui se cherche et partage la scène avec elle : le Schtroumpf sans nom. Il n’est pas sans rappeler le Schtroumpf discret/frustré, apparu à quelques reprises, mais qui, à la différence du Schtroumpf sans nom, était vraiment à l’écart du groupe (voir par exemple le dernier tome en date Le Trophée des Schtroumpfs). Dans la septième saison de la série animée, en 1987, il y avait un épisode Le Schtroumpf sans nom. Plus récemment, il y a aussi eu l’album hommage de Tébo Qui est ce schtroumpf, où un mystérieux Schtroumpf tombé du ciel cherchait à savoir ce qu’il était. Tout ça pour dire que la quête d’identité chez les Schtroumpfs, pourtant tous identiques, ça n’a rien de nouveau. Mais revenons à nos Schtroumpfs !

Le Schtroumpf sans nom cherche désespérément ce qui le caractérise. “Son Schtroumpf”. Heureusement, dans la communauté, la solidarité reste la règle d’or. La Schtroumpfette, en particulier, se sent concernée par sa cause, à la fois en raison de son passé et parce qu’elle est la seule fille du village. Mais bientôt, l’aventure vient sonner à la porte quand le grand Schtroumpf est enlevé. Ce n’est pas un énième stratagème de Gargamel : non, il faut se renouveler, proposer une autre figure. Peut-être plus moderne ?

Mais comme le sorcier reste un personnage si emblématique, c’est finalement son frère caché, son alter ego, qui s’empare du doyen du village des Schtroumpfs. Accompagnés d’un grimoire magique et… d’une tortue – parce que pourquoi pas après tout ? – et c’est aussi une manière comme une autre de caser en VO la voix du DJ Marshmallow – les Schtroumpfs vont faire une traversée du multivers pour sauver leur cher doyen. L’occasion, au passage, pour Sans Nom de faire ses preuves. Un proverbe touareg dit : “Voyager, c’est aller de soi à soi en passant par les autres”. Le film fait moins dans la subtilité.

Le scénario recycle des thématiques connues et multiplie les clichés. Si seulement c’était bien mené. Le gentil qui fait mine de flirter avec les vilains, les introductions du style “Au commencement, il y avait…”, les retournements de situation que l’on aperçoit à des kilomètres… Et on en passe, et des pires.

Côté personnages, si la Schtroumpfette est mise en avant sous son meilleur jour, l’initiative du village des filles est entièrement écartée. Pareil pour le personnage de Sasette, aux abonnés absents depuis longtemps, dont la présence aurait été appréciée, quitte à tomber dans le fan service. Mais comme chaque nouveau film a son florilège de nouveaux Schtroumpfs, on découvre ici les Schtroumpfs “Flou”, “Truc” et “Bruiteur”, pour ne citer qu’eux. Ce dernier fournit d’ailleurs parmi les meilleurs gags. Mais pas de Schtroumpf influenceur à l’horizon. Comme dit précédemment, Gargamel est affublé d’un frère, qui semble plus diabolique que lui. Mais en réalité, ”Razmael” prend surtout sa place de méchant par excellence, pendant que l’original devient une sorte de faire-valoir gaga. Il y a de quoi voir Razmael comme une parodie, une pâle copie. Ça fait sourire, mais c’est assez troublant. Tant qu’à faire, le grand Schtroumpf a aussi un frère caché prénommé Ken. Sous un autre angle ou avec un meilleur traitement, le duo aurait pu mieux fonctionner. Un dur à cuire sans grande personnalité. La populace habituelle est reléguée au second plan, voire carrément éclipsée.

La sauce ne schtroumpf pas

Mais tout au long du film, il y a quelque chose qui vient rompre l’histoire, tel un running gag de mauvais goût : le fast-food. Ce qui n’est pas sans rappeler que le film est produit aux USA. Sa sortie se fait en partenariat avec Burger King. Il y a quelque temps, on a d’ailleurs évoqué dans nos pages leur sauce bleue en édition limitée pour l’occasion. Parallèlement, on retrouve dans le film des frites, des burgers et même des beignets d’oignon. Razmael se fait servir, en figure d’autorité maléfique qu’il est. Et puis, l’heure est à la livraison express. Pris sur le vif, le partenariat aurait pu rester discret, voire même subtil. Cela n’aurait pas empêché les spectateurs d’aller se faire une bouffe juste après la séance en prenant la sauce bleue dans leur menu (tout est lié, après tout). Mais au lieu de cela, on assiste à un véritable forcing. On pourrait presque croire que le long-métrage est une fresque de propagande en faveur de la malbouffe.
Cerise sur le gâteau : la salsepareille, mets favori des Schtroumpfs, est renommée – on vous le donne en mille – baie de Schtroumpfs pour le film.

En outre, il faut souligner que le métrage est radin en ce qui concerne les gags habituels. Oui, la nouveauté ça a du bon, mais à quel prix ici. Une mention spéciale pour le final qui a plutôt tendance à enfoncer le film qu’à le servir. Quasiment dès le début, on peut se douter de certains pans du dénouement, notamment en ce qui concerne le personnage central. La dualité entre le bon monde des petits êtres bleus et le grand vilain Gargamel fait partie intégrante de l’univers. C’est l’un des piliers, et on le retrouve ici, surtout avec le frangin du sorcier. Mais pousser le manichéisme à l’extrême, en accumulant les artifices, ne rend pas vraiment service à l’œuvre : ajouté à tous les défauts du film, cela la rend prévisible et lourde.

Côté graphisme, on se rapproche plus de l’esprit BD, notamment dans certains traits et dans les expressions, avec une animation usant de techniques de cel-shading ou toon-shading, dans la lignée de ce qui se fait ces dernières années dans les blockbusters d’animation. L’effet est assez troublant au départ, mais on s’habitue vite. C’est bien exécuté. Cependant, dès la première révélation des images du film, on a été frappé par la chevelure platine de la Schtroumpfette. Loin du blond éclatant de la BD, ce choix détonne franchement. Assez dur d’en faire l’impasse. Mais après tout, elle a le droit de se faire une coloration…
Et puis, on est toujours plus proche de l’univers graphique de Peyo que dans les deux derniers films live. De plus, le film comprend diverses références aux codes de la bande dessinée, tel un retour aux sources, usant notamment de phylactères.

Le film propose aussi quelques passages mêlant animation et prises de vues réelles. On aurait pu en profiter pour faire apparaître des acteurs et montrer les petits lutins bleus interagir avec des humains, mais cette approche restait surtout celle des films de 2011 et 2013. Ici, les humains sont relégués à l’arrière-plan… quand ils apparaissent. Reste qu’il est toujours agréable de voir les Schtroumpfs se promener – même brièvement – dans Paris, comme cela avait déjà été fait dans le film live de 2013.
On peut aussi apprécier une scène de course-poursuite en scooter, comme l’annonce l’un des posters promotionnels du film… Ah non, la scène n’existe pas dans le film. Que nous vend-on ?

En conclusion, Les Schtroumpfs, le film a de quoi séduire visuellement et reste efficace pour qui veut se laisser porter sans trop réfléchir. Mais derrière son vernis coloré et vendeur, il peine à convaincre. Plus clinquant que vraiment inspiré, il laisse l’impression d’un divertissement correct, mais loin d’être mémorable – un Spider-Man : Into the Spider-Verse au rabais.

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9782808214957
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