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9 mai 2025
Déboussolé par ce voyage manqué, le protagoniste refuse de se laisser aller au désespoir et demande à son chauffeur de taxi de faire le tour de la place qui fait face à son logement. Il prend alors une chambre d’hôtel avec vue sur chez lui. Depuis ce nichoir, d’apparence grotesque au premier abord, le héros solitaire scrute sa propre existence et ce quotidien ordinaire dont il est privé par sa profession.
Alors qu’il discute avec son collègue Yvan, le protagoniste explique qu’à force de vivre en décalé, de dormir le jour pour travailler la nuit, il ne connaît même pas le visage de son facteur. Au terme de l’ouvrage, son face-à-face avec la factrice venue livrer le courrier offre une pointe de tendresse humaine toute en sobriété. Mais l’individu le plus invisible et pourtant le plus haut en couleurs de tous reste : le sans domicile fixe du square.
Revêche et provocateur, le SDF qui a élu domicile sur un banc du parc se laisse apprivoiser par le protagoniste petit à petit, dévoilant une connaissance exhaustive des plantes et un regard perçant sur le monde. Ancien employé de l’industrie pharmaceutique, hautement compétent, le vieil hère a renoncé à sa carrière par refus de la compromission. Sorte d’anarchiste poétique, sa rencontre est décisive pour le personnage principal en quête de sens.
Autre rencontre décisive mais dont la connivence ne se révèle qu’à la fin de la BD, en douce apothéose : la patronne de l’hôtel. Chaque jour, en faisant le ménage dans la chambre de son hôte étrange, elle consulte son carnet de voyage et s’amuse de le voir arpenter le square en Jack London des temps modernes.
Avec cette remarquable maîtrise du noir et blanc qui caractérise son dessin, Christophe Chabouté multiplie les jeux de représentations et casse la monotonie par le prisme d’un imaginaire foisonnant. Rompant parfois la dichotomie chromatique, l’auteur et illustrateur s’amuse à ponctuer le récit d’éclats de couleur qui sont autant de fulgurances dans le silence de l’encre noire.
Chaque jour fait l’objet d’un nouveau jeu avec le réel pour le curieux personnage de Plus loin qu’ailleurs. Chasser les menus objets qui jonchent le sol, se prêter au jeu du street art avec une craie jaune, traquer les différentes paires de chaussures pour en tirer un profilage de « l’animal » les portant aux pieds... Le voyageur empêché pose sur la vie quotidienne un regard aussi neuf et frais que la neige des plaines d’Alaska qu’il ne verra pas. Dans son carnet de voyage, l’esthète solitaire consigne ses impressions, qu’elles soient purement poétiques ou plus critiques.
Par Anthea MARIANI
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Une exposition-vente sera consacrée aux planches de Plus loin qu’ailleurs à la galerie Huberty & Breyne du vendredi 16 mai au samedi 14 juin 2025, 19 rue Chapon 75003 Paris.
Plus loin qu’ailleurs - Christophe Chabouté - éditions Vents d’Ouest
Parution : 7 mai 2025
Nombre de pages : 152
Prix : 24 €