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Excellent
19 juin 2026
On avait déjà parlé d’Ileana Surducan pour son album Le Dimanche perdu, en le qualifiant de « conte d’aujourd’hui ». Après y avoir réinterprété le conte de Dame Hiver, la bédéiste roumaine revient avec une réécriture du Petit Chaperon rouge. Reko, chasseuse de cauchemars, paru en septembre 2025 aux éditions Albin Michel, reprend tous les éléments qui avaient plu dans Le Dimanche perdu, en y ajoutant une couche d’aventure et d’action. Un pari réussi selon nous.
Dans Reko, chasseuse de cauchemars, on suit l’héroïne éponyme dans une ville sombre envahie par les « cauchemars », des monstres de toutes tailles et de toutes formes qui proviennent d’un autre monde, onirique et chaotique. La jeune fille passe ainsi ses journées à chasser les monstres et à récupérer leurs « graines », leurs cœurs spirituels. Mais un jour, Reko reçoit une demande particulière. Une jeune femme du nom de Maggie l’urge à venir aider un village minier situé juste à côté d’un pont. Mais lorsqu’elle arrive sur place, Reko est surprise. Les habitants semblent tout à fait contents de la présence des cauchemars et se montrent, au contraire, méfiants vis-à-vis de la jeune chasseuse. Quant à Monsieur Ugo, un mystérieux savant collectionneur qui a déménagé non loin, il semble avoir un plan pour le mystérieux loup blanc qui hante la jeune chasseuse…
Vous avez sûrement compris en lisant le résumé qu’on est dans un conte à la sauce moderne. Bien sûr, le Petit Chaperon rouge de Perrault n’avait ni fusil ni acolyte qui se transforme en pie, mais Ileana Surducan a très clairement repris les codes du genre pour ses personnages. La ville de Reko n’est, par exemple, jamais nommée et se limite à une description, applicable à toutes les villes hantées par les cauchemars : « grises, tristes, sans avenir, des villes mortes ». Dans les pages bonus, l’illustratrice explique d’ailleurs s’être inspirée des paysages urbains de sa Roumanie natale, alors que l’industrie minière s’effondrait dans les années 1990-2000. Parmi les codes du conte, on trouve également une morale de fin ; dans ce cas-ci, la morale serait : « La meilleure façon de vaincre son ennemi est d’en faire un ami ». Nous n’en dirons pas plus, bien entendu, mais sachez que le fusil de Reko se révélera finalement bien moins efficace pour triompher que ses mots. Un petit côté « shônen », presque !
Le tout est porté par les superbes dessins d’Ileana Surducan. On retrouve le style très coloré et vif qu’on avait déjà vu dans Le Dimanche perdu, avec cette fois-ci le rajout de scènes d’action particulièrement dynamiques. Reko étant la plus douée des chasseuses, elle est capable d’affronter des ennemis bien plus menaçants qu’elle. La bédéiste fait ainsi sauter et tourbillonner la jeune fille dans tous les sens pour montrer sa vitesse et son agilité. Ileana Surducan joue également à plusieurs reprises sur l’opposition entre les couleurs vives, qui viennent directement du monde des rêves, et le blanc-gris, symbole du vide et de l’abandon. Côté dessin, on a vraiment l’impression de plonger dans un rêve. Très bon point donc.
Il est finalement assez simple de parler de Reko, chasseuse de cauchemars. Si vous avez aimé Le Dimanche perdu, ou si vous aimez les réécritures de contes en règle générale, Reko, chasseuse de cauchemars sera une excellente lecture. Le public jeunesse sera également très satisfait de l’album. Entre ton onirique, histoire merveilleuse et style graphique chatoyant, Reko, chasseuse de cauchemars sera un très bon ajout à votre bibliothèque.
Par Akira OIKAWA
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Reko, chasseuse de cauchemars, par Ileana Surducan, éditions Albin Michel. Parution le 3 septembre 2025. 15,90 €.