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Wonder Woman/Harley Quinn, une création européenne inédite aux éditions Urban Comics

Par Romain GARNIER Kelian NGUYEN 18 octobre 2025 
Inédit ! Le prolifique scénariste Sylvain Runberg (Space Relic Hunters, Orbital, Jakob Kane, Le Règne, Outlaws…) et le dessinateur espagnol Miki Montlló (The Witcher, Orbital, Warship Jolly Roger…) ont œuvré ensemble à une création européenne inédite. Pour la première fois, l'éditeur français Urban Comics crée avec ce duo d'auteur une histoire inédite avec les licences DC, adoubée ensuite par la firme américaine. Intitulée Wonder Woman/Harley Quinn - La Souffrance et le Don, riche de 128 planches, ce récit met en scène deux figures incontournables de l’univers DC sur l’île de Themyscira, lieu où vivent, à l’écart du reste du monde, les Amazones, dont la reine Hippolyte de Themyscira et sa fille, Wonder Woman. ActuaBD est allé à la rencontre des deux auteurs.

Comme nous l’explique d’entrée Sylvain Runberg, la genèse du projet est très ancienne : « J’avais eu une discussion avec Pôl Scorteccia, directeur d’Urban Comics, il y a douze ans. Il savait que j’aimais le comics, que j’aimais l’univers des super-héros. Il m’avait alors demandé si je devais choisir un super-héros dans l’univers D.C., lequel je choisirais. Je lui avais répondu Wonder Woman. C’était déjà un de mes personnages préférés à l’époque. Mais cette discussion en était restée là.

En fin de compte, voilà six ou sept ans, Urban Comics m’a contacté concernant un projet de création original avec DC, me signifiant à cette occasion que j’étais sur la liste des auteurs européens à contacter, et voulait s’assurer que j’étais toujours intéressé par l’idée. Auquel cas, je pouvais choisir les personnages et l’histoire afin de leur proposer un récit et des thèmes en toute liberté. J’ai tout de suite dit oui. C’était un rêve pour moi que d’écrire un récit avec des personnages avec lesquels j’ai grandi. Je leur ai donc proposé ce récit avec Wonder Woman et Harley Queen. Urban a beaucoup apprécié et l’a envoyé à DC qui l’a aimé à son tour. Dans le même temps, j’ai proposé Miki Montlló. Ils ont trouvé que c’était une très bonne idée et Miki a lu le projet qui lui a beaucoup plu. C’est comme cela que tout a démarré ».

Mais alors, quelle est donc cette histoire ? Sur l’île de Themyscira, divers événements viennent perturber la quiétude des Amazones : une d’entre-elles, alors que c’est strictement interdit, est enceinte. Aux abords de l’île, la criminelle redoutée, Harley Queen, ainsi que ses deux hyènes, atterrissent avec un hydravion. Chose surprenante, elle demande à Wonder Woman et aux Amazones leur protection et s’effondre. Elle fuit le Joker avec qui elle entretient une relation toxique qui est en train de la détruire. Les choix pris et à prendre par la reine Hippolyte suscitent des tensions importantes et une division des Amazones sur la manière pour elles, en tant que société, de réagir à cette intrusion et cette maternité. Une guerrière profite de la situation pour appeler ses sœurs à la révolte afin de destituer leur reine. Le chaos s’installe au cœur de l’île.

© Sylvain Runberg & Miki Montlló / Éd. Urban Comics (2025)

Harley Queen, victime d’un compagnon toxique ? Sylvain Runberg s’en explique : « [Le récit], je l’ai écrit il y a sept ans, où j’ai fait le synopsis, le pitch. À l’époque l’actualité, en l’occurrence, c’était le début du mouvement #MeToo et on retrouve vraiment ça dans le récit. Cela m’a beaucoup influencé. Harley Quinn est la compagne du Joker et le Joker, dans notre univers, est un agresseur, est un manipulateur, est un psychopathe et il n’y a pas de rédemption pour le Joker. Il existe des versions du Joker plus récentes où il est présenté comme un personnage plutôt cool. Moi, je suis parti à la base de ce qu’il est, c’est-à-dire un tortionnaire et un criminel. Harley Queen est sous son emprise et elle trouve le courage d’essayer de s’en sortir, de demander de l’aide pour essayer de se reconstruire.

