Au cœur de l’actualité, Taïwan est depuis longtemps une nation de bande dessinée. Cela fait plusieurs années que l’île est présente au Festival d’Angoulême présentant ses auteurs avec opiniâtreté. C’est payant : de plus en plus d’auteurs taïwanais publient en France et l’une de leurs BD, Le Fils de Taïwan de Yu Pei-Yun et Zhou Jian-Xin (Ed. Kana) a reçu en 2024 le prestigieux Prix Émile Guimet de littérature asiatique. Excusez du peu !
Pour l’heure, grâce à la TAICCA, l’agence gouvernementale de promotion de la culture taïwanaise, ce ne sont pas moins de onze auteurs et autrices qui seront présents sur les bords de la Charente à la fin du mois. Certains sont déjà publiés en France, d’autres méritent d’être découverts. Faisons leur connaissance.
Parmi ceux déjà publiés en France et qui seront présents cette année :
Ding Pao Yen, alias Morning Anxiety, est né à Taïwan en 1988. Certaines de ses œuvres ont été publiées en français et en italien. En 2023, il fait partie des dix jeunes talents sélectionnés pour l’exposition Worldwide Comics Explosion du FIBD. La même année, son œuvre Console, 2073, dont le héros utilise une console virtuelle reproduisant les fonctionnalités par lesquelles le cerveau rêve, a été récompensée au Taiwan Golden Comic Awards. Cet album a été publié en France dans la collection MADE IN de chez Kana.
Chang Sheng est un vétéran de la BD taïwanaise. Né à Taipei en 1968, il commence sa carrière dans le dessin publicitaire avant de switcher sur la BD. Ses BD, jadis publiées chez Paquet, aujourd’hui chez Glénat, ont remporté de grands succès dans son pays et ailleurs. Il est notamment traduit en japonais, en anglais, en coréen, en italien et en turc. On lui devait notamment la série Oldman chez Kotogi, une participation à un collectif sur le Louvre et récemment la magnifique série Yan chez Glénat, série seinen en trois volumes qui conte la vengeance d’une héroïne condamnée pour le massacre de sa famille et qui, 30 ans plus tard, vient accomplir sa vengeance.
Parmi les nouveautés du moment, il y a The Witch & The Bull de Moonsia chez Koda, le label manga d’Albin Michel, qui se porte au cœur d’un conflit entre le royaume des sorciers et le royaume des humains mais qui reste sous tension dans cet après-guerre.
Pam Pam Liu en est à son deuxième ouvrage publié par IMHO. Cette fois, l’autrice explore les pérégrinations d’un personnage déposé dans un asile par sa sœur. Mais un asile où les patients ne sont pas contraints et où le personnel médical est absent. On entre vraiment dans la psyché fantasque du personnage.
Cette édition du festival va néanmoins nous faire découvrir de nouveaux artistes, encore inconnus dans nos contrées :
Rishiazao est une bédéiste très appréciée des réseaux sociaux à Taïwan. Parlant légèrement de sujets graves, ses bandes dessinées sont commentées avec passion par ses lecteurs.
Ruan Guang Min est le chantre des gens ordinaires comme en témoignent les titres de ses œuvres : Salon de coiffure DongHuaChun, L’Assaisonnement du bonheur, Restaurant Paradis, Sonate du chemin de fer et Épicerie Yong-Jiu, dont certains titres ont été adaptés au théâtre et à la télévision.
Sa dernière BD a reçu le Grand Prix de l’année aux Golden Comics Award 2024. L’auteur a reçu le prix cross-media et le prix de la bande dessinée de l’année lors de la 11ème édition des Golden Comic Awards, ainsi que la médaille d’argent lors de la 14e édition du Prix international du manga organisé par le Ministère du Japon des Affaires étrangères.
Yashin s’intéresse aux conflits intérieurs, aux tensions émotionnelles, et à l’amour au manque d’estime de soi chez les femmes. Cela donne des livres intimistes très finement réalisés.
Hsieh Tung Lin a d’abord été romancier et rédacteur publicitaire avant de se consacrer entièrement à la bande dessinée. Son style mêle l’humour, la Fantasy et la satire. Nombre de ses bandes dessinées ont fait l’objet de licences pour être adaptées en comédies musicales, en films et en jeux vidéo. Il a obtenu en 2024 aux Taïwan Golden Comic Awards le Prix de la meilleure application cross-media.
Fang Ruei Yi (Elainee) a résidé à la Maison des auteurs à Angoulême, il y a quelques années de cela, et a engagé plusieurs contacts avec les éditeurs français. Actuellement, elle résidence à la Maison de la BD à Blois depuis le 20 novembre 2024 et ce jusqu’au 20 février 2025.
Julai (prononcez « July ») a fait ses études aussi bien à Taiwan qu’aux USA et réalise des bandes dessinées alternatives aux titres évocateurs : La Collectrice d’organes, Va crever, ou encore Comic Collection.
Karmarket vient du cinéma. Il a participé à de nombreux clips musicaux, et à de nombreux longs-métrages en tant que story-boarder ou assistant réalisateur, mais aussi dans la phase de post-production en animation. En 2024, il obtient une bourse pour une résidence d’artiste à l’association Hablar en Arte de Madrid, en Espagne.
Comme on le voit, des personnalités et des univers très différents de ceux que l’on fréquente habituellement à Angoulême. À découvrir !
Voir en ligne : Le site officiel du stand de Taïwan à Angoulême
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