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Quand Thorgal arrive dans le Journal Tintin dans les années 1970, celui-ci est en train de faire sa révolution. Jusque-là, le dessin réaliste était un peu stéréotypé, engoncé dans des genres codifiées : des reporters, des guerriers, des chevaliers, des cow-boys, d’aimables gags… Le dessin d’Hergé et de Jacobs fascinait, au point de créer dans leur sillage une « École de Bruxelles ». Mais Greg devenu rédacteur en chef est en train de dépoussiérer le mammouth : les filles se font de plus en plus sexy et surtout le graphisme réaliste, avec l’arrivée d’Hermann notamment, louche deplus en plus vers le Nouvel Hollywood...
Arrive un dessinateur polonais qui n’a pas tous ces codes. Grzegorz Rosiński vient des Beaux-Arts, de l’illustration « à l’ancienne ». Quand il aborde Thorgal, c’est dans le registre de la peinture d’histoire. Il a regardé le Prince Valiant d’Harold Foster et les grands illustrateurs de ce que l’on appelle encore « le bloc de l’Est ».
Il passe à l’Ouest quelques années avant que Jean-Paul II devienne pape. Le monde change. Son réalisme expressif qui ne doit ni à Jacobs, ni à Milton Caniff détonne. On n’avait pas vu de dessinateur aussi puissant depuis le grand Paul Gillon. Ses personnages (merci Jean Van Hamme) sont originaux et bien campés, entre aventure et Fantasy. La saga commence et s’exprime dans des paysages grandioses dessinés de façon hardie avec des ambiances de Grand Nord, de forêts, de montagne ou de désert, des mers déchaînées,… d’une intensité jamais vue jusque-là. La simple confrontation des planches en témoigne. À l’inauguration, les visiteurs s’en décrochent la mâchoire …
Ce sont surtout les illustrations grand format : des couvertures pour les albums, mais aussi des réalisations faites spécialement pour l’expo, ou encore les planches en couleur directe de Skarbek aux harmonies étonnantes et rares qui attirent le regard. Les choix ont été fait conjointement entre Daniel Maghen et l’artiste : « Je ne comprends pas toujours tout dans ces choix » nous dit l’artiste. Le galeriste parisien, qui connaît ses acheteurs comme personne, sait ce qu’il fait...
Corentin Rouge -qui a fait un « Thorgal Saga… » remarqué avec Fred Duval est là. Il a le nez sur les planches. Il s’intéresse au procédé : « Comment fait-il ces gris ? » Là, le maître polonais lui explique : la trame, il la faisait lui-même sur un film adhésif car Letraset n’entrait pas en Pologne à l’époque encore sous le joug soviétique. Ce n’est que le nez sur l’original, en présence de l’artiste, que l’on débusque ce genre de secrets…
Par Didier PASAMONIK Merwan BOUCHOUARI Kelian NGUYEN
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Rétrospective Rosiński
Jusqu’au 24 mai 2025
Galerie Daniel Maghen
36 rue du Louvre
75001 Paris
Tel. : 01 42 84 37 39
Du Mardi au Samedi
de 10h30 à 19h00