Bonjour messieurs José-Louis Bocquet, Javi Rey et John Simenon. Vous êtes les auteurs de cette adaptation de Barrio Negro. Pour commencer, pourriez-vous nous expliquer pourquoi vous avez choisi ce roman en particulier pour la collection Simenon ?
José-Louis Bocquet : Alors là, on va se tourner vers Javi Rey, puisqu’il est vraiment à l’origine de ce choix. Après tout, la vie n’est faite que de choix.
Javi Rey : En fait, j’ai découvert Georges Simenon il y a une vingtaine d’années, dans la bibliothèque publique de mon village. À l’époque, j’ai lu deux de ses romans : Barrio Negro et Le Petit Saint. Bien sûr, je les ai relus plus tard, lorsque j’ai commencé à travailler sur ce projet. Je connaissais déjà un peu Simenon, surtout son côté policier, mais c’est à ce moment-là que je l’ai vraiment découvert, avec beaucoup de curiosité et sans filtre. Ces deux romans m’ont beaucoup touché et sont restés dans ma mémoire. Le Petit Saint raconte l’histoire d’un peintre, et cela m’a particulièrement marqué, parce qu’à ce moment-là de ma vie, je cherchais moi-même mon chemin. Je me demandais si j’allais commencer des études d’art. Ce roman m’a beaucoup parlé.
Et puis Barrio Negro, avec l’histoire du couple Dupuche, évoque aussi cette question : comment trouver sa propre voie, même quand la société semble nous pousser dans une direction très préfabriquée. Ces livres sont restés dans ma mémoire. Et puis, par un hasard de la vie — parce que la vie est souvent faite de coïncidences — je suis devenu dessinateur de bande dessinée. Un jour, j’ai reçu une proposition pour collaborer à cette collection consacrée à Simenon. Mon éditrice et José-Louis Bocquet m’ont demandé si je connaissais un roman de Simenon que j’aimerais adapter. J’ai parlé de Barrio Negro, et c’est comme ça que cette belle aventure a commencé.
Bocquet : De notre côté, avec John Simenon — qui est très impliqué dans la production de cette collection — cela nous a paru être un très bon choix. Pour John comme pour moi, à partir du moment où le dessinateur sent que c’est son roman, que c’est son Simenon à lui, il n’y a plus vraiment de question à se poser. À ce moment-là, il ne reste plus qu’à se mettre à son service : au service de Simenon, bien sûr, mais aussi au service du dessinateur.
Justement, José-Louis, comment avez-vous travaillé l’adaptation pour préserver cette dimension psychologique sans tomber dans un récit trop explicatif ?
Bocquet : L’idée est de rester le plus proche possible de Simenon. Et la meilleure façon d’y parvenir, c’est de travailler vraiment ligne à ligne. On se demande d’abord ce qui va rester sous forme de mots, puisque nous avons la chance — dans la bande dessinée — de pouvoir utiliser le texte off.
Personnellement, en tant que scénariste, je ne suis pas un grand partisan du texte off. Mais lorsqu’il s’agit d’adapter un roman, et en particulier un roman de Simenon, il devient au contraire très précieux. C’est un élément important de la grammaire de la BD. Il me permet d’intégrer dans l’album des fragments de pure littérature.
Je commence donc par sélectionner les dialogues et les passages qui deviendront les mots que le lecteur va lire. Mais tout le reste, je ne le jette pas : je le mets de côté. Je le sélectionne pour nourrir les images de Javi. Dans mes descriptions de cases, je m’appuie souvent sur ces éléments du roman. Parfois ce sont des indications factuelles — où l’on se trouve, comment est le lieu — mais chez Simenon, ce n’est presque jamais seulement factuel. Lorsqu’il décrit une maison, par exemple, il ne se contente pas de donner la couleur des murs : il décrit surtout une impression, une atmosphère. Il parle de la lumière, de la qualité du soleil, de l’air, du ciel… Toutes ces informations sont essentielles pour que le dessinateur puisse, lui aussi, interpréter Simenon. Finalement, tous les deux, nous restons fidèles à l’auteur en suivant son texte de très près. Même si le lecteur ne lit pas toujours ces mots directement, ils sont présents dans les images comme dans les textes. Il lit donc Simenon à la fois à travers les mots… et à travers les images.
