Flash-back : en 2600 avant J.-C., le jeune Anzi débarque à Uruk, grande ville du sud de l’Irak, sans le sou mais la tête pleine d’ambitions un peu rêveuses. Bien déterminé à apprendre à écrire afin de partager l’histoire qu’il a imaginée, il parcourt la ville à la recherche de quelque qu’un qui pourra l’aider dans sa quête, dérisoire aux yeux d’une population qui réserve l’écriture à la comptabilité et transmet ses histoires à l’oral.
Alors qu’il arpente les rues, il ne peut s’empêcher de s’étonner devant une statue gigantesque en construction, dont seuls les pieds sont visibles. Sur les conseils de sa grande prêtresse, Gilgamesh, roi de la cité en quête d’immortalité, a décidé d’ériger la plus grande statue jamais construite afin que les dieux lui accordent la vie éternelle.
Avec beaucoup d’humour et une pointe d’ironie, Louis Pelosse et Blaise Guinin esquissent une société satirique, pas si différente de la nôtre, obsédée par la postérité au point d’en devenir aveugle aux réalités du présent. Obnubilé par l’immortalité, Gilgamesh en oublie le bien-être de son peuple, qui trime chaque jour pour faire avancer son chantier pharaonique voué à l’échec. Par ailleurs, alors que ses experts tirent la sonnette d’alarme face aux désastres écologiques causés par la déforestation et le possible débordement du fleuve, le roi s’en remet aux prédictions de sa grande prêtresse : les dieux ont tout en main, pourquoi s’inquiéter outre mesure ?
En revisitant l’un des épisodes mythiques de L’Épopée de Gilgamesh, les auteurs livrent leur propre vision du Déluge. Ici, le cataclysme n’est pas une punition divine, mais la conséquence d’une catastrophe environnementale née par l’orgueil des hommes et de leur incapacité à reconnaître leurs limites. Une relecture audacieuse et résolument actuelle d’un mythe fondateur.
Par Julie LECLERC
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La statue de Gilgamesh par Blaise Guinin et Louis Pelosse, Éditions Delcourt/Mirages, 192 pages, 24,50€