Pas mal
2 mars 2026
Une fois le soleil couché, à Cleveland, il s’en passe des vertes et des pas mûres ! Le monde de la nuit regorge de petits truands toujours prompts à flairer la bonne affaire. C’est le cas de ce duo d’escrocs composé de Columbia et de son pote Goldfish, jouant aux faux flics pour dérober d’autres malfrats. Un tandem qui fonctionne à l’unisson jusqu’au jour où Goldfish rencontre une chasseuse de primes, Jinx (sans se douter de sa fonction) et tente de tourner la page de sa vie de délits.
Les amateurs de longs dialogues, version Scorsese ou Tarantino devraient être aux anges, cela va de soi. Ici, on bavarde à tue-tête avant d’occire ou de martyriser quiconque de droit. Un style littéraire qui, avouons-le, peut plaire ou faire fuir, d’autant que certaines conversations, bien trop pompeuses, s’étirent en longueur, pour ne finalement rien apporter comme plus-value à la trame, si ce n’est de faire du surplace.
Et que penser de ces longs et interminables monologues qui, certes, détaillent une situation, mais qui s’enlisent dans un conglomérat d’éléments à en donner mal à la tête.
Concernant ce trio central d’héros, ou plutôt d’anti-héros, tant l’héroïne principale, à savoir Jinx, que les deux voyous portent immanquablement un poids bien trop lourd sur leurs épaules. Jinx s’est protégée du monde qui l’entoure du mieux qu’elle a pu, haïssant l’humain avec un certain mépris. Dans son entourage et même dans ses affaires, on tente d’abuser d’elle, bien que la brune dispose d’une sacrée personnalité pour y faire face.
Cette dernière sera précipitée dans une aventure cinq étoiles à la recherche d’un magot de trois millions de dollars, également convoité par Columbia & Goldfish qui, étonnement, disposent chacun d’un élément clé pour obtenir cette richesse. Mais pour une telle somme, les anciennes amitiés peuvent malheureusement se fritter...
Sur la teneur du récit, autour de la pègre, des malfrats et de la corruption, on évolue clairement dans un contexte destiné à un public mature et averti, bien qu’étonnement la 4ème de couverture n’en fait nullement mention. On ne décèle que peu d’hémoglobine ou de scènes torrides, bien qu’elles soient présentes, de même que les conversations et les jurons entre truands et dealers, qui usent d’un vocabulaire cru et généralement à connotation sexuelle.
Paru initialement en 2006, lors des débuts de Brian Michael Bendis, Jinx explore les bas-fonds d’une société en mal de vivre. L’arnaque et la convoitise sont de rigueur tant que le dollar coule à flot. On sent que l’auteur se cherche et tente de trouver sa patte personnelle, bien que ces quatre cents pages de lecture assomment à plus d’une reprise.
D’un point de vue graphique, Brian Michael Bendis nous distille un avant-goût de L’Enfer grâce à un paysage obscur à souhait. Le noir et le blanc s’accordent en étroite corrélation et chaque détail se veut être éclairé ou assombri, en fonction des angles de vue de ce qui doit être dévoilé ou non. Le découpage, quant à lui, soigné et varié, permet au lecteur de se plonger de manière immersive, à l’instar d’une œuvre cinématographique.
D’ailleurs, l’auteur ne s’en prive pas et joue sans cesse sur ce versant, évoquant à plus d’une reprise des grands classiques du cinéma. Côté protagonistes, nous nous retrouvons avec une sacrée collection de tronches patibulaires, d’hommes et de femmes n’ayant finalement plus rien à perdre. Un peu à l’image du lecteur, qui au bout de ce pavé, en ressort quelque peu groggy.
Par Marc VANDERMEER
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Jinx. Auteur : Brian Michael Bendis. Editeur : Delcourt. 410 pages. Sortie : le 26 février 2026. Prix : 32,50 euros.
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