Le personnage de Joseph Dupuche oscille entre fuite et quête de liberté, avez-vous cherché à le rendre empathique malgré ses choix destructeurs ou au contraire à conserver l’ambiguïté morale qui traverse le roman original ?
Bocquet : Les deux, mon général ! (Rires)
Rey : Oui, je pense que j’ai peut-être un peu poussé l’interprétation dans mon sens. Mais, comme nous l’avons souvent dit, c’est au lecteur de se faire sa propre idée. C’est lui qui doit décider de son interprétation.
Pour ma part, je pense que le personnage trouve une forme de liberté. J’ai essayé d’introduire, de manière subtile, une dimension positive dans son choix, notamment à travers les petits gestes qu’il a avec Véronique. La couverture va aussi dans ce sens : je voulais une image assez positive, mais toujours avec subtilité. On voit que c’est elle qui prend soin de lui, et lui semble détendu. Pour moi, il est heureux. C’est une interprétation que j’ai très clairement en tête, mais j’ai essayé de la suggérer avec délicatesse, sans la rendre trop évidente.
John Simenon : Justement, l’un de vos collègues l’a interprété tout à fait différemment, comme une dérive, une chute, une forme de fuite. Cette ambiguïté existe donc bel et bien, et c’est aussi ce que nous avons constaté dans les retours que nous avons reçus.
Pourtant, pour José-Louis, Javi et moi-même, notre lecture du roman est tout autre : nous y voyons plutôt une quête de liberté, et même une liberté trouvée. Mais certains lecteurs continueront sans doute à l’interpréter comme une trajectoire négative — comme cela a déjà été le cas avec le roman original. Ce que je trouve remarquable dans leur adaptation, c’est qu’ils ont su suggérer leur propre vision sans jamais l’imposer. Je me permets de le dire en tant que lecteur, car je n’ai donné aucune indication pendant le travail. Et malgré cela, tout en laissant percevoir leur interprétation, ils ont réussi à préserver la possibilité pour chacun de lire ce roman dessiné — pour reprendre l’expression consacrée — à sa manière.
Bocquet : Notre objectif était de rester le plus proche possible du travail de Simenon. Et cette ambiguïté fait justement partie de son écriture. D’une certaine manière, par un jeu de regards et de gestes, Javi incline plutôt vers l’idée que ce n’est pas une chute dans la déchéance, mais plutôt un saut de l’ange vers la liberté.
Mais l’autre lecture reste possible. Et si elle l’est, c’est justement parce que nous sommes restés fidèles à Simenon. Chez lui, la vie n’est jamais présentée de manière définitive : il ne dit jamais que les choses sont ainsi et pas autrement. C’est vrai dans ce roman comme dans les autres. On peut peut-être y percevoir davantage de traces d’espoir que dans La Maison du canal, par exemple. Mais ce n’est pas tant une question de positivité que d’espoir. À la fin, on peut se dire que Dupuche a trouvé une forme d’espoir, que Véronique aussi, et que, d’une certaine manière, chacun des personnages semble finalement avoir trouvé sa voie.
Rey : Il y a aussi une autre possibilité : trouver sa propre voie est difficile. C’est un chemin qui n’est pas simple. Dupuche, d’une certaine manière, trouve sa voie… mais je ne vais pas en dire plus pour ne pas dévoiler la suite.
Simenon : Ce que tu viens de dire, Javi, est très juste. Il y a d’ailleurs une phrase dans La neige était sale qui l’exprime très bien : trouver sa voie est un chemin difficile.
Rey : Ah oui ? Je ne m’en souvenais pas. J’ai lu l’adaptation en BD, mais je n’avais pas cette phrase en tête. Peut-être que s’il restait avec Germaine, il vivrait jusqu’à 82 ans… mais il serait malheureux.
