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La bande dessinée passe à la caisse à la Monnaie de Paris

Par Didier PASAMONIK 10 avril 2026 
La monnaie et la BD. On en voit tout de suite les rapports : viennent en nos mémoires Picsou qui batifole dans ses pièces d’or ou les conseils d’administration de Largo Winch… Mais les commissaires de cette expo, Lucas Hureau et Damien MacDonald, avec le concours de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, qui en assure la production, ont creusé davantage le sujet en rapprochant la monnaie et la bande dessinée dans ce qu’ils ont commun : une production en série, une large diffusion et une inscription dans les dynamiques économiques et sociales de leur époque. Oui, ce que révèle l’expo, programmée du 10/04/2026 au 6/09/2026, c’est que la monnaie, le fric, le flouze, l’oseille… est une culture populaire, et même très populaire. Comme la BD en somme.

La BD à la monnaie de Paris ? Ce n’est pas nouveau, les plus vieux d’entre nous s’en souviennent, la dernière rencontre, c’était en… 2004 ! Elle faisait côtoyer deux créateurs immenses : Moebius et Miyazaki.. Le prétexte à l’époque était la frappe d’une médaille commune devenue aujourd’hui un collector !

La bande dessinée passe à la caisse à la Monnaie de Paris
Le salon d’honneur de la Monnaie en majesté

On est loin de cela cette fois. Ce sont près de 200 planches d’auteurs de tous les continents (Europe, Amérique, Japon…), prêtées par quelque cinquante collectionneurs, qui sont accrochées aux cimaises. En gros, toutes les grandes stars de la BD sont là : Picsou évidemment, Gaston, Les Pieds Nickelés, Mandrake, Les Schtroumpfs, Lucky Luke… mais aussi d’autres, plus inattendues, qu’on vous laisse découvrir.

Picsou par Don Rosa
© Walt Disney Productions

L’ambition de l’exposition est double. D’une part, elle entend montrer comment la bande dessinée, loin d’être un simple divertissement, constitue un miroir critique des rapports humains à la richesse, au pouvoir ou à la marginalité. D’autre part, elle inscrit ce médium dans une réflexion plus large sur la valeur, qu’elle soit économique, symbolique ou culturelle. Cette approche s’inscrit dans la continuité des programmations de la Monnaie de Paris consacrées aux représentations de l’argent dans l’art.

Gaston et les parcmètres d’antan...
© André Franquin / Dupuis
L’or brille sous les plus grandes signatures, de Will Eisner à Sergio Toppi

Chaque section s’appuie sur un corpus riche, mêlant planches originales, imprimés, films et créations contemporaines. Le dialogue entre patrimoine et création actuelle est central : huit auteurs contemporains (Ugo Bienvenu, Blutch, Florence Cestac, Nicolas de Crécy, Catherine Meurisse, Anouk Ricard, Thomas Ott, Coco) ont été invités à créer une œuvre pour illustrer ces archétypes qui structurent à la fois le propos scientifique et la scénographie de l’expo : aventuriers, voleurs, épargnants, marginaux, milliardaires, joueurs, faussaires et alchimistes. Soit autant d’attitudes et de comportements humains face à l’argent.

Trois des huit originaux, commandes faites par la Monnaie de Paris à des auteurs, pour représenter les archétypes de l’exposition

On a été bluffés par les réalisations originales que l’institution a commandées aux artistes comme le tapis jeu de l’oie réalisé par Coco et qui prend toute la largeur de la pièce ou encore le robot Mikki d’Ugo Bienvenu dans Arco, assis comme un bouddha, en train de s’interroger sur l’utilité de la monnaie dans le monde moderne.

Les commissaires Damien MacDonald (à g.) et Lucas Hureau (au centre) sur l’incroyable "Fricopoly", la parodie créée par Coco.
Mikki d’Ugo Bienvenu. Que devient la monnaie, quelle est la valeur des choses dans un monde complètement robotisé ?

Le parcours mélange les époques de création du 9e art et montre d’entrée que la bande dessinée a très tôt investi la question économique. Dès les années 1930, en pleine crise économique mondiale, avec la création de héros comme Mickey, Popeye, Brick Bradford, Mandrake, Flash Gordon, Tarzan, Superman…, elle offre une échappatoire imaginaire aux lourdes réalités sociales. Le standard de la littérature jeunesse qu’est la chasse au trésor illustre ainsi un désir d’évasion, où la richesse importe moins que l’expérience du voyage.

Dans les collections permanentes du musée, une sélection des hommages de la Monnaie de Paris au 9e art

L’archétype du voleur, omniprésent, témoigne d’une ambivalence : il incarne à la fois la menace sociale et une figure comique : on pense aux Rapetou ou aux Dalton. Des albums comme Astérix chez les Helvètes, Le Schtroumpf financier ou Largo Winch illustrent l’émergence d’une pédagogie économique où la bande dessinée devient un outil de vulgarisation des notions de gestion et de valeur.

Magnifique original de couverture d’Astérix chez les Helvètes. Un vrai trésor !
Dessin d’Albert Uderzo. © René Goscinny & Albert Uderzo / Albert René

Les marginaux occupent une place singulière, rappelant que la bande dessinée elle-même est née en marge des arts légitimes. Des Pieds Nickelés aux Freak Brothers (le parallèle est à explorer…), nous sommes dans une critique des normes sociales qui valorisent des formes de liberté alternatives.

Picsou est le milliardaire odieux mais attachant par excellence

La représentation des milliardaires évolue quant à elle vers une complexification progressive : d’abord idéalisée (on pense à Batman ou à Iron Man), la richesse devient source de tensions morales, notamment dans les récits modernes où grands pouvoirs et grandes responsabilités, notamment économiques, s’entremêlent.

Lucas Hureau commentant Tintin

De même, les figures du joueur ou du faussaire interrogent le hasard, la manipulation et la valeur arbitraire de la monnaie.

Enfin, l’archétype de l’alchimiste offre, comme nous le raconte Damien MacDonald dans la vidéo, une clé de lecture métaphorique : un peu comme la façon dont l’alchimie transforme le plomb en or, la bande dessinée transforme une matière simple – papier, mine de plomb et encre – en valeur culturelle durable.

Cette idée traverse toute l’exposition : la véritable richesse n’est pas seulement matérielle : elle réside dans l’imaginaire, la transmission et la création.

Le catalogue de l’exposition édité par les éditeurs d’art Skira

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782370743015

Photos : Lyne Geynet, Kelian Nguyen, Didier Pasamonik

L’exposition « CLING ! La bande dessinée parle cash » se tient à Monnaie de Paris.

Adresse :
11, quai de Conti
75006 Paris

Horaires d’ouverture :

Du mardi au dimanche : 11 h – 18 h (dernière entrée à 17 h 30)
Nocturne le mercredi : 11 h – 21 h (dernière entrée à 20 h 30)
Fermé le lundi.

Accès :

Métro Pont Neuf (ligne 7)
Métro Odéon (lignes 4 et 10)
RER Saint-Michel–Notre-Dame (RER B et C).

À noter qu’en raison de l’installation « La Caverne du Pont-Neuf » de JR, le Pont-Neuf peut être fermé à la circulation. Il est alors conseillé d’emprunter le pont des Arts (piétons) ou le pont au Change pour accéder à la Monnaie de Paris.

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