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Croisements - Par Seiichi Hayashi - Éd. IMHO

Par Anthony APRIN Excellent 30 juillet 2026 
Après plus de quinze ans d’absence depuis la sortie d’Élégie en rouge aux les éditions Cornélius, Seiichi Hayashi fête son retour en France chez les éditions IMHO avec Croisements. Ce recueil rassemble neuf histoires courtes, toutes publiées entre 1968 et 1972 au sein de célèbres magazines d’avant-garde, où s’entremêlent avec justesse drames sociaux, lyrisme et musicalité.
Croisements - Par Seiichi Hayashi - Éd. IMHO
Croisements - Par Seiichi Hayashi
© IMHO

Le nom de Seiichi Hayashi parlera sans doute aux connaisseurs du magazine Garo et du manga alternatif. Illustrateur notable, animateur et mangaka, Hayashi fait partie de ces grands noms de la fin des années 1960, aux côtés de Yoshiharu Tsuge (L’Homme sans talent) ou encore de Shin’ichi Abe (Miyoko humeur d’Asagaya). Reconnaissable à son trait fin et élégant, mêlant pop art et imagerie traditionnelle japonaise, l’auteur se démarque du courant gekiga [1], alors en plein essor. Il rompt non seulement avec l’esthétique sombre et étouffante propre au genre, mais il explore aussi les drames sociaux d’un point de vue plus féminin et mélodique.

Croisements - Par Seiichi Hayashi
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Dans ce recueil, basé sur l’ouvrage Hayashi Seiichi Collection – Matayoshi Naoki to yomu, publié au Japon en 2021, on découvre neuf histoires de l’auteur, toutes réalisées durant sa vingtaine et publiées dans différents magazines d’avant-garde, comme Garo ou COM. Une note en fin d’ouvrage précise la date et le magazine de parution de chacune d’elles, une attention fort appréciable qui ravira quiconque souhaitera en apprendre davantage sur l’auteur.

Avec Élégie en rouge, Seiichi Hayashi empruntait les codes du watakushi-manga [2] pour y dépeindre le spleen de la jeunesse japonaise de la fin des années 1960. Dans ce recueil, Croisements, c’est par un tout autre registre que Hayashi fait résonner son thème central : la solitude à travers l’enka. Ce style de chant populaire des années 1950 s’appuie sur des thématiques propres aux natsumero [3], ces mélodies nostalgiques qui parlent de chagrins d’amour, de mélancolie ou du furusato, la terre natale. Ainsi, à rebours des codes du gekiga, originellement très expressif sur le plan sonore, l’auteur raréfie volontairement les onomatopées. Ce silence visuel laisse place aux annotations musicales, qui deviennent les seules sonorités de l’œuvre et résonnent intimement dans l’esprit du lecteur. Ce croisement entre neuvième art et la musique populaire constitue une caractéristique fondamentale de son œuvre, bien qu’elle soit difficilement perceptible aujourd’hui, particulièrement en Occident.

Croisements - Par Seiichi Hayashi
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Au fil des pages, ce sont des histoires de viol, d’inceste, de femmes abandonnées ou encore d’enfance brisée qui défilent. Ces « croisements » et ces pertes sont au cœur des drames qui s’y jouent, causés par des hommes désabusés, en perte de contrôle et en totale rupture avec leur monde. Mais ces différents récits sont également le miroir d’une époque tourmentée. La guerre du Vietnam bat son plein et la jeunesse des baby-boomers, marquée par l’exode rural et les révoltes de 1968, se cherche une nouvelle identité. Cette perte de repères, tant sociale qu’existentielle, amène à une profonde remise en question de la société japonaise et de l’individualité de chacun, dont certains ne se remettent pas, à l’image du célèbre écrivain Yukio Mishima, qui se donna la mort par seppuku en novembre 1970. Enfin, résonne dans son œuvre la mélancolie d’une terre perdue, conséquence immédiate du déracinement postcolonial, qui fait directement écho à l’histoire familiale de Seiichi Hayashi, venue au Japon depuis la Mandchourie après la guerre.

Croisements - Par Seiichi Hayashi
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Chacune de ces histoires faisant entre dix et trente pages, je me garde bien d’en dévoiler davantage pour vous laisser le plaisir de la découverte, qui sera peut-être d’autant plus riche grâce à ces quelques clés de lecture ! Et n’oubliez pas : pour une immersion totale, accompagnez chaque récit de sa propre bande-son !

Par Anthony APRIN

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782364811027

[1] Né au milieu des années 1950 au sein de librairies de prêt de la région d’Osaka, ce courant du manga s’est développé sous l’impulsion d’auteurs comme Takao Saito (Golgo 13) ou Yoshihiro Tatsumi (Une nuit dans les marges), qui en inventera le terme. Le gekiga se posait en totale opposition aux mangas d’alors, considérés et pensés pour les enfants, et dont Osamu Tezuka était déjà l’icône. Les sujets abordés étaient de fait plus matures, axés sur des problématiques sociales et politiques, ou empruntant des genres plus sombres comme le polar, le tout baignant dans un milieu à écrasante majorité masculine. Il se caractérisait par son trait gras et brut, des décors réalistes ainsi qu’une profonde inspiration cinématographique dans sa mise en scène. Pour faire simple, on pourrait dire qu’il s’agit de l’ancêtre de ce que l’on nomme aujourd’hui le seinen manga, destiné aux jeunes adultes.

[2] Appelé aussi bande dessinée du moi, cette forme d’autofiction, née vers la fin des années 1960 au Japon, place le mal-être intime de l’auteur au cœur du récit

[3] Abréviation de natsukashi no melody

Croisements IMHO ✏️ Seiichi Hayashi à partir de 16 ans Drame Japon
 
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