Bocquet : Au fond, la question est peut-être celle du courage. Est-ce que le courage consiste à faire ce qui peut sembler, de prime abord, un abandon — baisser les bras — mais qui revient en réalité à s’opposer à la société, à son environnement, à l’éducation que l’on a reçue ? Ou bien le courage se trouve-t-il dans le fait de rester dans la norme et de faire ce que l’on attend de vous ? Où se situe le courage, et où commence la lâcheté dans ce type de choix ? Certains penseront que cet homme, qui quitte tout pour se retrouver au bord de la mer à regarder ses enfants jouer au football, a simplement baissé les bras. Qu’il est lâche. Mais peut-être que c’est précisément là que se trouve le courage. Au fond, ce sont des questions. Vous nous en posez, mais ce sont aussi des questions que cette histoire nous renvoie à nous-mêmes.
Simenon : Et le lecteur trouve ses propres réponses.
Barrio Negro met en scène une société coloniale hiérarchisée, marquée par des tensions sociales et raciales. Comment avez-vous abordé cet héritage aujourd’hui, sans édulcorer la violence symbolique du contexte des années 1930 ?
Bocquet : D’abord, je pense que c’est une période que nous avons tous étudiée de près. Les années 1930 sont un moment charnière : c’est là que se construit une grande partie de l’histoire du XXᵉ siècle. Et cette histoire, comme beaucoup de romans de Simenon situés hors d’Europe, aborde aussi les questions raciales et coloniales.
Dans Barrio Negro, ces thèmes apparaissent notamment à travers le personnage de Véronique, issue d’une famille déplacée des Antilles pour aller creuser le canal de Panama. C’est déjà un deuxième déplacement dans l’histoire de sa famille. On sait par ailleurs que Simenon ira lui-même au Congo belge, où il dénoncera très clairement le joug colonial.
Le cas du Panama est particulièrement complexe. Le canal est un enjeu international, où se croisent de nombreuses influences et nationalités : des travailleurs antillais venus participer au chantier, des Américains présents surtout pour les intérêts économiques, mais aussi des populations locales qui cherchent à conserver ou à conquérir du pouvoir. Tout cela forme un contexte très dense, que Simenon restitue remarquablement dans le roman. En restant proches de son texte, nous avons essayé de rendre perceptibles ces différents enjeux.
C’est aussi ce qui fait, à mon sens — et John pourra compléter — la grande modernité de Simenon. Il porte déjà sur la société un regard qui se rapproche du nôtre aujourd’hui. Il n’est pas dogmatique : ce qui l’intéresse avant tout, c’est l’être humain. Il cherche à comprendre si l’homme reste le même partout. À cette époque, il est d’ailleurs en train de faire le tour du monde, et Barrio Negro est directement issu de ces voyages. Il l’écrit seulement deux ou trois mois après son retour en Europe : ses observations sont encore très fraîches. Ce qu’il explore avant tout, c’est l’humanité.
C’est pour cela que son regard sur les années 1930, y compris sur la relation entre Dupuche et Véronique — qui pouvait paraître scandaleuse à l’époque — nous semble aujourd’hui d’une grande modernité. Avec notre regard contemporain, on aurait même tendance à considérer Dupuche comme un homme courageux.
Simenon : Pour illustrer simplement la modernité de Simenon, il suffit de regarder un exemple précis. Dans l’album, cela tient en quatre ou cinq cases — et dans le roman, en quelques paragraphes — mais la position de l’infirmière-chef de l’hôpital reflète une attitude que l’on peut encore observer aujourd’hui, y compris dans une partie de la société américaine.
Bien sûr, cela ne représente pas toute l’Amérique, mais cela correspond tout de même à des réalités bien présentes. En quelques mots, Simenon parvient déjà à pointer des comportements et des tensions qui existaient à l’époque et que l’on retrouve encore aujourd’hui, même si elles s’expriment différemment. Moi qui l’ai connu, mais qui n’ai évidemment pas vécu cette période, je reste toujours impressionné par sa capacité à saisir très rapidement les forces, les failles et les contradictions de la société dans laquelle il se trouvait. D’autant plus qu’il n’a passé que quelques semaines au Panama, pas davantage. Et pourtant, en si peu de temps, il avait déjà perçu tout cela.
Bocquet : C’est ça qui est dingue !
Rey : Juste pour ajouter quelque chose : ce qui m’a beaucoup touché lors de ma première lecture, et que j’ai voulu garder à l’esprit avant de commencer à dessiner, c’est la dimension anticoloniale du roman. Je la trouve très moderne, surtout pour un texte écrit dans les années 1930.
