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C’est carrément l’Elysée lui-même qui l’annonce, sachant qu’Emmanuel Macron ne rate jamais une occasion de s’adresser à la génération des Millenials qui a été biberonnée au Club Dorothée. Peut-être cherche-t-il à se doter de la puissance du Kamehameha en vue de la prochaine élection présidentielle...
L’annonce faite le 24 août 2026 a cependant une portée bien plus grande, peu soulignée par les commentateurs. D’abord, le complexe annoncé par les Saoudiens porte sur trois parc français dont un seul serait consacré à Dragon Ball.
La création d’Akira Toriyama n’est pas une inconnue pour la monarchie pétrolière. En Arabie saoudite, l’entreprise Qiddiya a annoncé en 2024 développer une destination de loisirs près de Riyad devant occuper plus de 500 000 m² répartis en sept zones inspirées de Dragon Ball, Dragon Ball Z et Dragon Ball Super. Plus de trente attractions sont annoncées, dont cinq majeures, ainsi qu’un Shenron (le dragon sacré de Dragon Ball qui apparaît lorsque les sept Dragon Balls sont réunies) de 70 mètres abritant une montagne russe. C’est évidemment assorti d’un ensemble d’hôtels, de restaurants et de boutiques à goodies. Le projet de Cergy n’est donc que l’exportation, une sorte de comptoir, pour le parc saoudien.
Un sérieux concurrent pour Disney
Le marché du parc d’attraction à thème en France se porte bien puisque nous sommes leaders du marché européen avec 3,2 milliards d’euros en 2025, devant l’Allemagne (2,5 milliards) et le Royaume-Uni (2 milliards). À l’échelle européenne, le marché plus largement défini des parcs à thème est évalué à environ 16 milliards d’euros.
Mais il faut nuancer le chiffre français : le seul Disneyland Paris représente environ 82 % du marché contre 6,6 % pour le Parc Astérix, 5,7 % pour le Puy du Fou, 4,9 % pour le Futuroscope et 0,4 % pour Spirou Provence dont la tête d’affiche est Naruto cette année.
Depuis son ouverture en 1992, Disney affirme avoir investi 13 milliards d’euros en France, avec pas mal d’aléas financier. Disneyland Paris a dépassé le chiffre de 445 millions de visites cumulées et emploie aujourd’hui plus de 20 000 personnes. Un business qui porte sur les tickets d’entrée mais aussi sur ses hôtels, ses restaurants, ses boutiques et Disney Village. Tout compris, c’est en 2025, 2,68 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Disney, on le sait, ce n’est pas que Mickey et les personnages historiques de Disney, mais aussi Pixar, Marvel et Star Wars. Un sacré morceau de notre pop-culture !
Donc Dragon Ball, en avant-poste de l’univers des mangas, est un sérieux concurrent aux licences américaines quand on sait que la Japon Expo dépasse les 200 000 visiteurs en quatre jours et que la récente exposition Manga – Tout un art ! au Musée Guimet a dépassé les 150 000 visiteurs en quatre mois.
Comment résisteront les parcs français ?
Oh bah, on sait qu’Astérix, 2e chiffre de fréquentation hexagonal, a battu son propre record avec 2,9 millions de visiteurs en 2025 et compte actuellement 50 attractions et spectacles, trois hôtels, 36 points de restauration et 13 points de vente de souvenirs, une position dans la pure tradition gauloise de la lutte contre l’envahisseur.
On sait par ailleurs que le parc à thème gaulois doit se développer prochainement en Allemagne, son propriétaire La Compagnie des Alpes ayant acquis Belantis, près de Leipzig, qui doit progressivement être transformé en village astérixien… Logique puisque l’Allemagne est le second pays où cette licence est la plus vendue.
Il y a aussi le Parc Spirou-Provence, ouvert à Monteux en 2018 par Média-Participations. Sa performance est faible par rapport à ces deux géants : 330 000 visiteurs annuels. Son attractivité repose principalement sur les marques propriétaires ou licenciées du groupe : Spirou et Fantasio, Marsupilami, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, Kid Paddle, etc.
Et récemment, on vous en parlé, a été lancée une zone consacrée à Naruto qui représente un investissement de plusieurs millions d’euros. On verra les chiffres de 2026 pour voir si cette licence exploitée par Kana, filiale du groupe, leur a servi de Joker !
Un marché solide et cohérent
Mais derrière -et cela donne à réfléchir- il y a des parcs à thème très profitables comme Le Puy du fou (3 millions de visiteurs sans personnage sous licence) ou encore le Futuroscope dont la stratégie est construite autour de l’image, de la technologie et des expériences immersives. Moebius y avait apporté jadis sa contribution. Mais la bande dessinée est peu exploitée jusqu’à présent, l’évolution du parc autour du Futuroscope Xperiences ayant fait considérablement progresser le nombre de visiteurs après un investissement de 300 millions d’euros.
Ceci illustre une tendance commune à presque tous les grands acteurs : la transformation du parc en destination touristique : l’objectif n’est plus uniquement de vendre un billet d’entrée, mais de faire rester le visiteur afin de générer des recettes d’hébergement, de restauration et de services complémentaires.
Ces chiffres ne sont évidemment pas directement comparables : les 13 milliards de Disney correspondent à plus de trente ans d’investissements, les 250 millions d’Astérix et 300 millions du Futuroscope à des programmes de développement, tandis que les 6 milliards promis par Qiddiya correspondent à la création d’une nouvelle destination comprenant trois parcs.
Mais cela reste cohérent avec le positionnement de la France, première destination touristique mondiale, avec 102 millions de visiteurs internationaux, devant l’Espagne (96,8 millions). Le Japon est 9e, encore loin derrière en volume, avec 42,7 millions de visiteurs en 2025, mais connaît a connu une croissance spectaculaire cette année-là avec une progression de près de 16 % en un an, sans doute grâce à l’attractivité des mangas.
Il est évident que le projet saoudien va bousculer quelque peu cette stratégie, sachant qu’une licence est une licence. Quand les icônes populaires des Millenials auront décliné, elles seront remplacées par d’autres héros. Mais Astérix le montre : une propriété intellectuelle bien exploitée peut résister encore et encore à l’envahisseur.
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
– LIRE LA 1E PARTIE : - Le riche business des parcs d’attraction : Dragon Ball en France ? (1ère partie)
– LIRE LA 2E PARTIE : Disneyland Paris : le modèle indépassable du marché français des parcs à thème (2e partie)
– LIRE LA 3E PARTIE : Parcs d’attractions : la potion magique du Parc Astérix (3e partie)