Très bon
2 mai 2025
Le masque du prêtre Elton est tombé, révélant une réalité plus sombre sous la façade éclatante du royaume de Blau. Derrière l’illusion d’un paradis prospère, Elton, gobelin marqué par une vie de discrimination, a emprisonné tous les transférés, exposant la fragilité et l’hypocrisie de ce prétendu havre de paix.
Au cœur du tome, Elton se dévoile dans toute sa complexité. Loin d’être un simple antagoniste, il est un être meurtri, sincèrement soucieux du bien-être du peuple. Derrière son sourire chaleureux, le dessin révèle subtilement ses tourments : plus son masque social se fissure, plus ses traits expriment colère, incertitude et peur. Un travail graphique qui capte cette lente dégradation intérieure, renforçant l’ambivalence du personnage.
Il incarne la souffrance silencieuse de ceux que la société rejette pour leur différence. Son point de vue et les bribes de discussions entendues à son sujet donnent un aperçu de sa condition. Gobelin dans un monde où son existence est stigmatisée (dans la fantasy, les gobelins sont souvent des méchants à l’image de Goblin Slayer), il avance à force de sacrifices et de travail acharné, toléré sans jamais être pleinement accepté. Cette exclusion le ronge, tout en nourrissant son obsession : bâtir un royaume sûr à tout prix.
Cependant, Elton ne parvient pas à briser le cycle infernal de l’oppression. Devenu lui-même geôlier, il réduit en esclavage les transférés, ces étrangers venus d’un autre monde, qu’il redoute et qu’il méprise. Paradoxalement, ces humains, qui sont eux capables de se fondre dans son monde, incarnent pour lui une menace : celle de son remplacement. Cette mécanique rappelle tragiquement celle de Scar dans Fullmetal Alchemist : victime d’un massacre racial, Scar reproduit la violence qu’il a subie, incapable de se libérer du cycle de haine.
À travers ce prêtre gobelin, l’œuvre illustre brillamment ce paradoxe : la peur de l’exclusion peut pousser ceux qui en souffrent à exclure à leur tour. Le manga dépeint avec amertume la facilité avec laquelle les anciens exclus deviennent des oppresseurs, rongés par le besoin d’appartenance et la peur de redevenir des parias.
La perpétuelle quête de reconnaissance d’Elton le fait ironiquement passer à côté de ce qu’il recherche le plus : être accepté et aimé malgré son origine gobline. En espérant qu’en prouvant sa dévotion, il serait enfin reconnu et aimé, il s’est laissé aveugler et s’est laissé consumer par la jalousie, rendant son parcours tragique et ironique. Pourtant, là où il ne cherchait plus, il avait déjà trouvé l’amour : celui du peuple, discret mais authentique, qui voyait en lui non un monstre ni un outil, mais un protecteur sincère.
Ce qui conclut sur une fin douce-amère, émouvante, où la véritable reconnaissance n’est visible qu’après la perte. Cruel, car on découvre l’hypocrisie de certains, et touchante, car la sincérité du peuple ressort à ce moment précis. Une critique qui dénonce un monde où ceux qui détiennent le pouvoir (ici la hiérarchie d’Elton) n’accordent de valeur qu’à l’utilité, tandis que les cœurs simples voient la personne derrière l’outil.
Ce septième tome propose une lecture plus amère, plus adulte et plus sombre. Entre illusions perdues et vérités crues, No Longer Allowed in Another World continue de tisser son récit unique, mêlant ironie, tragédie et introspection. Chaque page est une lente chute dans un monde où la beauté masque la discrimination, et où l’âme d’Elton se délite lentement, tel un vieux manuscrit fragile dévoilant, au fil de ses déchirures, la complexité poignante d’un homme qui s’est perdu.
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.