Six années se sont écoulées depuis la mystérieuse disparition de Mézoké dans une dimension quantique inconnue. La vie dans la Confédération a repris son cours : Caleb Swany est devenu l’un des piliers du Directoire de l’ODI (Office Diplomatique Intermondial) et le favori pour succéder à Evona Toot comme Dignitaire Primal. Cette ascension, déjà politiquement sensible pour des Humains à l’équilibre fragile au sein de la Confédération, se retrouve vite parasitée par une crise bien plus large.
Le nouveau foyer de tensions provient des congrégations religieuses aliens, désormais assez puissantes pour exiger une représentation directe à l’ODI, sous la menace de sécession.
Quatre grands courants montent en pression (Solarisme d’Oralo, Tétranautes, Unanistes, Enfants de la Matière Noire), et le plus influent réclame de Caleb une démarche qui dépasse largement la diplomatie « classique ». Pendant ce temps, Dernid et Angus poursuivent obstinément la piste de Mézoké dans l’espoir de retrouver leur ami Sandjarr.
Cet album ne redessine pas la carte des étoiles, mais il sait exactement quand saborder les certitudes : d’abord la trajectoire balisée, puis la déviation brutale qui fait basculer toute la Confédération. Le récit avance d’abord sur des rails assez classiques, presque sages, puis il accélère et place ses virages de façon à requalifier tout ce qui précède, jusqu’à donner une vraie envie de connaître la suite et la fin de ce nouveau diptyque.
Visuellement, en revanche, c’est une évidence : Serge Pellé est toujours au sommet de son art. Ses ambiances vaporeuses, baignées de gris, construisent une SF à la fois brumeuse et très lisible, où chaque décor et chaque espèce semblent avoir leur matière, leur poids, leur histoire — même Angus, le Névronome, y gagne une présence presque mythologique. Il y a parfois un parfum de « Métabarons » dans l’esthétique générale, non pas comme une imitation, mais comme une parenté d’ampleur et de souffle graphique.
Côté scénario, Sylvain Runberg reste plus mesuré : l’intrigue est bien goupillée, intrigante, rythmée, mais pas révolutionnaire. Le choix d’un extrémisme religieux sectaire comme moteur dramatique apporte cependant une tension très actuelle, avec une figure d’illuminée à la tête de milliards de croyants, qui fissure la diplomatie de l’intérieur et rend la menace plus dérangeante que spectaculaire.
Sécession se lit comme une pièce de plus dans la mécanique confédérée : rien d’un coup d’éclat solitaire, plutôt un épisode solide, qui aligne les forces en présence et donne envie de voir la suite sans devoir traverser à nouveau des années-lumière d’attente (le tome 8 date de 2019).
Par Milan MORALES
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Orbital Tome 9 : Sécession, par Runberg et Pellé, éditions Dupuis. Paru le 24 octobre 2025. 15,95 €.