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Dubitatif
25 mai 2026
Souricia et le géant de la clairière, né de la collaboration entre Ludovic Danjou (scénario), Kan-J (dessin), et Hélia (couleur), est paru aux éditions Albin Michel. Gratifié plutôt de commentaires flatteurs et d’un succès d’estime, nous ne sommes cependant pas aussi convaincus. Voyons cela...
L’histoire de Souricia et le géant de la clairière est construite comme un épisode de série, cause de l’aspect déroutant du livre. Dans la préface, le lecteur y apprend les informations de base nécessaires à l’établissement de l’univers : le monde de Poétia vit en paix, sous le règne d’un souverain plus préoccupé par les arts et les sciences que la gestion concrète de son royaume.
Mais il est également menacé par le perfide Radi Khan, un rat qui veut ravir le trône de Poétia. L’introduction précise qu’il a déjà tenté sa chance des centaines de fois (834 si on en croit l’héroïne), sans succès. Avec un tel postulat, on a immédiatement l’impression que le livre va suivre une structure similaire aux séries de Cartoon Network à la Minus et Cortex. On imagine qu’il y a des épisodes avant et des épisodes après, où les personnages affronteront la menace hebdomadaire envoyée par Radi Khan. Mais c’est justement là où ça coince. Souricia et le géant de la clairière est un album en one shot, il n’y a rien eu avant, et on ignore s’il y aura une suite. Du coup, on a l’impression de se retrouver face à un vide gênant.
Prenons un exemple en résumant l’intrigue : pour sa énième tentative de coup d’état, Radi Khan dérobe un livre magique, espérant utiliser l’une des formules contenues à l’intérieur pour réveiller un ancien géant qui détruira le royaume. Souricia va donc devoir trouver un moyen d’arrêter le monstre de pierre. Mais si cette tentative est censée être la 834e, quels genres de plans Radi a-t-il imaginé pour les 833 précédentes ? Même question pour les personnages, sont-ils superficiels parce que, d’une façon ou d’une autre, nous sommes déjà censés les connaître à travers de précédents épisodes que le lecteur ne verra jamais ? Le livre semble partir du postulat que le lecteur connaît déjà tous ces personnages et leur univers, et le plante dans une aventure visiblement dans la continuité de centaines d’autres.
On a par exemple les personnages du roi et de sa fille qui règnent sur le royaume. L’univers du livre semble établir que le roi est une souris passive qui n’a que peu d’intérêt pour les affaires courantes et qui est très content du status quo dans lequel la population des rats est exilée de la ville. En soi, Radi Khan veut le trône pour se venger de l’exil de son peuple et parce qu’il se sent plus légitime qu’une souris qui ne pense qu’à son observatoire.
Ce paradoxe est-il admis dans l’univers, ou cette neutralité politique sera-t-elle un jour discutée ? Le lecteur a l’impression qu’on devrait davantage lui présenter les personnages et les enjeux de ce monde pour les rendre concrets, mais ce volume ne le fait jamais. Un peu comme si on vous forçait à commencer un roman en plein milieu, ou une série TV à partir de la deuxième saison...
L’intrigue avance très vite et reste souvent superficielle. Par exemple, au début de l’album, Souricia remonte la piste d’un voleur en utilisant la trace d’une carte à collectionner visiblement très rare. Or, la péripétie est pliée en quelques pages, et le jeu de cartes ne revient plus jamais dans l’histoire.
L’univers de Poétia a du potentiel, et on pourrait imaginer une série à la Puppy Knights, basée sur l’humour et qui adopte le format « Méchant de la semaine »... Mais pour cela, il va falloir dépasser le cap de l’album unique. Avis à l’éditeur...
Par Akira OIKAWA
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Souricia et le géant de la clairière, par Ludovic Danjou (scénario), Kan-j (dessin), et Hélia (couleur), éditions Albin Michel.