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Favori de la rédaction
14 janvier 2026
Dans l’univers de M-A-D, l’humanité survit dans un monde post-apocalyptique sombre et fracturé. Après une guerre totale contre les mechams — des robots autonomes créés par l’homme mais devenus incontrôlables — la Russie n’est plus qu’un champ de ruines glacées. Les rares communautés organisées, à l’image de Novgorod, subsistent grâce à des technologies vitales comme les A.P.U. (Automated Production Units), tout en nourrissant une méfiance profonde envers toute forme d’intelligence artificielle autonome. Une contradiction fondatrice : dépendre des machines tout en redoutant leur émancipation.
C’est dans ce contexte tendu que s’ouvre ce second tome de M-A-D. Après avoir découvert que certains mechams errent encore parmi les survivants, la spirit Daïa Anikine et son psy-bot Socrate poursuivent leurs investigations. En parallèle, dans les ruines de Moscou, un groupe de ferrailleurs met au jour une cuve renfermant un corps mystérieux. Leur fuite précipitée face à l’arrivée de droïdes laisse derrière eux un enfant, Sacha, bientôt recueilli par le Stalker, un androïde renégat dont le passé pourrait bien contenir la clé de toutes les réponses : qui fut le premier robot à briser son code… et à s’attaquer aux humains ?
La quête engagée par Daïa et Socrate dépasse rapidement le simple cadre de l’enquête. Retrouver le Stalker, c’est peut-être comprendre l’origine du conflit, mais aussi découvrir si une issue reste possible pour l’humanité. Le récit s’installe alors dans une tension constante entre révélation et désillusion, laissant planer l’idée que certaines vérités, une fois mises au jour, ne sauvent pas nécessairement.
C’est précisément là que ce tome 2 de M-A-D prend toute son ampleur. Nicolas Jarry et Thomas Legrain ne se contentent pas de prolonger leur univers : ils l’approfondissent et en interrogent les fondations idéologiques. Là où le premier volume posait les bases d’un monde ravagé, cette suite s’attaque frontalement à la question fondatrice : comment la guerre a-t-elle réellement commencé, et surtout, pourquoi ?
Le rôle central des spirits — ces soldats d’élite formés pour partager leur conscience avec un psy-bot chargé de réguler leurs émotions — trouve ici une résonance nouvelle. Cette symbiose homme-machine, réservée aux femmes en raison de leur capacité à supporter une partition mentale extrême, continue d’alimenter une réflexion subtile sur le contrôle, le libre arbitre et la responsabilité. Daïa incarne pleinement cette tension : profondément hostile aux machines, elle est pourtant contrainte de cohabiter mentalement avec Socrate, dont la logique implacable entre régulièrement en collision avec ses certitudes et ses émotions.
Les réponses apportées par le scénario refusent toute lecture manichéenne. À bien des égards, cette approche rappelle celle du manga Gunnm, seinen emblématique de Yukito Kishiro, où la frontière entre humanité et machine se brouille au profit d’une réflexion existentielle sur l’identité, la violence et la responsabilité. Dans M-A-D, la catastrophe n’est pas seulement le résultat d’une intelligence artificielle devenue incontrôlable, mais le symptôme d’une humanité incapable d’accepter sa propre faillibilité et sa condition mortelle. Une vision plus nuancée, parfois cruelle, où l’homme cesse d’être le héros pour devenir le cœur même du drame.
Graphiquement, le dessinateur de Sisco confirme toute l’étendue de son talent. Les affrontements dans la neige, les carcasses de droïdes figées dans la glace et les architectures éventrées composent une iconographie puissante. Le dessin magnifie les machines sans jamais les glorifier, renforçant cette ambiguïté constante entre fascination technologique et menace existentielle.
Plus dense, plus sombre et plus ambitieux, ce tome 2 de M-A-D réussit là où de nombreuses suites échouent : enrichir son univers tout en déplaçant le regard. Une science-fiction efficace, rythmée et profondément réflexive, qui confirme que la série ne se contente pas de raconter la fin du monde, mais interroge, en creux, notre responsabilité dans sa possible advenue.
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À lire sur ActuaBD.com :
M-A-D T. 2 : Mechanical mind - Par Thomas Legrain & Nicolas Jarry, éditions Le Lombard. Album paru le 17 octobre 2025. 72 pages, 241 x 318 mm. 17,45 euros.