Sur des textes de Victor Dancette (1900-1975) et Jacques Zimmermann ((1902-1951), La Bête est morte ! a été dessiné à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en pleine occupation allemande ; l’ouvrage présente le conflit sous la forme d’une fable animalière pour les enfants, ridiculisant les nazis, où Hitler et les Allemands sont des loups, les Anglais des dogues, les Américains des bisons, les Russes des ours blancs et les Français des lapins ou des écureuils… Il est paru en deux volumes, en 1944 et 1945, et a rencontré un grand succès.
Ce n’est pas, à proprement parler, de la bande dessinée, car il n’y a pas de séquences d’images. Mais il présente un univers visuel grouillant et caricatural évoquant celui de Walt Disney (que Calvo appréciait énormément), qui serait mixé avec celui de Gustave Doré !
Les grandes étapes du conflit y sont présentées avec une précision étonnante. On y devine par exemple le massacre d’Oradour-sur-Glane, la déportation des juifs (abordé pour la première fois dans un livre), le Débarquement, la Libération de Paris…
Les héritiers de Calvo souhaitaient que les dessins originaux (77 au total) reviennent à la Bibliothèque Nationale de France, dans la Réserve des livres rares, mais le prix qu’ils en demandaient était conséquent (875 000 euros). Une souscription a donc été lancée il y a quelques mois, qui a été largement bénéficiaire. Pour marquer cette réussite, une exposition s’est ouverte le 11 octobre 2025, dans la Rotonde du Musée de la BnF, sur le site Richelieu. Elle s’inscrit dans le cadre de la commémoration du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Pour accéder au lieu, on traverse une longue et belle galerie de verre, dominant la cour d’honneur, et décorée de dessins agrandis collés sur la paroi, tandis que la voix du grand poète Paul Eluard égrène les vers de son célèbre poème « Liberté », véritable hymne à la Résistance. Dans la Rotonde, huit vitrines présentent quinze grandes illustrations originales, entourées de précieux documents d’époque sortis des réserves de la BnF (archives de la Résistance, photos, tracts, affiches, objets, lettres, documents sonores, films d’époque, dessins de déportés, etc.).
On peut certes regretter que la profondeur de ces vitrines ne permette pas d’apprécier de près le travail de Calvo, d’une incroyable minutie et d’une richesse de détails extraordinaire. Heureusement, deux dessins sont présentés dans des cadres éclairés, et trois sont visibles à l’horizontale en ouvrant des grands tiroirs (attention, on peut passer à côté sans les voir !).
Enfin, il ne faut pas manquer de regarder une courte vidéo de trois minutes où Albert Uderzo, formidable dessinateur et co-créateur d’Astérix, raconte avec émotion dans quelles circonstances il a connu et admiré Calvo alors qu’il n’avait que treize ans.
En sortant de cette passionnante exposition, prenez le temps de visiter (ou revisiter) les différents lieux ouverts au public de ce trésor architectural récemment rénové de la BnF : vous en aurez plein les yeux ! Et précisons que les Editions Gallimard ont eu l’excellente idée de rééditer La Bête est morte ! en un seul volume et en grand format (2007).
Par Benoit MARCHON
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Exposition Calvo : La Bête est morte ! Dessiner, résister, témoigner
Bibliothèque Nationale de France, site Richelieu
Jusqu’au 1er février 2026
Photos : Benoit Marchon