Favori de la rédaction
8 décembre 2025
Au fil des 144 pages, Carlos Giménez livre ici la suite inédite de sa fresque sociétale, centrée sur Pablito, son alter ego percutant. L’histoire s’ouvre alors que la mère de Pablito quitte le sanatorium, laissant enfin entrevoir au garçon une échappatoire à l’enfer du foyer, espoir qu’il partage avec d’autres camarades. Mais avant la délivrance vient l’heure du bilan : chaque adolescent revisite ses souvenirs et évoque les brimades, la soif incessante (un seul verre d’eau par jour, sous un cagnard infernal !), les coups, les humiliations. Au gré des chapitres et des anecdotes, Giménez fait surgir l’humour pour alléger la gravité des situations, dessinant des gamins qui parviennent à rire de leurs propres malheurs, portés par leur débrouillardise et par la passion du dessin de Pablito.
Fidèle à sa volonté de donner à la bande dessinée un aspect documentaire, l’auteur hispanique orchestre son récit dans une symphonie de vignettes compactes, disposées avec rigueur pour figurer l’atmosphère carcérale des pensionnats franquistes. Sa maîtrise du noir et blanc et la justesse de ses silences transcendent la violence et la retenue du témoignage : chaque planche nous laisse l’âme en berne, étouffée et éblouie tout à la fois. Carlos Giménez impose une structure chorale où les enfants se confondent, formant une mosaïque d’histoires universelles.
Dans cet ultime volume, l’auteur dévoile également ce que sont devenus certains compagnons, soulignant la résilience d’une génération sacrifiée — ceux-là mêmes qui rendront possible la démocratie espagnole. Loin de l’échec des idéologies rétrogrades, Paracuellos se présente aussi comme un manifeste contre la mémoire bafouée : émouvant, virtuose et pudique. Les lecteurs ne s’y sont pas trompés avec les deux premiers volumes : on en ressort bouleversé, indigné, saisi par la sincérité d’un témoignage qui s’élève au rang de grand classique du 9ᵉ Art.
Déchirant, poignant, mais aussi touchant, d’une force visuelle rare, ce tome clôt magnifiquement l’intégrale en jetant sur l’enfance sous Franco une lumière sans concession, loin du pathos et du voyeurisme. À travers les larmes, la colère et parfois même la tendresse, Giménez nous invite à ne pas oublier : Paracuellos est un cri, lucide et poétique, pour que les cendres du foyer ne recouvrent jamais la voix des survivants.
À mes yeux de lecteur, cette série est un pur chef-d’œuvre, à la hauteur d’un Maus de Art Spiegelman…
Par Milan MORALES
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Paracuellos : Intégrale vol.3, par Carlos Giménez, éditions Fluide Glacial. Paru le 20 août 2025. 23,90 €.