Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Très bon
25 août 2026
Le postulat de départ est glaçant tout en restant sobre : poursuivi par les forces de l’ordre, un groupe de jeunes révolutionnaires japonais trouve refuge dans la montagne pour tenter d’y fonder une société plus juste. Mais, très vite, l’utopie collective bascule vers un système où l’autocritique, la délation et le lynchage deviennent la norme, jusqu’à ce que l’excès de zèle révolutionnaire pousse les membres du groupe à s’entretuer.
Sans jamais le nommer frontalement, le récit évoque directement l’un des épisodes les plus traumatiques de l’histoire de la gauche radicale japonaise des années 1970 : les purges internes de l’Armée rouge unifiée (Rengō Sekigun) dans les montagnes de la préfecture de Gunma, restées gravées dans l’imaginaire collectif de l’archipel.
Le choix du sujet n’a rien d’anodin : en s’emparant d’un fait historique aussi douloureux, l’album s’inscrit dans une veine de bandes dessinées qui interrogent la manière dont un idéal collectif peut se retourner contre ceux qui le portent, lorsque la quête de pureté idéologique laisse place à la paranoïa et à la violence entre pairs. Un sujet qui résonne avec bien des dérives contemporaines du militantisme et de l’entre-soi identitaire.
Ce nouvel album ajoute une réussite à la bibliographie d’Isao Moutte, auteur franco-japonais formé aux Beaux-Arts d’Angoulême. Passé par le polar avec Hard Money et Castagne, sélectionné pour le prix SNCF du Polar en 2016, puis par Clapas (2021) et Les Évaporés (2023), tous deux publiés chez Sarbacane, l’auteur s’est forgé une réputation grâce à son sens aigu du rythme et à une écriture dialoguée particulièrement soignée : des qualités taillées sur mesure pour un sujet aussi tendu que celui de Saisons rouges.
Le titre lui-même condense l’ambition du récit : là où les saisons évoquent naturellement le cycle de la nature et de la vie, Isao Moutte les affuble d’un rouge qui n’a rien de végétal : celui du sang et de la fièvre idéologique qui finit par consumer ceux qu’elle anime.
Une manière, dès la couverture, d’annoncer que la montagne ne sera pas le refuge espéré, mais le théâtre d’un effondrement collectif.
Par Quentin GUILLIER
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.