Nous sommes à Bristol, en Angleterre, en mai 1699. Le médecin Lemuel Gulliver embarque sur le bateau l’Antilope pour un voyage au long cours. Mais après diverses péripéties, voici que le docteur se retrouve au-delà des contrées connues et va vivre des situations rocambolesques : une île peuplée de Lilliputiens, une cour qui ne compte que des géants, un séjour à la rencontre des poètes antiques… Exhibé comme un monstre de foire, jeté par un aigle géant dans l’océan, Gulliver ressortira métamorphosé de cette odyssée…
Si Voyages de Gulliver est un classique du roman d’aventures, c’est aussi la matrice d’un genre plus politique, le conte philosophique. Ayant connu la censure et ayant même été menacé de torture, Jonathan Swift a un certain talent pour cacher dans sa prose un authentique art de la subversion… À travers un monde de fantaisie, ce roman culte condamne en réalité les persécutions subies par les catholiques et les Irlandais, et dresse la satire de l’intolérance religieuse de l’Angleterre du XVIIIᵉ siècle…
C’est avec gourmandise que Lorenzo Mattotti s’est lancé dans l’illustration de ce classique de Jonathan Swift, livrant de belles images pleine page et des petits dessins soignés dans son style flamboyant. Rien que de très normal pour celui dont la production flirte régulièrement avec la littérature. Mattotti a ainsi signé des couvertures pour Le Monde des Livres ou pour The New Yorker, tout en créant dans les années 1980 au sein du groupe Valvoline une nouvelle narration qui conjugue une forme hybride mêlant bande dessinée, illustration et peinture (Feux, chez Casterman). Un style admiré et diffusé jusqu’aux États-Unis par Art Spiegelman en personne dans le magazine RAW.
Par Dominique ERNST
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