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24 janvier 2025
Elles s’appellent Prudence (Prudy pour les intimes), Flossie, Fossette, Sunny, Gloriette, Peggy, Annibelle... Elles fument comme des pompiers, swinguent sur des jazz endiablés, se risquent dans les joies de l’automobile, minaudent sous les projecteurs quand elles ne cherchent pas l’âme sœur. Elles, ce sont les garçonnes.
Nées sous le pinceau d’autrices américaines au milieu des années folles, elles n’ont pas connu l’aura de Blondie et sont peu à peu tombées dans l’oubli. Feu Trina Robbins avait eu la bonne idée de les sortir du grenier et de mettre en lumière ces héroïnes et leurs créatrices effrontées.
Garçonnes peut se lire comme le portrait d’une société en mouvement. La dessinatrice Nell Brinkley nous narre les affres des permanentes, quand l’irrésistible Edith Stevens préfère nous parler des suffragettes, des femmes indépendantes ou encore des étudiantes, comme ici dans une mise en scène qui interroge la représentation et la perception des femmes dans la société. Ce qui n’est pas sans rappeler le #DollyPartonChallenge, qui a enflammé les réseaux sociaux en 2020.
Ce qui frappe, c’est cette ambivalence entre des sujets d’apparence très superficielle et d’autres plus graves. Quand on voit apparaître une salariée manifestant avec une pancarte « Je refuse de m’asseoir sur les genoux de M. Schmaltz », on se dit enfin un peu de féminisme salutaire dans cette société patriarcale des années 1930 ! Diantre, aurait-on affaire à un pré #MeToo ? Une seconde pancarte brandie à côté – « On veut un patron plus beau ! » – permet de douter de la portée du message. Cette impression est renforcée, quand on réalise que le schmaltz est le nom donné à la graisse de volaille utilisée dans la cuisine juive ashkénaze traditionnelle.
Cette dualité peut également se lire dans l’art graphique, qui voit deux types de garçonnes s’affronter : des blondes ingénues à la Anita Page contre des brunes androgynes fières émules de Louise Brooks. Les mièvreries kitsch de Nell Brinkley ou Virginia Huget paraissent bien démodées, quand on est au contraire frappé par la fraîcheur du style enlevé d’Edith Stevens, de Dorothy Urfer, ou encore d’Ethel Hay dont les pages Art Déco dans l’esprit de John Held Jr. forment une véritable petite encyclopédie de la mode de l’entre-deux-guerres.
Ces héroïnes assument pleinement leur rôle d’ambassadrice des élégances. Elles parlent chiffons, débattent des tendances et présentent les dernières sensations. Le strip Peggy Lux est même sponsorisé par une marque de lessive qui propose des histoires à l’humour suranné, dotées de placements de produits d’une subtilité à toute épreuve. On peut citer cet épisode où des jeunes filles restent célibataires car, vous comprenez, leurs vêtements sentent la transpiration. Heureusement pour elles, la lessive Lux va sauver toutes ces vieilles filles. Certains épisodes vont jusqu’à inclure une poupée en papier à habiller avec style (avec des vêtements lavés avec Lux of course) !
Mais comme le souligne Nell Brinkley en 1929, bientôt « [Les] contours [de la garçonne] s’estompent. L’étourdissant attrait, tant critiqué – mais tant aimé aussi – s’agite dans le paysage de 1930, tel un mirage qui s’estompe, bientôt vide comme une bulle qui éclate. » Et lui succèdera une génération de femmes plus modernes, qui auront vite fait de trouver bien galvaudées ces héroïnes de papier...
Seul bémol à cette anthologie – en lice pour le Prix du Patrimoine du Festival d’Angoulême –, on regrette la (quasi) absence de Gladys Parker, la créatrice de la facétieuse Mopsy. Il faut dire que Trina Robbins lui a déjà consacré un ouvrage entier chez Hermes Press (Gladys Parker : A Life in Comics, A Passion for Fashion), que l’amateur avisé s’empressera de commander !
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