Moyen
12 mars 2026
Diego a une fente labio-palatine, c’est-à-dire une malformation de la lèvre supérieure et du nez, ce qu’on désigne familièrement par « bec-de-lièvre ». C’est un handicap physique (notamment des difficultés pour manger), esthétique, et donc social. Mais en ce jour de 2019, mis en scène dans le premier chapitre (« kilomètre zéro »), la bonne humeur est au rendez-vous, puisqu’on le trouve au départ d’une expédition qui s’annonce réjouissante : un trek de 10 jours dans la nature islandaise, avec aurores boréales, volcans, sources chaudes à la clé, mais aussi bivouacs, météo capricieuse et alimentation rudimentaire en prime.
Mais pour Diego, c’est bien plus qu’une randonnée : familier des opérations chirurgicales, la dernière d’entre elles a été particulièrement marquante, avec la pose de plaques dans la mâchoire et des implants osseux. L’opération lui a fait perdre beaucoup de ses capacités physiques. De plus, se refermant sur lui-même et sa souffrance, elle l’a éloigné de ses amis, qui d’ailleurs le lui reprochent à mots plus ou moins couverts durant les premiers instants de marche. L’album suit la progression des quatre amis. L’ambiance y est assez lourde : Diego se traîne, est en difficulté, et cela n’a pas l’air d’émouvoir ses compagnons. Le groupe avance, avec pour arrière-plan des amitiés à reconstruire.
Quelques flash-back, très elliptiques, nous font comprendre la douleur subie par Diego à l’hôpital puis lors de sa rééducation, mais sans que ces sujets ne soient frontalement abordés. On est surpris de certains choix visuels (pourquoi cette mise en scène avec une telle coiffure, ou alors est-ce un chapeau ?) ou des échanges graveleux au sujet des femmes. Mais dans ce travail autobiographique, qui est la première BD de Diego de la Viuda Garcia, on peine à voir autre chose qu’un récit auto-centré qui, s’il a sans doute des vertus cathartiques pour son auteur, n’emmène pas ses lecteurs dans une expérience dont ils pourraient eux-mêmes se projeter ou tirer des enseignements, comme si la portée symbolique de ce voyage n’était pas assez mise en évidence.
Par Damien BOONE
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