Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Pas mal
10 avril 2026
Sur les cicatrices encore vives de Bridge Brook, petite bourgade de louisiane ravagée par un ouragan deux ans plus tôt, naît un drame psychologique ourdi avec précision diabolique. Mud et Zheping Xu, duo virtuose, assemblent un puzzle insidieux, pièces et envers révélés au compte-gouttes, pour sonder les rouages de la suggestion, ce piège qui se referme sans bruit : emprise ou amitié ? Manipulation ou bienveillance ? Acte I d’un diptyque (tome 2 fin 2026), l’intrigue attire comme Harper dans les filets de Jakob.
Les habitants pansent leurs plaies physiques et morales, toisent d’un œil torve la communauté hippie débarquée dans une ferme voisine : marginaux discrets, ils charrient fantasmes et soupçons dans cette Amérique rurale frileuse face à l’idéal communautaire. Au cœur du vortex familial, les Woodrow : shérif Ted, raide dans son uniforme et son devoir ; Scarlett, clouée au lit par le chagrin et les pilules ; et Harper, ado banale au lycée, hantée par la mort de son petit frère emportée par les éléments. Trois solitudes muettes dans un foyer en miettes, débattant un deuil impossible.
De l’extérieur, Harper vogue entre cours et copains, rejette comme eux ces étrangers suspects. Mais un geste, défendre Tonie, hippie solaire, scelle une amitié fulgurante. Invitée à la ferme, elle rencontre la communauté apaisée, heureuse, sans a priori : un havre face à son ressentiment quotidien. Et Jakob, « le Voyageur », charismatique sage révéré pour sa bienveillance magnétique, au centre de cette toile. Quand Ted, shérif suspicieux, barre la route, Harper s’enfuit vers ses nouveaux amis, premier verrou sauté dans la nasse.
Jeu psychologique dans un décor apocalyptique
Construit en puzzle cinématographique, ce récit (par Mud qui s’est déjà frotté au scénario dans certaines histoires courtes pour DoggyBags) nous entraîne, comme Harper, dans la zone grise où l’emprise s’insinue : douceur enveloppante masquant peut-être le piège sectaire, ambiance hippie des seventies mâtinée de thriller américain. Zheping Xu excelle en décors post-catastrophe, visages hantés et silences lourds, posant les pions d’un jeu psychologique où la suggestion est reine. Lecture addictive, elle suggère sans appuyer, laissant le lecteur piégé dans l’attente du tome 2 : Jakob, araignée au cœur du filet, attend sa proie. Un premier volet magistral, suggérant les abysses sans les nommer, pur art de l’insidieux. Ainsi, le suspense est-il à son paroxysme dans une intrigue à l’ultime rebondissement, qui s’annonce comme un cliffhanger de haute volée. Nonobstant, l’intrigue peine à se dévoiler à nos yeux, si ce n’est dans ses dernières pages, manquant ainsi l’occasion de séduire les lecteurs les moins téméraires.
Par Jessy LEMESLE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Jakob - La communuaté (1/2), Mud et Zheping, Edition Ankama, 19,95 €