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Ce n’est pas tout à fait un manga sur le cancer lui-même, mais plutôt sur les comportements qui peuvent augmenter son risque. On y parle, entre autres, d’alimentation, de tabac, d’alcool… le tout à travers plusieurs voyages dans le passé. L’idée qui domine est la prévention : avec une machine à voyager dans le temps, on peut agir avant que certaines habitudes ne deviennent permanentes ou que leurs effets sur le cancer ne se manifestent.
Lina, Maxime et Mehdi sont trois adolescents qui se connaissent depuis l’enfance. Lors d’une randonnée durant laquelle ils comptent faire une partie de jeu de rôle, ils rencontrent Isaac dans une maison forestière abandonnée. Celui-ci affirme être médecin et venir d’un futur marqué par une forte augmentation du nombre de cancers. Grâce à une étrange boussole, il peut se déplacer dans le temps et souhaite leur montrer comment certaines décisions présentes peuvent modifier leur avenir.
Avant que l’aventure ne commence vraiment, Kalon prend le temps d’installer son trio. Mehdi enchaîne les blagues et vide progressivement son sac de provisions, Maxime préfère les livres et les jeux de rôle à l’activité physique, tandis que Lina a préparé leur randonnée dans les moindres détails. Ils se chicanent, se connaissent parfaitement... bref, des adolescents tout à fait ordinaires ! En réalité, leurs habitudes serviront ensuite à introduire les différents sujets de prévention sans partir immédiatement dans de longues explications.
La recherche d’identification occupait une place importante dans le travail de Kalon :
« Ma priorité a été d’arriver à proposer des personnages de tous les jours, des héros ordinaires, auxquels les lecteurs pourraient s’identifier ou qui pourraient leur faire penser à quelqu’un de leur entourage. Il fallait bâtir une relation entre le lecteur et les personnages. »
Cette volonté se retrouve surtout dans la dynamique du groupe. Mehdi ne manque jamais une occasion de plaisanter ou de ramener la conversation aux jeux vidéo, souvent au grand agacement de Lina, qui essaie de maintenir leur randonnée sur les rails. Plus discret, Maxime fait le lien entre eux et veille sur ses amis, cachant son crush pour la jeune fille. Leurs chamailleries donnent ainsi au début du récit un ton léger où l’on peut ressentir leur amitié.
Comme tout bon récit de voyage temporel, chaque élément d’un personnage prépare en réalité la suite de l’histoire. Ici, ce sont les (mauvaises) habitudes qui finissent par devenir le point de départ des voyages dans le passé. Ce procédé permet de montrer plus clairement les conséquences d’un comportement adopté parfois très jeune, même si celles-ci peuvent apparaître des dizaines d’années plus tard. En faisant passer les personnages d’une époque à l’autre, le manga joue sur le rapport cause et corrélation dans les effets du cancer et ce qui peut le provoquer. Kalon explique ce choix :
« Les cancers sont la plupart du temps des maladies qui prennent plusieurs années pour se développer. Quand ils se déclarent, ce n’est plus l’heure de faire de la prévention. Voyager dans le temps est alors un immense pouvoir : celui de retourner à l’origine, de modifier ses habitudes et ses comportements pour réécrire son histoire. »
Un choix qui devait également permettre au manga de transmettre ses informations sans culpabiliser ses jeunes lecteurs. L’humour et les relations entre les personnages jouent ici un rôle essentiel, comme l’explique Kalon :
« L’aspect comique est un très bon levier pour faire passer un message en douceur sans culpabiliser le lecteur. L’idée était de susciter une prise de conscience sans asséner un message moralisateur. »
L’auteur parsème également son récit de références familières, notamment à One Piece, aussi publié chez Glénat. Une manière supplémentaire de rapprocher l’ouvrage de la culture de ses lecteurs grâce au manga le plus vendu au monde :
« One Piece n’était pas de ma génération, mais j’ai suivi la déferlante et l’engouement que cette série a suscités et suscite encore. Au même titre que Dragon Ball à mon époque, One Piece a bercé les dernières générations. »
Pour promouvoir la sortie du manga, l’INCa a d’ailleurs directement fait une interview de Kalon :
L’idée du projet vient de l’Institut national du cancer, qui avait déjà utilisé le jeu vidéo avec Cancer Fighter pour communiquer sur la prévention. L’Institut s’est ensuite rapproché de Glénat afin d’établir le cahier des charges et de trouver un auteur capable de transformer ces informations en récit.
Pour Emmanuel Collin, directeur de la communication et de l’information de l’Institut, le manga s’est rapidement imposé comme le format le plus adapté :
« Le choix du manga nous a semblé pertinent et adapté, car c’est un genre qui est très apprécié, voire plébiscité par les 10-13 ans auxquels nous souhaitons nous adresser. Le manga fait partie des codes culturels de cette génération et permet d’aborder un sujet complexe, la prévention des cancers, de manière ludique et pédagogique. »
La collaboration reposait alors sur une répartition précise des rôles. L’Institut apportait les informations scientifiques, Glénat son expérience éditoriale, et Kalon son univers narratif. Satoko Inaba, directrice éditoriale de Glénat Manga, résume :
« Dès le départ, nous avions clairement identifié les rôles : l’Institut pour l’expertise scientifique, Glénat pour l’expertise éditoriale et l’auteur pour la créativité. »
Cette répartition se retrouve notamment dans les pages pédagogiques placées à la fin des chapitres. Celles-ci reviennent plus précisément sur les différents facteurs de risque évoqués au cours de l’histoire. Emmanuel Collin précise :
« Les fiches pédagogiques ont permis de venir compléter et étayer les propos tenus par les personnages avec du contenu scientifique et permettre alors une meilleure compréhension des enjeux pour les jeunes lecteurs. »
Restait à rendre l’ouvrage accessible. Entre nos mains a d’abord été distribué gratuitement à 40 000 exemplaires lors de Japan Expo. Il peut également être commandé sans frais, dans la limite des stocks, sur le site de l’Institut national du cancer.
Cette gratuité excluait cependant une diffusion classique en librairie, comme l’explique Satoko Inaba :
« Pour que l’œuvre puisse être dans toutes les mains, il était important qu’[elle] puisse être accessible. Dès lors qu’[elle] était gratuite, il nous était difficile de demander une distribution dans les librairies, car nous allions rogner de l’espace de vente dans ces commerces, qui ne sont pas dans une situation facile en ce moment. »
Entre nos mains apparaît ainsi comme le résultat d’un équilibre entre trois domaines : la création de Kalon, le travail éditorial de Glénat et l’expertise scientifique de l’Institut national du cancer. Une collaboration pensée pour faire du manga un point de départ à la discussion avec les jeunes lecteurs sur un sujet important et trop souvent occulté.
Par Colin BESNIER
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