Même dans les premières versions du Joker, ce super-vilain est quelqu’un de sadique. Il cherche à faire le mal, à imposer sa volonté par la violence. Et je trouve que ça empire encore plus depuis que le personnage d’Harley Queen est apparu, entraînant l’apparition d’une dimension intime. Il pose son dévolu sur ce qui est censé être une compagne alors qu’en fait c’est juste une victime dont il prend possession, qui est sous sa domination. Et pour moi, c’était très important de rappeler ça et de rappeler à quel point ça demande du courage de se sortir d’une relation toxique. Donc vraiment, l’héroïne ici, c’est Harley Queen. Elle fait ce qu’il y a de plus difficile, elle trouve le courage de sortir d’une relation toxique et de demander de l’aide ».

Cette approche féministe de la narration se retrouve-t-elle dans le dessin ? Quand on interroge Miki Montlló sur le fait que les super-héroïnes ont tendance à être sexualisées dans leur représentation afin de satisfaire un public masculin, le dessinateur dit avoir eu une réflexion à ce sujet : « Je ne voulais pas dessiner Wonder Woman et Harley Queen selon les canons des fantasmes masculins. Ce sont bien sûr deux belles femmes, et beaucoup les dessinent avec une vision masculine à l’esprit. Et ils peuvent le faire. Néanmoins, ce n’est pas ce que j’avais moi à l’esprit. Je voulais les dessiner comme de belles femmes, mais pas sexualisées. En tout cas, j’ai fait de mon mieux pour y parvenir ».

© Sylvain Runberg & Miki Montlló / Éd. Urban Comics (2025)

Le sous-texte politique est omniprésent dans l’œuvre de Runberg et Montlló. Le féminisme en premier lieu, mais pas seulement. L’autoritarisme politique, l’ouverture à l’altérité, la question de l’immigration ou l’écologie sont autant de sujets abordés dans cette société fermée des Amazones. « Techniquement, [Harley Queen] c’est quelqu’un qui émigre sur l’île de Themyscira, qui vient avec un background qui n’est pas du tout celui des Amazones. Et d’ailleurs, c’est ce qui va créer une opposition extrêmement brutale entre Diana et sa mère, Hippolyte, la reine des Amazones.

Alors que Diana va tout de suite tendre la main à Harley Queen en affirmant qu’il y a là une sœur en difficulté, la réaction d’Hippolyte et de beaucoup d’autres Amazones, est très différente. À leurs yeux, Harley est une des pires criminels de Gotham City. Il est hors de question qu’elle mette les pieds sur l’île et surtout qu’elle y reste. Harley est donc quelqu’un qui est étranger à l’île et qui arrive pour demander de l’aide. Il existe des réactions extrêmement contradictoires et violentes par rapport à ce qu’il faut faire ou pas, par rapport à cette demande là. Donc oui, il y a de cet aspect là qui est sous-jacent. Ce n’est néanmoins pas l’aspect principal ».

On rappelle alors que cette place accordée aux propos politiques progressistes dans les films Marvel avaient suscité des vagues réactionnaires, accusant la firme de wokisme, appelant à rendre aux super-héros leur dimension apolitique. Sylvain Runberg rebondit aussitôt : « Les super-héros ont toujours été politisés. Les gens qui disent l’inverse ne connaissent pas l’histoire des super-héros. Une des premières histoires de Superman, c’est Superman qui se bat contre des gens qui vont être expropriés par un propriétaire et qui justement les pousse à se syndiquer. Et si le terme woke c’est être humaniste et se battre contre la racisme, l’homophobie et la misogynie, moi je suis 200 % woke. Ce n’est pas une insulte, bien au contraire, c’est une qualité.

