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2 juin 2026
Veuve de guerre de 34 ans, Ichika a dû épouser Amané, un jeune homme de 15 ans son cadet issu d’une famille d’entrepreneurs d’Osaka, afin de sauver le restaurant familial Kuwanoki dont elle a hérité après la mort de son père et la fuite de sa sœur. La force tranquille et la cuisine originale d’Ichika transforment peu à peu le caractère renfermé et peu amène d’Amané qui se détend et s’ouvre davantage.
Après la démission du chef Togawa, sur l’insistance d’Amané et en suivant les conseils de son mentor le chef Tajima, Ichika prend enfin la tête du ryotei [1] hérité de son père. Cependant, être une femme cheffe dans le Kyoto conservateur des années 1950 est encore trop moderne. Les moqueries ne manquent pas et le restaurant Kuwanoki a du mal à retrouver une clientèle fidèle. Ichika elle-même se fait rabaisser par un inconditionnel de la cuisine de M. Togawa lors d’un repas privé où elle l’a remplacé au pied levé.
Heureusement, le tempérament pragmatique et fonceur d’Amané, convaincu que le talent de son épouse est la clé du redressement de la maison Kuwanoki, aide Ichika à sortir du creux de la vague. Il lui propose d’organiser un repas avec une sélection d’anciens clients fidèles pour l’introniser et présenter la nouvelle direction culinaire prise par le ryotei. La cuisine novatrice d’Ichika séduit les clients, dont une geiko influente du quartier elle aussi nommée Ichika. Cette rencontre décisive remet la maison Kuwanoki sur les rails du succès.
En parallèle, la relation entre Ichika et Amané évolue grâce à la mère de le jeune femme qui, par deux fois, fait en sorte que le couple se retrouve seul et puisse se créer des souvenirs communs. Le caractère bien affirmé des deux jeunes gens ne facilite pas la tâche mais leur franc parler réciproque et la spontanéité d’Ichika s’avèrent être des atouts sur lesquels une complicité solide et quelques soupçons de sentiments plus profonds commencent à poindre.
C’est au retour de la soirée d’anniversaire d’Ichika qu’ils découvrent Michiya, un orphelin de 7 ans que Machiko, la tante paternelle et invasive de la jeune femme, a recueilli pour qu’il soit adopté par Ichika et devienne son successeur. En effet, bien qu’elle ait orchestré le mariage forcé entre Ichika et Amané pour sauver le ryotei de la faillite, la tante Machiko a réalisé ensuite que la famille du jeune homme voulait purement et simplement mettre la main dessus, sans se soucier de le sauver. Elle s’est alors mise en tête de trouver un enfant à adopter pour résoudre ce problème, le tout sans vraiment demander leur avis aux futurs parents.
L’arrivée de l’enfant alerte Yukari, le frère aîné d’Amané, qui est sommé de rentrer à Osaka mais promet à sa femme de rentrer avant le Nouvel An. Ne le voyant pas revenir, Ichika décide de se rendre dans la famille de son mari en amenant Michiya avec elle. Là, elle découvre l’ambiance tendue qui y règne, avec un Yukari agressif et grossier qui s’oppose frontalement à Amané sur l’avenir de Kuwanoki, le délai qu’a négocié Amané avec son père par rapport à la survie du restaurant et aussi le « secret » de son mari.
Une fois rentré à Kyoto, le couple continue de développer la direction originale et moderne qu’il a choisie pour la maison Kuwanoki. La fréquentation du restaurant est aussi renforcée grâce à la vente de madeleines à emporter au moment de la Saint Valentin, fête qui marque également un tournant pour le couple...
Yuki Isoya transforme l’essai dans les tomes 3 et 4 de sa série Couteau et Piment vert en maintenant un très bon niveau de scénario tout en dosant parfaitement l’introduction de nouveaux personnages, le développement de ceux déjà présentés et l’ajout de péripéties qui retiennent l’attention du lectorat. L’ensemble est rythmé par les recettes d’Ichika dont la cuisine est la clé de voûte des relations humaines.
La mangaka reste également réaliste et subtile dans la construction de la relation entre ses deux héros. Elle prend le temps d’installer les marques de confiance, les modes de communication et les écueils qu’ils peuvent traverser et distille par touches délicates et légères les prémices de sentiments dont ni l’un ni l’autre n’a encore vraiment conscience. Et c’est ce rythme à la fois lent et soutenu qui rend Ichika et Amané si attachants et l’histoire si addictive.
Sans jamais perdre de vue ses héros, Yuki Isoya renforce aussi sa trame de fond avec l’ajout et le développement de nouveaux personnages (la geiko Ichika, Michiya, Yukari, Suzune, la tante Machiko) qui ont tous un rôle à jouer dans son théâtre.
La dimension historique de la série est parfois éclipsée par les relations entre les personnages, sans que l’équilibre entre les deux ne soit pour autant rompu. La présence de la geiko ou le passé d’orphelin de guerre de Michiya permettent à Yuki Isoya d’aborder certains sujets historiques et culturels du Japon mais seulement en filigrane, ce qu’un lectorat un peu exigeant pourrait regretter.
L’apparition du couple Yukari / Suzune dans le tome 4 met aussi en valeur la complicité qui unit Ichika et Amané et surtout la modernité de leur relation, faite de confiance, de communication et de complémentarité.
Enfin, le dessin est toujours impeccable, avec un style épuré, des personnages aux traits expressifs, particulièrement au niveau des yeux, et des décors subtilement travaillés. La qualité éditoriale du Lézard noir est encore et toujours au rendez-vous avec des jaquettes cartonnées épaisses aux couvertures fidèles etoriginales et qui cumulent impression sur papier semi-glacé pour les personnages et le texte et papier mat pour le fond : un bonheur à manipuler ! Les pages intérieures sont également bien épaisses, ce qui rend la lecture d’autant plus agréable.
Pour résumer, Couteau et Piment vert est une romance historique subtile et profonde, avec des personnages attachants et un scénario solide qui prend le temps de s’installer sans lasser le lectorat ni jouer d’effets de manche pour faire durer inutilement le suspense. Le bonus des recettes de cuisine et la qualité éditoriale sont autant d’arguments supplémentaires pour se laisser convaincre d’entrer dans l’univers culinaire développé par Yuki Isoya sur 15 tomes à ce jour !
Par Gaëlle BEDIS
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Couteau et piment vert, T.3 - Paru le 23/10/2024
Couteau et piment vert, T.4 - Paru le 20/11/2024
[1] Restaurant traditionnel japonais.