Bon
10 octobre 2024
Charlie est une jeune fille qui refuse de l’être et le revendique. Elle est un garçon manqué qui adopte des comportements et des loisirs dits masculins. Consciente de la condition féminine bancale de notre époque, elle prend les devants en s’extirpant de son genre dans l’espoir de ne pas avoir à subir les diktats féminins du patriarcat et de profiter d’une véritable liberté.
Malcolm est un jeune garçon qui refuse de se soumettre aux injonctions virilistes et à leurs conceptions gravement toxiques des relations humaines. Être un garçon ? Oui, mais déconstruit ! Comprendre, sans tout l’équipement du parfait misogyne, de l’exaltation de la puissance physique, et de l’exploitation d‘avantages liés au système patriarcal. Il n’y a pas de doute, Charlie et Malcolm sont deux garçons manqués.
Ce qui fait le sel des échanges entre Malcolm et Charlie est la confrontation de ces deux convictions. Charlie veut être un garçon au sens traditionnel du terme parce qu’elle y associe une liberté et une puissance du libre arbitre. Elle joue au football, traite Malcolm de « tafiole » quand il affirme vouloir être un garçon moderne et use de formules comme « montre-toi, si t’es un homme ! », un défi lancé à la masculinité de son comparse. Rien ne fait mouche. Pour lui, l’insulte est un compliment et il n’est pas question de céder. À bas le virilisme et les vains concours de celui qui pisse le plus loin.
Des convictions qui parfois n’ont d’autres choix que de composer avec les désidératas des adultes, ce qui fait dire à Charlie qu’il n’y a rien de pire que le « parentriarcat ». De même, les personnages sont rattrapés de temps à autre par la réalité de ce qu’ils vivent au regard de ce qu’ils souhaiteraient, donnant matière à ironie et rire jaune. Malcolm lit un livre sur les méfaits de la mondialisation, mais celui-ci est imprimé en Chine. Charlie - de son vrai prénom Charlotte - revendique un combat contre la société et ses travers, mais a une vie de petite bourgeoise. Leurs discours sont pris à revers et révèlent des contradictions, donnant de la profondeur à Charlie et Malcolm.
Si le féminisme est un axe central de l’ouvrage, il ne faudrait pas l’y réduire. Bien d’autres sujets sont abordés tels que l’amour entre adultes, l’écologie ou la question si prompte à déchaîner les passions : la retraite. Avec un humour noir qui touche juste, James évoque la guerre et modernise le traditionnel jeu des cow-boys et des indiens en le remplaçant par les américains et les irakiens. Là où le récit du Far West faisait des indiens les méchants, les américains en sont les nouveaux avatars. D’autres jeux comme papa-maman ou le docteur sont eux aussi mis au goût du jour. On relèvera enfin des boutades inattendues comme celle sur le nom de jeune fille.
Garçons manqués est une agréable lecture qui parvient à traiter de nombreux sujets avec pertinence et un humour noir, sans que le propos ne vienne jamais alourdir le rythme. Les choix de couleurs, la rondeur du trait et le grain si typique des vieux comic strips, ainsi que la structuration de l’ensemble autour des quatre saisons, témoignent à la fois des influences et des initiatives artistiques personnelles. Car il n’est pas aisé de se distinguer dans ce genre où des mastodontes ont marqué des générations de lectrices et lecteurs comme Calvin et Hobbes de Bill Waterson.
En définitive, on espère que James trouvera l’inspiration pour nous offrir d’autres aventures de Charlie et Malcolm. Un album à mettre entre les mains de tous ceux et toutes celles qui aiment rirent et réfléchir.
Par Romain GARNIER
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