Histoire dessinée de la France. T. 15 Printemps du peuple - Par Claire Fredj et Fabrice Erre - La Découverte/La Revue dessinée

Par Paul CHOPELIN Bon 11 octobre 2024 
Après Napoléon, l’histoire dessinée de la France s’attaque à la farandole des révolutions et des abdications, entre 1815 et la sanglante répression de la Commune de Paris en 1871. Un récit politique très dense et un peu convenu, mais mis en scène avec beaucoup de truculence.

L’album s’ouvre sur un plateau de chaîne d’information en continu. Nous sommes le 26 mai 1871, la Commune de Paris vient d’être écrasée dans le sang. Autour de la présentatrice, sont réunis des acteurs de cette histoire – Adolphe Thiers, Victor Hugo, Louise Michel, Karl Marx –, accompagnés de Marianne, alias la République, et de deux experts historiens. Pour tout comprendre, il faut remonter à 1815 et au retour des Bourbons sur le trône de France. À partir de là s’enchaîne l’histoire des régimes successifs : Restauration, monarchie de Juillet, IIe République, Second Empire. Au scénario, Claire Fredj, maîtresse de conférences à l’Université Paris-Nanterre, spécialiste d’histoire de la santé en contexte colonial au XIXe siècle, déploie des trésors de pédagogie pour présenter, dans un format finalement très (trop ?) court, une période extrêmement complexe.

L’album présente une cascade de points de situation, sous la forme de « flash info », pour tous les événements politiques qui se succèdent à un rythme effréné, en France métropolitaine, mais aussi outre-mer, de la conquête de l’Algérie à l’expédition du Mexique. Le propos est très clair, grâce à un vocabulaire choisi et à un dessin redoutablement efficace. Fabrice Erre maîtrise à la perfection l’art de la mise en situation avec, pour ses personnages, une grammaire d’expressions qui permet de dire beaucoup de choses en une seule case. Le tout bien sûr avec beaucoup d’humour.

Comme souvent dans cette collection, il faut regretter le manque de dialogue avec les volumes précédents, ce qui nuit à la compréhension du contexte dans une perspective de temps long. C’est l’un des principaux griefs que l’on peut faire à une histoire de France « découpée en tranches » qui, finalement, ne tient pas toutes ses promesses de renouvellement historiographique. Sorti du Moyen Âge, période pour laquelle les volumes couvrent plusieurs siècles, le découpage chronologique se fait plus serré. Les longues évolutions sociales et culturelles disparaissent, rendant difficile la perception des ruptures et des continuités.

Une absence saute d’ailleurs ici aux yeux : la Révolution française. On ne peut comprendre le XIXe siècle français sans prendre la mesure du profond choc politique et religieux qu’à pu représenter la Révolution, qui hante durablement la vie politique française. Malheureusement, le volume Révolution française n’est toujours pas paru dans la collection et la scénariste semble avoir du mal à se positionner à l’égard de cette période. Il est question, à propos de la Commune de Paris, de « conflit séculaire », mais le chapitre « Religion » en annexe ne dit rien par exemple du traumatisme de la persécution de l’Église réfractaire, dont le souvenir joue à plein chez les catholiques en 1851 puis en 1871. Le lecteur aura ainsi du mal à saisir les enjeux de la longue guerre civile.

L’approche politique suivie est finalement très convenue et a beaucoup de mal à se détacher de la téléologie républicaine. Comme le révèlent les choix opérés dans la bibliographie de fin de volume, on passe à côté des renouvellements historiographiques sur les cultures politiques royalistes du XIXe siècle. Sur le plateau télé, on attendait une allégorie de la monarchie à côté de Marianne. Rien n’est jouée pour cette dernière, les Bourbons ont encore toutes leurs chances en 1871 !

Ce nouvel opus de l’histoire dessinée de la France reste malgré tout de bonne tenue. Il faut souligner notamment le soin porté à l’intégration de l’imagerie d’époque, comme les tableaux de Manet ou les gravures de Daumier : ce ne sont pas de simples vignettes d’illustration, ces images sont très bien contextualisées dans les séquences montées par Claire Fredj et Fabrice Erre. Le lecteur appréciera aussi la galerie de personnages, en premier lieu l’impitoyable Thiers, personnage « fil rouge » du récit, qui apparaît ici dans toute sa complexité (ce qui ne le rend pas plus sympathique !). Les caricatures de Napoléon III et de Bismarck sont irrésistibles.

Bref, c’est un album qui ne tient pas toutes ses promesses en termes de déconstruction/renouvellement historiographique, mais qui reste un agréable moment de lecture. Il ne manquera pas de rendre de grands services aux enseignants souhaitant faire travailler leurs élèves sur l’une ou l’autre des planches particulièrement expressives qui jalonnent ce très pédagogique Printemps du peuple.

Par Paul CHOPELIN

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Code EAN : 9782348065156
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