Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Bon
28 avril 2026
Love Languages, paru aux éditions Glénat, est un vrai tour de force éditorial. L’ouvrage original de James Albon, publié en anglais, mêlait déjà le français, l’anglais et le cantonais dans ses bulles. Le traducteur Basile Béguerie a accompli un travail impressionnant de traduction et d’adaptation pour permettre au lecteur de comprendre que Sarah et Ping communiquent en trois langues simultanément. Ainsi, une note de l’éditeur figure sur la première page : « Les dialogues en bleu indiquent que le personnage s’exprime dans sa langue maternelle ; ceux en noir sont principalement traduits de l’anglais vers le français pour faciliter la compréhension du lecteur. Les échanges où se mêlent deux langues ont parfois été inversés par rapport à la version d’origine afin de conserver l’esprit du récit. » Mais, au-delà de la qualité de sa traduction, que vaut ce livre ?
Love Languages est une histoire du quotidien qui explore les relations humaines à travers le prisme du langage. Sarah Huxley a déménagé à Paris, s’imaginant vivre le romantisme de la Ville Lumière. Mais elle découvre bien vite la réalité de la capitale : un travail de bureau répétitif et des collègues parisiens qui ne maîtrisent que « le vocabulaire du manager ». Déprimée, Sarah tourne en rond jusqu’à ce qu’elle rencontre, au détour d’une boulangerie, Ping Loh, une jeune fille au pair venue de Hong Kong. Toutes deux tentent d’apprendre le français et de s’imprégner de la culture parisienne, un objectif commun qui les rapproche. Peu à peu, Sarah semble éprouver pour Ping un sentiment plus profond. Sans vraiment comprendre pourquoi, elle commence à apprendre le cantonais, comme si cette nouvelle langue pouvait l’aider à s’épanouir. Le récit, simple et dépourvu de grandes péripéties, se concentre sur le discours intérieur de Sarah et sur sa relation au langage.
Vous l’aurez compris, la grande force du livre réside dans sa représentation de la langue. Comme évoqué plus haut, il utilise des couleurs de dialogue distinctes pour différencier les langues maternelles du reste et superpose bulles et caractères chinois pour illustrer le mélange linguistique employé par les personnages. On perçoit visuellement que Sarah et Ping changent parfois de langue en plein milieu d’une phrase, choisissant un mot plus précis dans une autre langue. Les lecteurs bilingues reconnaîtront sans doute des expériences similaires, où le cerveau bascule d’une langue à l’autre.
Côté graphique, James Albon a opté pour une palette aquarelle aux tons jaunes et bleus. Les couleurs vives reflètent l’état d’esprit des personnages : les pages dominées par le bleu et le gris traduisent la déprime de Sarah au travail, tandis que les scènes de repas avec les amis de Ping sont pleines de couleurs éclatantes. Un travail de couleurs très réussi, donc.
Love Languages est une bonne lecture, dont le plus gros point fort est sa représentation du langage. Par son approche, c’est une histoire qui ne pouvait se raconter que sous forme de bande dessinée. La superposition des bulles, les jeux de couleur dans le texte, les alphabets qui se mêlent au dessin : seule la BD permettait de raconter cette histoire. Love Languages s’accomplit donc pleinement en tant que bande dessinée.
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Love Languages, par James Albon, éditions Glénat. Traduction de Basile Béguerie. Parution le 15 avril 2026. 24,00 €.