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Bon
28 avril 2026
Sid, porteuse d’un espoir fragile au creux de son ventre, abandonne le giron protecteur de sa bande pour suivre la piste d’une carte remise par Slug, convaincue qu’elle mène à la Ville, cet horizon mythique dont l’existence vacille entre légende et mirage. Ainsi commence son périple solitaire à travers les carcasses urbaines d’un monde où les adultes ont disparu, laissant des tours en ruine aux mains de clans d’éternels adolescents, réfractaires à l’âge ingrat et vouant un culte laïc à des fétiches dérisoires comme les disques noirs ou les tubes cathodiques. Mais le chemin se parsème vite de pièges : des figures d’abord bienveillantes, aînés inquiétants ou étrangers énigmatiques, se révèlent avides de sa précieuse carte, la ballottant entre faux-semblants et menaces voilées.
Sid en exil : la carte fatale et les ombres de l’Eldorado
Pendant ce temps, ses compagnons, lancés à sa recherche dans les ruines balayées par le chaos, endurent leurs propres épreuves, confrontés à la violence brute et à l’incertitude qui imprègnent cet univers, évoquant un croisement hanté entre désolation zombie et mystères insondables. Car au-delà de l’action rythmée et du suspense tendu, ce tome affirme avec brio les ambitions du premier : il tisse survie viscérale et réflexion profonde sur l’essence du lien, rappelant que dans l’apocalypse, se battre pour la vie de ses proches devient le sillon ultime à tracer. L’ingéniosité foisonnante des gamins défie les décombres, transformant l’odyssée risquée en hymne à l’irréductible soif d’horizon partagé.
Vitalité brute dans un polar juvénile
Matthew Rosenberg, passé des scènes rock aux planches des comics via des pépites comme 4 Kids Walk Into a Bank (braquage enfantin sombre et hilarant co-signé avec Tyler Boss), infuse ici son humanité nuancée, mêlant l’humour absurde à l’émotion brute, après avoir oeuvré sur X-Men ou Batman. Tyler Boss, dessinateur primé et nommé aux Eisner pour son trait stylisé et dynamique qui vitalise les mondes usés et les gamins cabochards, déploie une énergie contagieuse où ruines pop et reliques vinyles dansent sous son pinceau. Leur alchimie, forgée au feu des disques et des prix, propulse ce second tome vers des sommets : un récit réfléchi et foisonnant qui laisse pantelant d’impatience pour le final, prouvant que le plus loin d’ici n’est qu’un pas vers ceux qu’on chérit, disque en bandoulière.
Par Jessy LEMESLE
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C’est où le plus loin d’ici ? T.2, Tyler Boss & Matthew Rossenberg, Editions Casterman, 20 €