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Quels ouvrages offrir en 2025 à un collectionneur de BD qui a (presque) tout ? (1/3)

Par Didier PASAMONIK 13 décembre 2025 
Il est exaspérant. N’espérez pas lui offrir le dernier Astérix, il l’a déjà ! Le dernier Largo Winch ? Il l’a aussi, qu’est-ce que vous croyez ? Alors, mmmmh, le dernier Loisel ? Raté : c’est déjà dans sa collec… Le libraire, qui ne connaît pas ses goûts, peut vous aider, mais il lui faut des pistes. En voici quelques-unes.

Savez-vous que, parmi les lecteurs d’ActuaBD, certains déclarent avoir au moins 1000 BD dans leur bibliothèque ? Presque tous en comptent une centaine. Parmi eux, il y a de vrais fans. Ils ont « tout » : tout Tintin, tout Astérix, tout Pratt, tout Tardi, tout Bablet… des vrais, des purs, on vous dit. Alors, allez offrir une BD à un de ceux-là ! Ne vous découragez pas : il y a moyen de surprendre.

Car il existe un certain nombre de maisons d’édition que les libraires ne connaissent pas, ou peu. On ne peut pas leur jeter la pierre : avec entre 5 000 et 7 000 nouveautés par an, ils préfèrent les gros éditeurs, ceux qui ne produisent qu’une facture pour des dizaines de nouveautés, plutôt qu’un petit fournisseur qui leur prend les mains (et souvent la tête) pour un seul titre, sans parler de l’acceptation ou non du droit de retour. Mais si vous lui donnez un titre précis, il peut vous le commander et vous l’obtenir en quelques jours. Parfois même, vous le surprendrez en lui faisant découvrir un ouvrage qui peut intéresser quelques-uns de ses clients. Vous aurez ainsi l’impression de faire une bonne action, car il faut soutenir ces petits éditeurs… et les petits libraires !

Le choix dépendra beaucoup du « background » du collectionneur. Le gros de la troupe est l’amateur de BD classique franco-belge. Et là, il y a ces jours-ci quelques pépites disponibles.

Pour les thuriféraires de la Ligne claire

Commençons par l’impressionnante monographie Bob De Moor – La Ligne claire d’Hergé par Gilles Ratier (Éditions BD Must), notre distingué et érudit confrère de BDZoom, à propos de l’œuvre du premier assistant d’Hergé : Bob De Moor. Son fils, Johan De Moor, avait deux parrains : Willy Vandersteen et Hergé. Bob De Moor est anversois et flamand : deux bonnes raisons pour rencontrer le premier, Vandersteen, le tycoon de la BD flamande, l’auteur de la série Bob & Bobette. Dans les années 1950, ce créateur surpuissant domine de la tête et des épaules le monde de la BD néerlandophone. C’est un modèle de productivité. De Moor en suit l’exemple lorsqu’il travaille pour la presse flamande sur des titres comme ’t Kapoentje ou Kleine Zondag Vriend.

Rapidement, De Moor trouve le chemin des Studios Hergé, qu’il rejoint officiellement le 6 mars 1951, travaillant notamment sur les décors d’Objectif Lune. Mais dans le même temps, il collabore au Journal Tintin avec Barelli (1950), conçu dans le plus pur style hergéen, puis Cori le Moussaillon (1951), dans un style réaliste flamand proche de Vandersteen, épaulé par Karel Verschueren.

Il a fallu bien du mérite au spécialiste français de la BD Gilles Ratier (auteur de nombreux ouvrages de référence sur la BD franco-belge, dont une magnifique biographie de Jean-Michel Charlier) pour se dépatouiller des patronymes néerlandais de ce riche ouvrage de 320 pages, illustré de 600 documents rares, retraçant en 18 chapitres l’ensemble de la vie et de la carrière de Bob De Moor. Grâce aux archives familiales et aux documents des Studios Hergé, mais aussi avec l’aide de collectionneurs connaisseurs comme Jean-Pierre Verheylewegen, il offre la synthèse la plus complète jamais publiée sur ce maître de la ligne claire. Le livre explore tant son apport déterminant aux Aventures de Tintin que ses propres séries majeures (Barelli, Cori, Tric, Oncle Zigomar…). Ratier replace également l’artiste au cœur de l’âge d’or de la BD franco-belge. Enfin, les confidences de De Moor éclairent d’un regard inédit son rôle central auprès d’Hergé et la vie au sein des Studios Hergé, jusqu’à sa version historique de Blake & Mortimer et du Professeur Sato. Une pépite, certes un peu chère (99 €), mais incontournable pour les amateurs d’Hergé !

Il n’est pas inutile de rappeler la publication récente de L’Histoire du Journal Bravo par Jean Fontaine et Frans Lambeau, aux Éditions de l’Élan – qui complète la connaissance des prémices du Journal Tintin, une autre somme érudite dont nous vous avons parlé il y a quelques jours. (79 €).

Les Jacobsiens ne pourront pas éviter de tomber dans le piège diabolique de la monographie Diabolique !. Le mot est galvaudé [1] car le coup du créateur piégé par son œuvre est un peu facile.

Dargaud, ayant remis la main sur la Fondation Jacobs, peut enfin livrer les archives du créateur en se débarrassant de l’encombrant Philippe Biermé. On peut ainsi se pencher sur les intentions (souvent naïves) et la conception maniaque de l’ermite du Bois des Pauvres.

