Favori de la rédaction
10 avril 2026
Les fameux monstres en uniforme, qui semblent s’acharner sur les morts ne sont en fait que des soldats américains qui viennent de débarquer à Hiroshima. S’ils prélèvent des morceaux de cadavres qui jonchent encore les rues de la ville anéantie, c’est tout simplement parce que leur gouvernement veut étudier les effets de cette nouvelle arme utilisée pour la première et unique fois. Gen ne peut encore comprendre cela et voit avec stupeur et crainte l’arrivée de ces étrangers que l’on certifie être des barbares sanguinaires et des violeurs qui s’en prendraient aux femmes après avoir châtré les hommes.
Ces préjugés vont très vite s’avérer faux, surtout lorsque les soldats américains distribuent nourriture et bonbons aux enfants qu’ils croisent. C’est plutôt de la société japonaise elle-même que naît le danger et que les trahisons se fomentent. La lutte est rude pour obtenir de l’aide, un toit pour s’abriter et quelques grammes de riz ou de lait pour se nourrir. Tout devient encore plus difficile pour Gen et sa famille quand revient de l’armée Koji, son grand frère, nouvelle bouche à nourrir et nouveau membre de la famille à loger.
La bombe voit naître et se développer les gangs mafieux, et se répandre les fausses croyances qui mènent à l’enlèvement de la petite sœur de Gen. Ce dernier doit trouver toutes sortes de manigances et de subterfuges pour faire comprendre à ses ravisseurs que le nourrisson n’est pas une « Princesse » qui les sauvera. Bien au contraire, cette dernière est particulièrement touchée par les effets dévastateurs et cancérigènes des radiations nucléaires. Pour tenter de la sauver, Gen doit travailler et trouver les moyens de récolter des dizaines de milliers de yens afin de payer des soins très onéreux que seuls les scientifiques américains peuvent prodiguer.
Ce quatrième tome est un bond en avant dans la chronologie du récit. Il relate les faits sur les deux années qui succèdent à l’explosion. Gen gagne en maturité, tout en restant filou, mais c’est pour la bonne cause, puisqu’il doit faire face aux profiteurs de guerre sans scrupules. Keiji Nakazawa ne fait aucune concession et continue de relater les faits de la manière la plus crue possible, accentuée encore une fois par le fait qu’il s’agit d’un récit à hauteur d’enfant. La fin, particulièrement dramatique, marquera à coup sûr les lecteurs qui, même pour les plus robustes, ne pourront s’empêcher de sentir leur gorge se serrer et leurs yeux s’humidifier. Du très grand art.
Par Romain BLANDRE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.