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Histoire dessinée de la France. T.13 : Notre Révolution - Par Guillaume Mazeau, Mathieu Dunhill et Jean-Paul Krassinsky - La Découverte/La Revue dessinée

Par Paul CHOPELIN 17 mai 2025 
La collection Histoire dessinée de la France s'enrichit d'un nouveau volume sur la période révolutionnaire (1789-1799). Si la complexité du sujet est bien mise en avant pour éviter tout manichéisme, le lecteur peine à se retrouver dans un récit d'une trop grande densité événementielle.

Haïti, 2010. Dans une ville de Port-au-Prince dévastée par un séisme, une jeune secouriste découvre un exemplaire de l’acte d’indépendance de la République haïtienne. Alors qu’elle se pose des questions sur les limites de l’œuvre émancipatrice de la Révolution de 1789, qui n’a jamais remis en cause l’existence de l’empire colonial français, elle est brutalement propulsée dans le passé pour découvrir la décennie terrible des années 1790 sous la conduite de Jean-Paul Marat, défenseur du point de vue des révolutionnaires, et de Charlotte Corday, porte-parole du camp contre-révolutionnaire.

Maître de conférences en histoire moderne à l’université Paris I, auteur d’une thèse sur l’assassinat de Marat et ses représentations (Champ Vallon, 2009), Guillaume Mazeau a construit son scénario sous la forme d’un voyage dans le temps. L’héroïne est témoin d’une série d’événements censés rendre compte des réussites et des échecs des révolutionnaires français. La tâche est ardue, tant cette histoire est foisonnante et objet, encore aujourd’hui, d’ardents débats historiographiques et mémoriels.

Le point fort de ce récit est d’intégrer l’espace colonial et d’évoquer longuement la révolte des esclaves haïtiens, qui devient entreprise révolutionnaire quand l’indépendance est proclamée en 1804. Cette perspective atlantique est la bienvenue. En revanche, le choix de couvrir les péripéties de l’histoire politique de la Révolution française, selon une approche largement parisianocentrée, amène parfois à perdre le fil du récit. Outre une lecture très hachée, il est difficile pour le néophyte de saisir les tenants et les aboutissants d’événement décrits en deux ou trois cases.

On revient ici à un problème déjà signalé dans les autres volumes : une histoire coupée en tranches chronologiques inégales, sans réelle coordination entre les auteurs, ce qui empêche d’aborder les phénomènes de temps long. Or, on ne peut comprendre les principaux enjeux de la Révolution française sans tenir compte du lent façonnement de l’Etat moderne dans un contexte de sécularisation des normes juridiques et d’affrontements entre grandes puissances européennes aux ambitions impériales.

L’autre limite de ce récit est son grand flou historiographique. Le lecteur, à travers le personnage de la jeune Haïtienne, est confronté aux points de vue contradictoires de Marat et de Corday. C’est utile pour comprendre que toute histoire est affaire de points de vue. Mais quelle est la place de l’historien, chargé de produire un savoir raisonné et équilibré, dans tout cela ? Le lecteur ne saura quasiment rien des débats historiographiques et des conflits d’interprétation qui se déploient depuis plus de deux cents ans. Cet album aurait pourtant pu être l’occasion d’un utile récapitulatif, se servant des potentialités du 9e art pour présenter, avec une bonne dose d’humour, les querelles d’historiens sur les dynamiques et les temporalités de la Révolution.

Le cahier historiographique en fin d’album apporte certes quelques utiles éléments d’appréciation, notamment sur les « origines » de la Révolution française et sur les limites de l’universalisme républicain. Mais, là encore, de nombreux sujets « chauds » sont laissés de côté, comme les ambivalentes figures de Robespierre ou de Toussaint-Louverture, la question du conflit religieux et ses répercussions jusqu’à nos jours, la crise de l’information à l’origine des surenchères complotistes, sans oublier les massacres de masse commis en métropole et à Haïti, dont l’interprétation est toujours âprement débattue. Les manipulations de l’histoire de la Révolution opérées par Philippe de Villiers et Eric Zemmour sont bien évoquées, mais rien n’est dit des mythologies abondamment développées en miroir par Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants. La bibliographie, centrée sur les arts et la littérature, ne sera pas d’une grande aide au lecteur désireux de creuser le sujet.

Au dessin Mathieu Dunhill, propose une mise en scène très classique de la Révolution française, empruntant beaucoup aux images d’époque et aux tableaux d’histoire du XIXe siècle, qui ne sont guère questionnés comme système de représentation orientés. Or, on attendait justement dans ce volume une déconstruction des stéréotypes iconographiques qui hantent toujours l’imaginaire collectif ! Les illustrations du dossier historiographique sont dues, quant à elle, à Jean-Paul Krassinsky, dessinateur du très bon volume La Folie Napoléon paru dans la même collection. Que ce soit les guillotines sur pattes style Guerre des mondes ou les galeries de personnages, elles méritent le détour.

Même si on ne partage pas tous les choix narratifs de l’historien-scénariste – c’est inévitable sur un sujet aussi controversé ! –, cette histoire dessinée de la Révolution française est instructive et invite à la nuance, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités.

Voir en ligne : présentation de l’album sur le site de l’éditeur

Par Paul CHOPELIN

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Code EAN : 9782348069994

Guillaume Mazeau, Mathieu Dunhill, Jean-Paul Krassinsky - Histoire dessinée de la France. Tome 13. Notre Révolution, de l’Ancien Régime à la Première République - La Découverte/La Revue dessinée - mai 2025 - 168 p. - 23 €

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