© Sylvain Runberg & Miki Montlló / Éd. Urban Comics (2025)

La manière dont on aborde la bande dessinée dans le monde des super-héros, par exemple aux États-Unis, n’a rien à voir avec la celle dont on aborde des héros comme Astérix, les Schtroumpfs ou même les Tuniques Bleues. Dans les Tuniques Bleues, il y a toujours eu, néanmoins, un aspect politique et très historique, social, au-delà de l’aspect aventure humoristique. Et c’est cela que j’aimais bien chez les super-héros aussi, l’ancrage dans la réalité.

Parfois, il y a une mécompréhension, je pense, en France, sur ce que sont les héros, les super-héros américains. En général, ils sont très très ancrés dans la réalité de leur époque. Je pense que ce qui m’a intéressé chez Capitaine Flam est justement son aspect politique. Il s’agit d’une œuvre américaine d’Edmond Hamilton qui était un Space Opera, déjà très influencé par des questions sociales et scientifiques de l’époque et d’avant-garde. Or, je le répète, la création de la Toei a conservé cet aspect.

Je pense que cela fait la différence avec des œuvres comme Albator ou Goldorak qui peuvent être très profondes et très humaines, mais qui sont moins ancrées dans des thèmes réalistes et politiques. Je me souviens très bien de certains combats menés par les X-Men, par Batman ou Wonder Woman, portés par cette question de justice sociale et de défendre les gens qui étaient en difficulté contre les gens qui avaient du pouvoir. Un pouvoir qu’ils utilisaient de manière néfaste par rapport à la communauté ».

Sylvain Runberg et Miki Montlló sont honorés d’avoir pu tous deux donner vie à une des héroïnes de leur enfance. La bande dessinée doit être publiée dans d’autres pays que la France. Tous deux espèrent qu’elle sera publiée aux États-Unis, le contrat n’ayant jamais prévu automatiquement la publication par DC Comics outre-Atlantique. D’ailleurs, est-ce que Sylvain Runberg avait à l’esprit le public américain quand il a écrit le scénario ? « Comme pour tous mes projets, j’écris pour moi. Tout simplement. Ce sont des personnages internationaux. Des icônes de la Pop Culture. Le fait que ce type d’album existe en est la preuve absolue. On écrit pour un public international, mondial et non pour une nationalité en particulier. Ensuite, je pense que ce qui intéresse DC et Urban, est qu’on a une sensibilité, par exemple européenne ou française, qui peut nous amener à avoir un angle et des visions différentes.

© Sylvain Runberg & Miki Montlló / Éd. Urban Comics (2025)

Et je pense que c’est aussi ça qui a plu à DC en fin de compte, notre manière d’aborder Harley Queen et Wonder Women, d’associer deux personnages qui, en général, ne sont pas du tout associés dans leur univers parce qu’ils sont très opposés à l’origine. Je pense que ce genre d’initiative peut mener aussi à des angles nouveaux, des histoires originales qui n’auraient pas eu lieu si on s’était cantonné à demander cela à des auteurs anglo-saxons. Et je dirais exactement la même chose sur des licences franco-belges. Par exemple, je serais très intéressé de voir des auteurs sud-américains ou des Étasuniens s’attaquer à Lucky Luke, Astérix ou Blake et Mortimer ».

Et qu’en est-il pour Miki au dessin, lui qui se dit influencé par Enki Bilal, Moebius et Nicolas de Crécy ? « C’est différent au sens où les super-héros ont généralement de nombreux éléments caractéristiques de leur identité. Pour moi, c’était la première fois que je dessinais des super-héros. Je voulais prendre le meilleur de la manière qu’ont les Américains de raconter une histoire et l’adapter à mon point de vue, plus européen, car j’avais avant tout travaillé pour l’industrie de la bande dessinée française et chinoise. Quand je travaillais sur The Witcher, cela était différent. C’était une proposition artistique, ce qui ne nécessitait pas de grands changements.