Le Piège diabolique — qui constitue un règlement de comptes entre savants de la Guerre froide et dont le capitaine Blake est absent — est l’un des plus enthousiasmants albums de Blake & Mortimer, promenant le lecteur du temps des dinosaures jusqu’à un futur post-apocalyptique. Sans conteste l’un des chefs-d’œuvre de l’École de Bruxelles (49,9 €).

On est un peu interloqués par le dossier de presse de l’éditeur, qui crédite Éric Dubois au… dessin de cet ouvrage, alors qu’il est en réalité co-auteur du texte (le dessin étant bien évidemment de Jacobs) et le scénographe de plusieurs expositions Jacobs, concoctées avec la complicité du journaliste Thierry Bellefroid, ordonnateur de ce volume. Ce dernier est président de la Fondation Jacobs et son comparse administrateur. Le monde est petit.

Pour les adorateurs des dieux de Marcinelle

On ne peut passer à côté du premier volume de l’intégrale Spirou & Fantasio de Franquin publié ces jours-ci chez Dupuis. D’abord parce qu’elle est en tous points remarquable. Fred Jannin, Isabelle Franquin et Philippe Capart ont réalisé un travail de sauvetage absolument essentiel. En restituant les couleurs originales sur la base des indications de Franquin, et grâce à un lettrage de qualité, cette édition se distingue des lettrages empâtés des versions précédentes, qu’il s’agisse de l’édition orange d’André Leborgne chez Rantaplan, des Péchés de jeunesse édités par Thierry Martens chez Dupuis ou même des éditions ultérieures.

Cette « édition définitive » vaut aussi pour la qualité critique du dossier de 120 pages, rempli de documents inédits glanés dans les archives familiales de Franquin ou de Morris, mais aussi auprès de collectionneurs chevronnés. Conduit par le talentueux David Amram (aidé par des érudits complices comme Philippe Capart, Philippe Queveau et quelques autres), il prend soin — et c’est relativement rare — de situer le contexte, sans les dissimuler, des stéréotypes antisémites et raciaux qui perlent dans certaines pages. Un avertissement informe le lecteur que Franquin s’est ultérieurement désolidarisé de cette production, allant jusqu’à redessiner une case dans la réédition initiale. Un travail lumineux, magnifiquement mis en page par Philippe Ghielmetti et son équipe (336 pages, 55 €). Bravo à eux !

On vous a rarement parlé des Éditions Ad Hoc, et c’est un tort. Là encore, le travail de conservation du patrimoine est bluffant. La réédition intégrale de Jess Long invite à redécouvrir cette série policière belge culte, créée par Arthur Piroton et Maurice Tillieux. À travers les enquêtes rythmées de deux agents du FBI, elle plonge le lecteur dans l’Amérique des années 1970 à 1990, reconstituée avec minutie et dynamisme. Cette intégrale en cinq volumes propose l’ensemble des aventures dans l’ordre chronologique, accompagnées d’une reproduction soignée. Chaque tome s’ouvre sur un dossier introductif signé Christian Jasmes, apportant éclairages historiques, documentaires et biographiques essentiels pour comprendre l’évolution de la série et les influences des auteurs nourris de BD américaines. Les couvertures, remarquablement mises en couleurs par Benoît « BenBK » Bekaert, renforcent encore la qualité de cette édition destinée aux amateurs comme aux nouveaux lecteurs.

Chez le même éditeur, La Patrouille des Castors de Mitacq & Jean-Michel Charlier, Ric Hochet ou Chick Bill de Tibet profitent d’un même traitement passionné (45 €). C’est un produit que vous ne trouverez sur aucune plateforme genre Cultura ou Amazon. Le mieux est de le commander directement chez l’éditeur.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782875359476

[1] Au point d’être utilisé jusqu’à la nausée dans un documentaire d’une confortable malhonnêteté journalistique récemment diffusé sur France 2 (on en reste à l’allusion, ce n’est pas notre sujet ici).

Dupuis Blake et Mortimer Éditions de l’Élan BDMust AdHoc éditions Bruxelles
 
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3 Messages :
  • Biographie Bob de Moor :
    dans un style réaliste flamand proche de Vandersteen, épaulé par Karel Verschueren.
    Sauf erreur de ma part, il s’agit de Karel Verschuere.

    Intégrale Spirou et Fantasio de Franquin :
    Fred Jannin, Isabelle Franquin et Philippe Capart ont réalisé un travail de sauvetage absolument essentiel. En restituant les couleurs originales sur la base des indications de Franquin, et grâce à un lettrage de qualité...
    Rendons à César… selon mes sources, la restauration des planches est attribuée à David Amram avec la collaboration d’Elric Dufau et de Léa Ellinckhuÿsen. Merci de ne pas les oublier !

    fd

    Répondre à ce message

  • Philippe Capart n’a pas du tout travaillé sur l’intégrale Spirou. En délicatesse avec Dupuis depuis l’affaire Gaston, il a préféré ne pas s’y impliquer - d’autant moins qu’il avait pleine confiance dans les capacités de David Amram, véritable maître d’œuvre de cet ouvrage. Alors bien sûr son ombre tutélaire plane au travers de nombreuses citations le plus souvent tirées de son indispensable Franquin, Morris, Peyo, mais Capart est resté extérieur au projet. Si vous souhaitez en apprendre davantage sur le processus de réalisation de ce livre, Amram s’est longuement exprimé à ce sujet sur un forum B.D. bien connu.

    Répondre à ce message

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