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Jérôme Wybon (Les Mâchoires de la Peur) : « Je voulais raconter les coulisses d’un film autrement »

Par Kelian NGUYEN Bon 11 décembre 2025 
Réalisateur de films documentaires et spécialiste du cinéma, en particulier français, Jérôme Wybon ajoute une corde à son arc en devenant scénariste de bande dessinée. Avec Les Mâchoires de la peur, il raconte en BD les coulisses de la production et du tournage des Dents de la mer.

Premier né de la collection dédiée aux secrets d’icônes de la pop culture Biopik chez Huginn & Muninn, Les Mâchoires de la Peur célèbre les 50 ans de la sortie en salle des Dents de la Mer avec une bande dessinée qui lui est consacrée.

« C’était d’abord une volonté de l’éditeur de raconter les coulisses d’un film en BD. En revanche, c’est moi qui ai proposé Les Dents de la mer. » nous explique Jérôme Wybon. Un film iconique qui, 50 ans plus tard, traumatise encore certains, les empêchant de mettre les pieds dans l’eau. Pour l’auteur, sa première rencontre avec ce classique du 7ᵉ art s’est déroulée une dizaine d’années après sa sortie en salle, lors de sa première diffusion télévisée. « Je me souviens du carré blanc, marqueur d’une limitation d’âge. C’était un événement, on en a parlé le lendemain à la récré. Pour moi, ce que j’en ai retenu, c’est évidemment l’horreur, mais aussi son humour et l’humanité des personnages. »

Habitué des films documentaires sur les coulisses du cinéma, le réalisateur s’est cette fois tourné vers le médium BD pour raconter son histoire : « Je pense qu’il y a un intérêt des lecteurs pour ce genre d’histoires ces dernières années. Mais il faut une histoire forte et un film iconique pour que cette tendance dure. » C’est donc naturellement qu’il s’est tourné vers ce film si marquant dans l’histoire du cinéma hollywoodien. Pour Jérôme Wybon, Les Dents de la Mer marque le « basculement d’Hollywood vers le blockbuster. » Le premier film à avoir connu un tel succès dans cette génération de réalisateurs dits « barbus », parmi lesquels on peut citer George Lucas, Coppola, De Palma, qui souhaitaient renouveler le cinéma d’aventure, pour le rendre plus « crédible, loin des studios, en utilisant les codes des séries B mais avec une ambition artistique. »

L’auteur n’a pas choisi la BD pour traiter son sujet par simple effet de mode, mais aussi par ambition artistique. « La bande dessinée permet d’incarner l’action, de l’écrire dans le temps présent et de s’attarder sur des points où, parfois, il n’existe pas d’archives. » Elle permet de faire parler les acteurs de l’action au cœur de celle-ci, quel que soit le nombre de sources visuelles disponibles. Une liberté de mise en scène et de propos qu’il a travaillée de manière totalement indépendante vis-à-vis des studios de production détenteurs des droits. « Je voulais raconter les coulisses d’un film autrement : à la première personne, avec un Steven Spielberg en pleine création. »

Pour cela, il a lui aussi effectué un travail d’historien, recoupant les nombreuses traces laissées par les principaux concernés, mais aussi par la vaste bibliographie existante autour du film. « Je voulais être cohérent, même si parfois les discours sont dissonants. Je me suis, à de rares occasions, permis d’imprimer la légende, comme disent les Anglo-Saxons. »

L’action se déroule sous nos yeux, les anecdotes fusent et la magie du film, mais plus largement du cinéma, prend vie. Si la filiation avec Les Guerres de Lucas, dont le tome deux est sorti il y a quelques semaines, est évidente, Les Mâchoires de la Peur se rapproche plutôt, dans le ton, de Un Tournage en Enfer (Casterman), consacré aux coulisses d’Apocalypse Now. Mis en scène par Toni Cittadini, dessinateur italien réaliste au trait à la fois classique et moderne, qui « a apporté de nombreuses idées graphiques et narratives », Les Mâchoires de la Peur traite l’aventure rocambolesque derrière la création des Dents de la Mer avec un regard de documentariste : un regard d’auteur porté sur l’œuvre, avec une volonté d’impartialité pour laisser aux lectrices et lecteurs leurs propres interprétations.

Pour conclure cet album, les éditions Huginn & Muninn et leurs auteurs ont ajouté un dossier documentaire. Non pas centré sur les coulisses du film avec des images d’archives, mais sur la préservation des requins et l’impact qu’a eu le film sur leur massacre. « On voulait prolonger d’une certaine manière le travail de Peter Benchley. » L’auteur du roman ayant inspiré le film de Steven Spielberg a toujours eu conscience de l’impact négatif qu’a eu son œuvre sur les populations de squales dans l’inconscient collectif et sur leur préservation.

Les Mâchoires de la Peur est le premier ouvrage d’une nouvelle collection de bande dessinée chez Huginn & Muninn. L’an prochain paraîtront une BD sur les coulisses de L’Exorciste et une autre sur Terminator. Après les célébrations des 50 ans de sa sortie en salle, de nouveaux documentaires et de nouveaux ouvrages d’analyse, Les Mâchoires de la Peur ne serait pas la seule bande dessinée consacrée aux coulisses des Dents de la Mer à voir le jour dans les mois à venir.

Par Kelian NGUYEN

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Code EAN : 9782386400667

Les Mâchoires de la Peur - Par Jérôme Wybon & Toni Cittadini - Ed. Huginn & Muninn

Huginn & Muninn ✍ Jérôme Wybon ✏️ Toni Cittadini Biopic Cinéma France
 
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