Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Pas mal
13 mai 2026
Depuis l’enfance, Mahiru porte en lui la conviction que la gastronomie console les cœurs brisés, ses plats les plus fins agissant comme des baumes sur les chagrins d’autrui. Lorsque son père veuf, las du Japon, l’abandonne sans un regard, le jeune homme, privé de tendresse, est recueilli par Yoruko Kitagawa, écrivaine distante dont l’énigme réside dans un refus obstiné de toute nourriture.
Deux solitudes à table : du refus à la première bouchée
Espérant tisser un lien dans cette cohabitation imposée, Mahiru déploie ses talents de cuisinier, parant la table de créations succulentes qui promettent amitié et chaleur. Pourtant, Yoruko repousse chaque assiette, son malaise trahissant une plaie plus profonde qu’une simple inappétence, jusqu’à ce qu’elle confie enfin la source de son tourment.
Après ces aveux, les efforts de Mahiru portent leurs fruits : l’écrivaine cède peu à peu, goûtant aux délices qui ravivent ses sens engourdis. Ces deux colocataires improbables, lui au charme efféminé, elle à la rudesse presque masculine, naviguent maladroitement entre silences et échanges, tandis que les dialogues, las, restent au ras des fourneaux, rendant ce tome final moins enlevé que le premier et teinté d’une déception diffuse. L’intrigue culmine-t-elle vraiment, ou s’essouffle-t-elle en route ? Le lecteur se le demande, suspendu à cette table où la persévérance seule fait office de sel.
Alchimie morikawienne : résilience mijotée à feu doux
C’est dans cette impasse gourmande que s’épanouit l’essence du récit : Mahiru persévère, devinant sous le refus une cicatrice émotionnelle que seule la patience peut refermer. Ainsi, malgré l’écart des âges et leurs gaucheries mutuelles, ces deux âmes blessées s’apprivoisent, tel un duo farouche émergeant de la nuit, apprenant à offrir et à recevoir dans un ballet intime. La cohabitation mute en leçon partagée, la table se muant en autel où la cuisine parle le langage du cœur, pont fragile entre les solitudes.
Yuu Morikawa, plume affûtée de La Désastreuse Histoire des jumeaux Stevenson, excelle à saisir les frémissements intimes qui renversent les vies, condensant son propos en deux tomes brefs pour préserver une intensité pure, comme une bouchée longuement savourée. Son scénario danse avec grâce entre chagrins enfouis, érigeant la cuisine en métaphore du soin universel, où chaque plat préparé avec amour défie la solitude et célèbre la résilience. Reprendre goût à la vie transcende la simple colocation : c’est un hymne à la reconstruction collective, autour d’une table où les saveurs rouvrent les appétits de l’âme.
Par Jessy LEMESLE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Reprendre goût à la vie T.2, Yuu Morikawa, Editions Delcourt, 8.50 €