Simenon y développe une critique très forte de ces sociétés, où l’on voit apparaître une forme de ségrégation, presque un système d’apartheid. C’est quelque chose de très marquant. Et ce qui est triste, c’est que cette manière critique d’observer la société semble parfois se perdre aujourd’hui. Comme le disait José-Luis, raconter le passé permet aussi de comprendre le présent. Dans ce roman, on sent à quel point Simenon analyse avec lucidité la société du Panama.
Pour moi, il est très important de raconter des histoires comme celle-ci, des histoires qui interrogent le racisme, le colonialisme, l’impérialisme et toutes ces formes de séparation dans la société — selon la race, l’argent, la classe sociale ou l’origine. C’est, à mes yeux, absolument nécessaire.
Justement, à propos de votre travail sur cet album, comment avez-vous abordé graphiquement la mise en scène de la fragilité de Joseph face à son environnement ? Pouvez-vous nous expliquer votre méthode et la manière dont vous avez construit cet aspect du livre ?
Rey : Je dis souvent que c’est un travail assez inconscient. Mais lorsque je dois expliquer ce que j’ai fait, je dirais que je suis un dessinateur très attentif à la physionomie des personnages. Pour moi, c’est une manière essentielle de représenter leur personnalité.
Pour y parvenir, j’ai besoin de bien comprendre les conflits intérieurs du personnage. Dans le cas de Joseph, son arc narratif est très intéressant pour un dessinateur, car il commence dans une grande fragilité et une forte sensibilité. Très vite, une physionomie s’impose à moi en lien avec cette personnalité.
Ensuite, je joue avec son évolution physique pour accompagner son évolution intérieure. Par exemple, j’ai travaillé sur sa musculature : au début, c’est un ingénieur qui exerce un métier sans véritable effort physique, puis il se retrouve confronté à un travail plus dur. Cela transforme son rapport au monde, mais aussi son corps et son apparence.
Ma méthode consiste donc à me rapprocher au maximum de la personnalité de chaque personnage. À partir de là, je peux trouver sa physionomie, sa gestuelle — qui sont, pour moi, les éléments les plus importants. Quand je comprends bien le personnage et son arc narratif, je peux alors trouver sa manière d’exister dans la planche. C’est essentiellement ainsi que je travaille.
José-Louis, vous avez été auteur, puis éditeur, et vous revenez aujourd’hui à une position d’auteur dans le cadre de cette collection consacrée à Simenon. Comment vivez-vous ce retour ? Est-ce une position dans laquelle vous vous sentez à l’aise, ou est-ce différent après avoir occupé des fonctions de direction ?
Bocquet : C’est formidable de raconter des histoires et de n’avoir que cela à faire ! Je suis dans une position extrêmement confortable. Si j’ai été éditeur de BD, c’est aussi parce que j’ai toujours éprouvé une immense admiration pour le travail des dessinateurs. Cela me fascine profondément. Mais je n’ai jamais eu la frustration de vouloir dessiner à leur place. Très tôt, j’ai compris que c’était un métier de fou, qui exige une volonté et une abnégation incroyables — des qualités que je n’avais pas forcément. Vers 11 ou 12 ans, j’ai compris que je ne deviendrais jamais Franquin. Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre que je devais simplement devenir Bocquet.
J’ai donc été éditeur aussi pour cette raison : publier des livres que je n’aurais pas forcément le temps d’écrire moi-même. En tant que scénariste, j’ai finalement écrit assez peu de bandes dessinées, une vingtaine d’albums seulement, ce qui est une bibliographie assez modeste. En revanche, j’en ai édité environ cinq cents, et ce sont autant de livres que j’avais envie d’avoir dans ma bibliothèque.
Est-ce que le fait d’avoir été éditeur, dirigeant, ça fait de vous un meilleur auteur parce que vous connaissez les exigences de l’industrie de la bande dessinée ?
Bocquet : Mon expérience d’éditeur me permet aujourd’hui de parler de manière beaucoup plus franche avec mes éditeurs, et réciproquement. Je connais très bien leur métier, donc je comprends leurs contraintes, leurs exigences factuelles ou contractuelles.
