Bon
24 janvier 2025
« Je ne défends plus les hommes. Leur violence, je n’en peux plus ». Présents sur la quatrième de couverture de l’album, ces propos sont ceux d’Anne Bouillon, avocate à Nantes. À travers elle, le livre se consacre à défendre les femmes victimes de violences masculines.
Maître Bouillon est également féministe - elle a participé à la création de l’association nantaise Citad’elles - et place ses convictions au service de sa profession (et réciproquement). Longtemps qualifiée – péjorativement – de « passionaria », Me Bouillon tente d’introduire et d’expliciter des concepts qui, peu à peu, se diffusent : « emprise », « violences systémiques », « féminicide », « sororité ». Depuis l’apparition du #Metoo, son cabinet ne désemplit pas. Faut-il y voir une évolution positive, à savoir la libération de la parole ?
Parmi les femmes victimes de violences, de harcèlement ou d’agressions sexuelles, peu osent ou peuvent tenter de réclamer justice. D’une part, la violence n’est pas toujours conscientisée et, quand elle l’est, bien des femmes la croient ponctuelle ou sans lendemain ; d’autre part, les violences s’inscrivent bien souvent dans un cadre où il est difficile – et risqué – de se détacher de la surveillance d’un homme, pour trouver ne serait-ce que le temps de démarcher une avocate, en toute discrétion.
Ce livre est issu d’un travail documentaire sur près de trois ans, débuté en 2020, et réalisé par Charlotte Rotman. Cette dernière a été journaliste à Libération durant 15 ans et a écrit divers ouvrages. Par exemple, un livre sur les jeunes militants du RN ou encore un ouvrage sur le sexisme qui frappe les femmes politiques. À travers la figure d’Anne Bouillon, il illustre la manière dont les femmes s’adressent à la justice et, en retour, comment la justice les prend en charge et leur répond.
Au niveau graphique, les décors et les personnages de l’univers judiciaire bénéficient du grand travail documentaire. Lison Ferné met particulièrement en valeur les sentiments des protagonistes, que l’on voit dans leurs regards. L’avocate est représentée tant dans son cabinet (accueil des femmes ; préparation des plaidoiries ; débriefing avec ses consoeurs) que dans les dans des arènes judiciaires et militantes. Ces scènes sont entrecoupées de passage plus didactiques, avec quelques cas concrets - tous authentiques, tout comme les dialogues - dont les enjeux sont explicités : le doute pesant sur la parole des victimes, les questions douteuses des enquêteurs (« Comment étiez-vous habillée… ? »), confrontations difficilement supportables, parcours judiciaire de la combattante. En face se présentent des hommes ordinaires, et c’est bien cette banalité qui est effrayante. Une banalité à l’inverse de l’image du « monstre », bien commode pour faire croire que les tueurs ne seraient « pas comme les autres ».
Si Anne Bouillon incarne la cause des femmes et que son travail est en tous points remarquable, l’ouvrage est bien trop centré sur elle. Au point où il aurait peut-être été plus logique de le nommer... « Anne Bouillon ».
Par Damien BOONE
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