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Favori de la rédaction
15 novembre 2024
L’univers de M-A-D nous transporte dans un monde post-apocalyptique sombre et fracturé. Après une guerre acharnée contre les “mechams”, des robots autonomes créés par l’homme mais devenus incontrôlables, la Russie est réduite à un champ de ruines. Dans cet avenir dystopique, l’humanité survit tant bien que mal, partagée entre sa méfiance envers les machines et sa dépendance à celles-ci. Les dernières communautés organisées, comme celle de Novgorod, s’appuient sur des technologies essentielles, telles que les A.P.U. (Automated Production Units), des chaînes de production automatisées indispensables à leur survie. Cependant, la méfiance envers les machines autonomes reste vive, et leur usage est strictement contrôlé.
C’est dans ce contexte tendu que les “spirits” jouent un rôle central. Ces soldats d’élite, au service de Novgorod, ont été spécifiquement formés pour partager leur conscience avec un “psybot”, une intelligence artificielle conçue pour maximiser leur efficacité au combat en régulant leurs émotions. Cette symbiose homme-machine leur permet de mieux contrôler leurs décisions sur le champ de bataille, tout en augmentant leur résilience psychologique face à des situations extrêmes. Toutefois, ce lien psychique n’est pas sans coût : il exige une partition mentale que seules les femmes semblent capables de supporter. Cette spécificité, expliquée par des différences hormonales et psychologiques, s’appuie sur l’idée que les femmes sont biologiquement et mentalement “programmées” pour supporter la cohabitation entre deux entités, un parallèle subtil avec leur rôle de donneuses de vie.
Le personnage principal, Daïa, est l’une de ces spirits. Bien qu’elle partage son esprit avec Socrate, un psybot à la logique implacable, Daïa nourrit une aversion profonde envers les machines. Ce rejet viscéral contraste avec son devoir de coopérer avec Socrate, créant une tension constante. Lorsqu’elle est chargée d’enquêter sur la mort de Sofia, une camarade et mentor, Daïa est confrontée à des dilemmes éthiques et émotionnels qui remettent en question ses certitudes sur les machines, l’humanité et elle-même. Ce premier tome installe un univers riche et complexe, où les conflits intérieurs de Daïa reflètent les tensions plus larges entre l’homme et ses créations technologiques.
Des inspirations classiques revisitées
M-A-D s’inscrit dans une tradition qui mêle science-fiction littéraire et manga japonais, convoquant les fantômes de Neuromancien de William Gibson, Blade Runner de Philip K. Dick, ou encore Ghost in the Shell de Masamune Shirow. À l’instar de ces œuvres, M-A-D interroge les frontières floues entre l’humain et la machine, tout en explorant la dépendance technologique. L’utilisation des A.P.U. (Automated Production Units) par les habitants de Novgorod illustre cette ambivalence : bien que les machines soient source de méfiance, elles restent indispensables à la survie. En mêlant réflexions philosophiques et action, la série évoque aussi le manga Akira de Katsuhiro Ōtomo et le roman Dune de Frank Herbert, où les thématiques de survie, de dépendance et de lutte pour le pouvoir sont centrales. Le personnage de Daïa, qui partage malgré elle son esprit avec Socrate, fait écho aux dilemmes identitaires du major Motoko Kusanagi dans Ghost in the Shell, ce qui renforce l’impression d’un hommage intelligent aux classiques du genre.
Un début prometteur, sans révolutionner le genre
Le dessin de Thomas Legrain, habituellement ancré dans le réalisme historique, se réinvente pour offrir un univers visuellement dense et immersif, où l’oppression des paysages dévastés rencontre la froideur des mécaniques futuristes. Quant à Nicolas Jarry, il livre une narration solide, appuyée par des dialogues introspectifs et tranchants. Bien que l’histoire et son univers ne bouleversent pas les codes de la science-fiction, M-A-D se démarque par une mise en bouche efficace et une ambiance maîtrisée. Ce premier tome pose des bases d’un univers promettant une suite riche en enjeux humains et philosophiques. En attendant le second tome, cette série offre déjà une expérience immersive et engageante, parfaite pour les amateurs de dystopies et de questionnements technologiques.
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À lire sur ActuaBD.com :
M-A-D T. 1 : Un empire de rouille - Par Thomas Legrain & Nicolas Jarry, éditions Le Lombard. Album paru le 18 octobre 2024. 72 pages, 241 x 318 mm. 16,95 euros.
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