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Ce métissage revendiqué par Run ne constitue en rien un marqueur idéologique, mais un constat naturel pour un Français né en 1976, influencé par la création franco-belge, les animés japonais et les titres populaires des éditions Lug. Il déclare :
« J’ai grandi avec les Schtroumpfs, Achille Talon et les Tuniques bleues. Mais, dans l’autre main, j’avais aussi Strange, Spider-Man… et puis les animés sont arrivés à la télé : Goldorak, Candy… Puis ensuite Akira, puis encore ensuite Dragon Ball en manga…Donc, finalement, moi-même, quand j’ai commencé à faire de la bande dessinée, elle était naturellement métissée.
Par conséquent, nous avons grandi avec la bande dessinée franco-belge et ses classiques, qui font partie de notre héritage. Personnellement, j’étais fasciné par l’encrage de Franquin, puis par les Spirou de Tome et Janry. J’ai également été très inspiré par Trondheim lorsque j’étais étudiant. Le design d’Angelino, dans Mutafukaz, doit beaucoup aux Schtroumpfs Noirs, qui m’ont profondément marqué lorsque j’étais enfant. Et je pense qu’il reste encore un peu de la dynamique du duo Chesterfield / Blutch dans certains dialogues que j’écris aujourd’hui.
La bande dessinée franco-belge fait partie de notre socle culturel, et j’aime y glisser des clins d’œil dans ma propres création (coucou Placid & Muzo). La France a eu cette chance d’être très tôt exposée à des œuvres venues des quatre coins du monde. C’est un véritable carrefour culturel, et cet héritage a nourri un imaginaire extrêmement riche. Je crois d’ailleurs que c’est ce qui explique pourquoi les créations françaises aujourd’hui sont souvent aussi métissées, que ce soit dans leurs genres, leurs influences ou leurs formats ».
À celles et ceux qui refuseraient de voir des créations franco-belges dans de nombreux albums sous prétexte d’une omniprésence de la culture nord-américaine ou japonaise, Run explicite sa pensée sur ces distinctions qu’il juge artificielles :
« Tout dépend de ce que l’on entend par « franco-belge ». Pour ma part, je considère que nous faisons de la bande dessinée franco-belge, parce que nous sommes français. Notre regard, notre recul, notre manière de raconter et même notre humour sont profondément liés à notre culture.
La bande dessinée franco-belge ne se résume pas à une esthétique ou à un format, elle a toujours évolué, en intégrant des influences extérieures (les premiers auteurs franco-belges ont eux-mêmes beaucoup emprunté aux comic-strips américains). Je ne crois pas aux frontières artistiques... nous ne cherchons pas à imiter les comics ou les mangas, nous avons digéré ces influences, et nous les faisons dialoguer avec notre propre culture. Nous ne sommes pas en rupture avec la franco-belge, je pense que nous en sommes simplement l’une de ses mutations.
Si on réduit la bande dessinée franco-belge à la ligne claire, à l’école « gros nez », à Tintin, Astérix ou Spirou, sans prendre en compte ses transformations, alors on la condamne à se scléroser et à prendre la poussière. Quant au fait que certaines de nos histoires se déroulent aux États-Unis, par exemple... ça ne viendrait à l’idée de personne d’exclure Lucky Luke de la BD franco-belge parce que le personnage évolue dans l’Ouest américain. Ce qui compte, ce n’est pas le décor, mais le regard que l’auteur porte sur son sujet.
Si Label 619 a son identité, ce n’est pas parce que nous nous approprions les codes d’écoles étrangères, mais parce que nous assumons de mélanger toutes nos influences - la bande dessinée , le comics , le manga , mais aussi le cinéma , le jeu vidéo ou d’autres formes d’expression - pour les réinterpréter à notre sauce. Et je pense que cette capacité à absorber des influences « extérieures » pour créer quelque chose de nouveau est profondément française ».
Voir en ligne : Site du Label 619
Par Romain GARNIER
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