Dubitatif
19 novembre 2024
⚠️La Légion sombre comporte des scènes susceptibles de heurter la sensibilité de certains lecteurs.⚠️
Le monde d’I.S.S Snipers, imaginé par Jean-Luc Istin et Erwan Seure-Le Bihan, réapparaît dans cette nouvelle saga. Ici, c’est Stéphane Louis qui reprend le flambeau pour nous conter un récit se déroulant 200 ans après la série originale, toujours aux Éditions Soleil. La Légion sombre est une œuvre space-opera de Dark SF, une catégorie de science-fiction extrêmement pessimiste où l’avancée technologique ne suffit pas pour cacher la bestialité de l’homme. À la manière de Blade Runner, Alien, ou Helldivers 2 - clin d’œil à notre lectorat de gamer ! - le monde est impitoyable, et seul le cynisme le plus cruel vous gardera en vie.
L’histoire de La Légion sombre illustre parfaitement cette philosophie. Le protagoniste Khali, seul survivant de son peuple, est arraché à sa planète par une armée sanguinaire pour se battre et mourir au nom d’une puissance supérieure qu’il ne connaît pas. Il raconte sa propre histoire de manière rétrospective. Les cases de la bande dessinée sont ainsi parsemées de larges bulles carrées montrant ses pensées. Un choix un peu regrettable car ces mêmes bulles cachent par moments le dessin, qui se suffisait pourtant à lui-même.
Là où La Légion sombre excelle, c’est dans son univers et son esthétique. À la manière d’un Warhammer 40 000, le futur est dystopique, et un empereur tyrannique possède un pouvoir absolu qui s’étend sur des planètes entières. Dans ce monde détruit, la plupart des systèmes cosmiques sont en ruine, et la guerre interplanétaire est le seul moyen d’obtenir des ressources. Erwan Seure-Le Bihan illustre ces mondes par des couleurs flamboyantes, et des tons sombres de bleu et de noir. Le monde de La Légion sombre utilise des codes vus dans d’autres œuvres de SF, certes, mais les revisite de manière unique. Pour montrer l’étendue de son influence par exemple, la légion brise ainsi les règles de la physique et cache son QG dans un trou noir. Toutefois, l’extrême complexité de l’intrigue nuit au récit. Le lecteur perd le fil de l’histoire en essayant de comprendre le système de baronnies, la véritable nature des légionnaires, les différentes factions, ou encore le « Ghôm Shabbal » par exemple. Jusque dans le dernier tiers du livre, l’auteur introduit de nouveaux personnages, de nouveaux enjeux, voire de nouveaux concepts philosophiques centraux à l’intrigue. C’est trop.
Il existe bien d’autres œuvres qui se déroulent dans un univers complexe. Comprendre Star Wars nécessite une véritable encyclopédie, mais ses personnages inoubliables en ont fait une œuvre culte. Dans La Légion sombre,les deux protagonistes, Khali et son mentor Erioch, passent leur temps à se battre, sans jamais évoluer. Khali n’est obsédé que par la vengeance et la mort. Erioch aurait pu être un protagoniste plus intéressant à suivre, si seulement il ne se limitait pas au rôle du mentor à dépasser.
Attention, il existe de très bons personnages de fiction que l’on aime détester : Rastapopoulos de Tintin ou le Joker des comics Batman sont objectivement détestables, mais complexes. Ils sont devenus aussi iconiques que les héros. Dans La Légion sombre, les protagonistes sont creux, et servent surtout à représenter la morale pessimiste de l’histoire : le système est toujours plus fort.
Le lecteur appréciera les dessins extrêmement détaillés et représentant parfaitement la brutalité de ce monde. Erwan Seure-Le Bihan ayant illustré les précédents tomes d’I.S.S Snipers, il a une vision d’ensemble très claire de cet univers, ce qui lui permet de créer des designs futuristes, mais cohérents. Peu importe l’échelle de l’action, les dessins ont une certaine majesté. Par exemple, les scènes où Erioch présente son armée à Khali sont très fortes, par leurs tons rouge sang, et les grandes structures rectangulaires qui dominent les personnages. Un autre exemple est le trou noir, qui propose des visuels spectaculaires, mêlant le technologique et l’organique. On regrette cependant les designs des vaisseaux, qui ont déjà été vus dans des œuvres comme Dune.
La Légion sombre est une œuvre qui s’adresse à un public très spécifique. Les amateurs de Dark SF, qui apprécient les mondes dystopiques sans espoir, sauront sûrement porter un œil plus positif sur l’œuvre. Cependant, le manque d’humanité et de sympathie des personnages exclut beaucoup de lecteurs.
Par Akira OIKAWA
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