Entre un auteur au trait vibrionnant qui maîtrise la bande dessinée de genre et le fantastique et une autrice qui est en train de se faire une place de choix dans le paysage contemporain de la bande dessinée avec des romans graphiques aux ambitions tant littéraires qu’artistiques, quel est le point commun ?
Un lieu d’abord, avec la Galerie Daniel Maghen, rue du Louvre à Paris, qui les expose conjointement jusqu’au 20 septembre 2025, et puis la personnalité et le talent. Les deux artistes faisaient une rencontre avec un groupe de collectionneurs hier matin. ActuaBD était là.
C’est le dessinateur catalan Josep Homs qui se présente en premier. Encore jeune, il fait partie de la nouvelle génération des dessinateurs espagnols qui, à la suite d’un Juanjo Guarnido ou d’un Rubén Pellejero s’apprête à s’imposer comme une des stars mondiales du dessin. Sa série-phare, c’est Shi (Ed. Dargaud), scénarisée par Zidrou. On lui doit aussi Millénium, Secrets - L’Angélus et Le Diable et Coral, un album one-shot qu’il scénarise seul.
Il y a une tradition du dessin espagnol, avec un trait brillant un peu décoratif : Victor de La Fuente, Esteban Maroto, voire Carlos Giménez ; une autre plus « hard boiled » comme celui de Jordi Bernet dont on connaît le Torpedo qu’il signe avec Abuli. Homs n’est pas de cette tradition-là : son trait lui vient de Régis Loisel dont il est un héritier.
Ce qui frappe, c’est un encrage entièrement fait au pinceau, maîtrisé comme si c’était de la plume. Et puis un dynamisme dans la narration visuelle d’une virtuosité incroyable. C’est mieux qu’une caméra à l’épaule : sa ligne d’horizon flotte tandis que les angles de vue virevoltent jusqu’à tordre les perspectives. Il faut voir cela de près, c’est bluffant. Plus de 80 planches attendent votre émerveillement. Comme souvent chez Maghen, des illustrations inédites de commande viennent ponctuer le parcours. On découvre l’habile encreur, l’un des meilleurs de l’époque... coloriste ! Il y déploie son goût pour les personnages et les univers fantastiques. Sacré artiste !
Daria Schmitt, qui avait surpris son monde avec Ornithomaniacs et Le Bestiaire du crépuscule, vient de sortir La Tête de mort venue de Suède (Dupuis, Aire Libre), le récit incroyable du crâne voyageur du philosophe René Descartes inhumé puis déterré d’une tombe suédoise pour revenir en France et y vivre des péripéties incroyables.
L’enjeu, c’est la possession de la relique du célèbre philosophe de la rationalité, celui dont la pensée a influé sur la conception scientifique contemporaine. Une relique quasiment religieuse dont il existerait cinq répliques dans le monde. Est-ce que le « crâne de Descartes » que l’on peut voir aujourd’hui au Musée de l’Homme à Paris est le vrai ? Ce n’est pas scientifiquement prouvé…
Ce qui marque lorsque l’on découvre les planches de Daria Schmitt, c’est que l’on voit qu’elle s’est amusée à travailler sur son sujet : c’est une réflexion sur la science, sur le vivant, sur la mort aussi. « Tout l’album est une vanité ! » dit-elle. Les vanités, ce sont ces représentations artistiques allégoriques qui soulignent la fragilité de l’humain face à la mort et la fatuité de son attachement aux valeurs de ce bas monde.
Le travail de Daria Schmitt, comme celui de ses prestigieux prédécesseurs, est de montrer précisément à quel point l’art transcende la vie humaine et, comme disait Malraux dans Les Voix du silence, il « arrache aux nébuleuses le chant des constellations. »
Ses compositions sont superbes, y compris les œuvres inédites comme cette splendide illustration où Daria Schmitt reprend à son compte la technique du peintre symboliste Xavier Mellery, qui rehaussait ses tableaux à la feuille d’or. Allez voir, cela vaut le détour.
Et surtout, ne manquez pas sa séance de dédicace organisée le 20 septembre, dernier jour d’exposition. Seuls quelques chanceux pourront repartir avec une signature !
Voir en ligne : LE SITE DE L’EVENEMENT
Par Didier PASAMONIK
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