Pour moi, le plus grand challenge à relever étaient les combats, typiques des affrontements des super-héros américains, mais aussi d’introduire davantage de pleine pages, d’action et de poses extrêmement dynamiques. Au-delà de ça, vous pouvez trouver des influences certes américaines, mais aussi françaises et japonaises. Tout est mélangé et cela marche bien à mon avis, même si les lecteurs et lectrices auront le dernier mot. »

Sylvain Runberg complète le propos de son camarade-dessinateur sur la question des influences : « J’ai grandi à la fois avec Astérix, les Schtroumpfs, Lucky Luke, mais aussi les publications Nova, Strange, Spidey, c’est-à-dire toutes les productions Lug, Marvel en général, mais aussi DC. Et en même temps toute la culture japonaise avec les animés qui sont arrivés sur les écrans télévisés français à la fin des années 70, début des années 80, comme Goldorak, Albator ou Capitaine Flam. Ce livre-là, ce récit-là, c’est vraiment le résultat d’un individu qui a grandi avec une multitude d’influences franco-belges, américaines et japonaises ».

Couverture alternative de Miki Montlló pour l’édition limitée
© Sylvain Runberg & Miki Montlló / Éd. Urban Comics (2025)

Au terme du récit, une porte est laissée entrouverte pour une suite. On demande alors aux auteurs s’ils seraient partant pour poursuivre l’aventure. « Oui ! C’est quelque chose qu’on aimerait faire. On sait exactement d’ailleurs ce qu’on ferait. Après, il faut voir s’ils acceptent un jour. L’album vient de sortir, c’est une nouvelle collection, c’est un peu tôt pour officialiser quoi que ce soit. Néanmoins, on a eu des premiers échos très positifs de la part d’Urban. Notre nouvelle proposition n’est pas encore arrivée jusqu’à DC ».

Un dernier mot Sylvain Runberg ? « Il s’agit d’un récit qui s’adresse à la fois aux fans de l’univers DC, mais aussi, je l’espère, à des gens qui ne connaissent pas du tout les super-héros ou l’univers DC en particulier. Je l’ai vraiment conçu ainsi. On a traité ces personnages en dehors de toute continuité. Il ne faut donc pas avoir lu d’autres histoires de Wonder Woman ou de Harley Queen pour la comprendre ».

Par Romain GARNIER Kelian NGUYEN

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Code EAN : 9791026822813

Wonder Woman/Harley Quinn, La Souffrance et le Don - Par Sylvain Runberg & Miki Montlló - Éd. Urban Comics - Paru le 26 septembre 2025 - 128 pages - 21.8 x 1.5 x 32.9 cm - 20,50 euros.

Harley Quinn Wonder Woman Urban Comics ✍ Sylvain Runberg ✏️ Miki Montillo à partir de 12 ans Super-héros France Espagne
 
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3 Messages :
  • Je n’ai pas encore acheté le livre, mais je suis ravi que des auteurs français et espagnol fournissent une oeuvre inédite sur les persos DC !

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    • Répondu le 20 octobre 2025 à  07:47 :

      Ouch, les anatomies féminines, c’est pas encore ça quand même.

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  • Alors Sylvain Runberg doit avoir des souvenirs diffus, mais Albator est éminemment politique, qu’il s’agisse de la série de 78, particulièrement mélancolique, et même celle de 84 : les scènes montrant les élites politiques menant la planète à la ruine en terme de gestion de ressources, pressurisant les colonies, et un peuple passif et décadent sont le moteur de l’engagement du capitaine à devenir corsaire interstellaire. Et Goldorak, c’est quand même le prince d’une terre étrangère qui défend sa patrie d’adoption contre d’autres envahisseurs étrangers et leur armée. Certes moins directement politique que les X-men et leur message d’acceptation des différences, mais tout de même.

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