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Suivant les pas de l’esthétique animalière de Disney, La Bête est morte ! Propose une allégorie de la Seconde Guerre mondiale, où les différents acteurs du conflit sont représentés sous forme d’animaux. Les Français y sont incarnés par des écureuils, des lapins ou des cigognes, les Allemands par des loups des contrées barbares, les Italiens par des hyènes, les Japonais par des singes, les Brittaniques par des dogues et les Soviétiques par de grands ours blancs. En évoquant avec peu de fard les horreurs de la guerre, notamment la Shoah et les nombreux crimes de guerre des nazis, l’œuvre prend la forme d’un conte pour les enfants, qui leur serait narré par un grand-père vétéran ayant vécu les horreurs du conflit.
Réalisée en partie sous l’Occupation, l’album est à la fois une chronique des événements militaires et politiques du conflit, mais aussi un témoignage poignant de la vie quotidienne sous le joug nazi. La BnF précise que l’œuvre traite des opérations de la Résistance, des exodes de populations, du rationnement, des tortures, des massacres de Tulle et d’Oradour-sur-Glane, ainsi que des camps de prisonniers. La Bête est morte ! est ainsi une œuvre de Résistance à part entière, dénonçant les atrocités de la guerre tout en portant un message d’espoir.
Composée de deux tomes, l’album a vu le jour dans un contexte particulièrement difficile. Le premier volume, comprenant 32 pages, a été publié en août 1944, alors que Paris était encore en partie sous occupation. Le second tome, de 48 pages, est paru en juin 1945, juste après la capitulation allemande. L’album que souhaite acquérir la BnF regroupe 77 planches de grand format (43,5 x 32 cm), utilisées pour l’impression des deux volumes. Ces planches, d’une qualité exceptionnelle, ont été réalisées à l’encre de Chine et à la gouache. L’album, qui avait marqué l’esprit des lecteurs contemporains, a particulièrement impressionné Albert Uderzo, un ami proche de l’auteur à qui l’on doit, en partie, la préservation de son travail.
Ces planches avaient été conservées dans la famille de l’artiste et laissées en dépôt à la Cité de la bande dessinée d’Angoulême. La famille a décidé de céder cette oeuvre à la BnF dans des conditions très acceptables vu sa valeur historique.
Depuis sa première publication, elle a fait l’objet de plusieurs rééditions, notamment en 1977 par Futuropolis, puis en 1995 et 2007 par Gallimard. La BnF souhaite intégrer cette œuvre exceptionnelle à sa Réserve des livres rares, où elle pourra être conservée et accessible aux générations futures.
Actuellement, 16 des 77 planches originales sont exposées au Centre Pompidou, dans le cadre de l’exposition La BD à tous les étages, dédiée à l’évolution du neuvième art. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir de près la finesse du travail d’Edmond Calvo, qui a su, à travers cette œuvre, transformer une période sombre de l’histoire en une fable universelle. Elle avait été exposée préalablement dans l’exposition Shoah et bande dessinée au Mémorial de la Shoah en 2017.
Appelée à rejoindre d’autres chefs-d’œuvre du 9e art conservés à la Réserve des livres rares de la Bibliothèque, comme les ensembles de planches originales d’Astérix le Gaulois, de la Serpe d’or et d’Astérix chez les Belges ou d’une partie des Cités obscures de Schuiten & Peeters, l’acquisition de ces planches par la BnF représenterait une contribution inestimable à la préservation du patrimoine culturel français de la bande dessinée. Les mécènes et amoureux de la bande dessinée sont invités à participer à cette campagne de financement, qui permettra de faire entrer cet ouvrage emblématique dans les collections publiques. Des réductions fiscales y sont attachées.
Voir en ligne : Souscription La Bête est morte !
Par Jorge SANCHEZ
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La Bête est morte ! - Par Edmond Calvo. Éditions Gallimard. 78 pages.
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