Très bon
28 avril 2025
Chihiro se bat contre Sôjô alors que Char et Hinao prennent la fuite. Cependant, Chihiro perd son sang-froid face à l’ennemi qui prône l’admiration pour son père, Kunishige Rokuhira.
Le combat tourne au duel idéologique : Chihiro, emporté par la rage, voit ses idéaux se heurter à ceux de Sôjô, fervent défenseur d’une philosophie meurtrière. Pour Chihiro, les sabres ensorcelés sont des armes destinées à protéger les plus faibles, là où Sôjô les érige en instruments de destruction.
Cette confrontation d’idées ne se limite pas aux mots : elle prend vie dans un combat de sabres tendu, où chaque coup résonne comme une déclaration de principes. À l’image des affrontements dans Vagabond de Takehiko Inoue, ce duel devient une véritable conversation silencieuse entre deux conceptions du monde. En écho, une discussion posée autour d’une table vient métaphoriquement refléter la lutte intérieure des personnages, accentuant la force dramatique de l’affrontement.
Le tout est sublimé par un découpage et une mise en scène d’inspiration clairement cinématographique. Une double page particulièrement marquante illustre cette approche : au-dessus, un décor vaste et silencieux, avec Chihiro et Sôjô se faisant face, absorbés dans l’immensité du paysage ; en dessous, un plan trois-quarts souligne leur échange, sur un fond blanc qui met en exergue la tension avant l’inévitable combat. La composition évoque l’atmosphère d’un western classique, entre silence, poussière et regards lourds de sens.
Mais Kagurabachi ne se contente pas d’une esthétique travaillée : le récit explore aussi la psychologie de Chihiro. Son affrontement contre Sôjô le pousse à ses limites, offrant une dimension plus humaine et réaliste à ce personnage qui est certes doué mais pas surhumain. Aveuglé par sa quête de vengeance, le héros commet des erreurs lourdes de conséquences. Loin de l’archétype du guerrier invincible, Chihiro doute, culpabilise, et remet en question ses propres choix. Il porte en lui une humanité fragile, refusant que sa quête de justice ne se fasse au prix des innocents.
Le tome approfondit aussi la thématique de l’héritage, alors que Chihiro se confronte à ses limites et prend conscience de ce qui le distingue de son père. Ce cheminement intérieur renforce son lien avec son sabre et pose les jalons d’une évolution plus mûre du personnage.
Parallèlement, le tome dévoile davantage les mystères entourant les sabres ensorcelés. Enten et Kuregumo révèlent des capacités spécifiques qui obligent à élaborer des stratégies de combat adaptées, rendant chaque affrontement unique.
De plus, la puissance des sabres ensorcelés et leur utilisation influence la façon dont on les perçoit. C’est exactement ce qui se passe avec l’entrée en scène du Kamunabi dont le développement scénaristique brutal les pousse à une défiance de ses sabres ensorcelés. Celle-ci devrait corser la situation du protagoniste dont l’existence a été révélée par la même occasion.
Cette suite nous plonge dans des tonalités plus sombres, mettant de côté l’humour pour offrir des scènes d’action d’une intensité brute. Grâce à un style graphique soigné et des séquences de combat fluides, parfois dignes d’un film d’action, l’immersion est immédiate. Si certains éléments, comme le développement des personnages secondaires, restent à affiner pour enrichir davantage l’univers, l’ensemble confirme la place de la série parmi les titres prometteurs du shônen.
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.