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Favori de la rédaction
9 avril 2026
Jean-Christophe Chauzy l’avait expliqué au micro de Christian Missa Dio en 2019 : sa série post-apocalyptique Le Reste du monde ne s’arrêterait pas avec le tome 4 paru cette année-là. Pour bénéficier de la suite, il a fallu patienter un peu, près de sept ans, le temps que l’auteur triomphe de la leucémie aiguë dont il était atteint, ainsi qu’il l’a raconté dans Sang neuf.
D’une certaine manière, ce tome 5 entame donc un second cycle, même si chaque tome constitue un récit presque auto-conclusif en s’intéressant plus particulièrement à certains personnages dans une unité de lieu et de temps. À la fin du tome 4, nous avions laissé Hugo et sa mère (sans oublier leur chien Pluto, véritable personnage de cette saga) à la frontière espagnole. Nous n’en dirons pas plus pour laisser aux lecteurs qui ne l’auraient pas encore lue la joie de découvrir la série, d’autant qu’une intégrale du premier cycle est parue en 2024, il y a dix-huit mois. Par le biais d’une habile immersion et de quelques flashbacks, Chauzy nous replonge rapidement dans le contexte, tant et si bien qu’il n’est pas nécessaire d’aller relire les tomes précédents. On comprend les événements qui se sont déroulés et l’on suit plus particulièrement Hugo, qui a grandi depuis lors.
Ce grand ado traverse les différentes étapes de ce passage incontournable vers l’âge adulte : taciturne, il se détourne progressivement de sa mère pour tenter de trouver ses propres repères. Cet éloignement est accentué par le rôle que joue sa mère dans cette communauté qui vit isolée au sein des Pyrénées : au-delà des cours de français qu’elle dispense, elle partage les visions qui la traversent violemment, devenant progressivement un nouveau mythe pour les survivants... ainsi qu’une gêne pour les dirigeants de la communauté !
Même si l’on connaît l’implication graphique de Chauzy depuis les premiers tomes, le choc graphique reste puissant dès l’ouverture de l’album. Les immenses cases à l’aquarelle dégagent toujours autant de force, surtout dans ce grand format maintenu par Casterman. Le discours du jeune Hugo contraste volontairement avec le bleu azur : l’adolescent cherche du sens à sa vie après le cataclysme. Même s’il est fictionnel, son témoignage dégage une grande force lorsque Chauzy le place comme narrateur de l’intrigue : ses émotions deviennent rapidement les nôtres, dans les bons moments comme dans les mauvais...
Les survivants de Chauzy établissent en effet des barrières qui repoussent les limites de l’humanité, des barrières qui ne sont pas si différentes de celles que nous érigeons nous-mêmes contre les migrants, les « étrangers », bref ceux qui ne sont pas comme « nous ».
Cette question du sens atteint un nouveau palier avec une recherche plus mystique. La mère d’Hugo voit-elle vraiment des signes ou est-ce seulement une conséquence post-traumatique des terribles horreurs traversées dans les tomes précédents ? Au fond, qu’importe... La véritable question est de comprendre pourquoi une communauté se forme progressivement autour d’elle, portée par cet irrémédiable besoin de croire, lorsque l’on pense que même les cieux nous ont abandonnés.
Au final, l’auteur a très bien compris que le rôle du récit post-apocalyptique est avant tout de parler de nous, les humains, et les sociétés que nous formons depuis des millénaires. Ce cinquième tome traite donc de l’émancipation des adolescents, mais aussi de notre besoin de diriger ou de nous libérer de nos entraves, et surtout de notre foi viscérale qui nous pousse à croire que « nous savons ce qui est juste. » Si vous ne l’avez pas encore fait, il est plus que temps de succomber aux images à la fois magnifiques et terribles de Jean-Christophe Chauzy, car le sixième tome sera le dernier de cette saga.
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Du Reste du monde, acheter :
– l’intégrale du premier cycle
– le tome 5 qui vient de paraître et intitulé Les Jours heureux