En revanche, cela ne m’aide pas particulièrement à obtenir des contrats. Ce n’est pas vraiment lié. Je dirais plutôt que c’est mon métier d’auteur qui m’a peut-être permis d’être un meilleur éditeur. Par exemple, j’ai longtemps été l’éditeur de Javi en France. Être auteur me permettait de comprendre la mécanique de son travail.
Je compare souvent cela à un moteur : quand un auteur ouvre le capot et me montre comment cela fonctionne, je ne vais pas remplacer moi-même une pièce. Mais je peux éventuellement lui dire : “J’ai l’impression que ton moteur fonctionnerait mieux si tu faisais ce branchement plutôt de cette manière.” Ensuite, c’est à lui de trouver la solution et de faire la réparation. Ce n’est pas mon métier. Un éditeur ne doit jamais se substituer à l’auteur. Jamais. Il ne doit même pas imposer une idée. Il peut simplement signaler un problème de structure, de mécanique narrative ou parfois de psychologie des personnages. Peut-être que le fait d’avoir été auteur m’a aidé à mieux comprendre la mécanique et la psychologie des auteurs. Mais l’inverse n’est pas vrai : être éditeur ne fait pas nécessairement de vous un meilleur auteur.
Dernière question à tous les trois. Quels sont vos prochains projets ?
Simenon : De notre côté, nous poursuivons bien sûr le développement de la collection consacrée à Simenon. En ce qui me concerne plus personnellement, je travaille également sur plusieurs projets dans l’audiovisuel, notamment des adaptations pour le cinéma et la télévision.
Un nouvel épisode de Maigret, Maigret et le Mort amoureux, est sorti récemment au cinéma. Il s’agit d’une adaptation de Maigret et les Vieillards, avec Denis Podalydès dans le rôle de Maigret. Il y a donc encore beaucoup d’aventures à venir, aussi bien éditoriales qu’audiovisuelles. Et puis, chaque collaboration est aussi une aventure humaine. Travailler avec quelqu’un d’aussi riche artistiquement que Javi est un investissement émotionnel très fort. À la fin d’un projet, on se dit qu’il va falloir se séparer… et on se demande surtout comment faire pour se retrouver à nouveau. Pour José-Luis, c’est peut-être plus simple que pour moi, mais en tout cas, c’est une idée qui me tient à cœur. Nous verrons bien : la vie est longue.
Bocquet : Je voudrais simplement ajouter une chose : John n’a pas précisé son rôle, mais c’est lui le véritable moteur de ce projet et de cette collection. C’est lui qui a compris que la bande dessinée était aujourd’hui suffisamment mûre pour accueillir l’adaptation des romans durs de Simenon. John n’est pas là uniquement en tant qu’ayant droit, heureux de voir les œuvres de son père adaptées en BD. Il est aussi le premier lecteur de chacun de nos scénarios. C’est toujours lui qui les lit en premier.
D’une part, parce que son expérience de producteur lui donne un regard très proche de celui d’un éditeur. Et d’autre part, parce que personne ne connaît mieux que lui l’œuvre de son père. Ensuite, bien sûr, il est possible que nous travaillions à nouveau ensemble à l’avenir.
Simenon : Oui, peut-être que tu vas continuer à être l’éditeur de Javi, j’espère ?
Bocquet : À qui ? Je ne suis plus éditeur.
Simenon : Oui, c’est vrai que tu n’es plus éditeur.
Bocquet : Donc peut-être qu’on va continuer à être co-auteurs. C’est encore plus rigolo.
Et vous, Javi, quels sont vos prochains projets ?
Rey : Pour l’instant, tout cela reste encore un peu dans l’air. J’ai bien sûr d’autres projets de BD, mais je préfère attendre qu’ils se concrétisent avant d’en parler.
En ce moment, je travaille surtout sur des illustrations et sur quelques projets destinés à la jeunesse. Ce sont de petites commandes qui me permettent aussi de prendre un peu de distance après ce livre. La réalisation de cet album a été très intense, surtout à la fin, pour tenir les délais. C’est donc agréable de pouvoir passer à autre chose pendant un moment. Je suis actuellement dans une phase de transition, avant de me lancer dans un nouveau projet plus long.
Merci beaucoup messieurs.
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En médaillon : José-Louis Bocquet, Javi Rey & John Simenon
Photo © Christian Missia Dio
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