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Excellent
1er juin 2026
Pour les plus vieux d’entre nous, voir Seccotine sortir son portable pour commander une pizza à Champignac-en-Cambrousse est assez rigolo.
Confié au scénario de Sophie Guerrive et au dessin d’Elric, l’album fait partie des séries dérivées de l’univers Spirou tout en revendiquant une tonalité moderne. Le point de départ est simple : fatiguée des grandes aventures et du tumulte journalistique, Seccotine vient chercher le calme à Champignac-en-Cambrousse. Évidemment, le village n’a rien d’un refuge paisible. Des animaux et des habitants disparaissent mystérieusement, les tensions montent entre militants écologistes et chasseurs locaux, et l’apparente tranquillité rurale se fissure rapidement.
Ce qui frappe d’abord dans Mystère à Champignac, c’est la manière dont l’album réussit à réinventer un personnage ancien sans le trahir. Seccotine conserve son tempérament volontaire, son ironie et surtout son indépendance, mais le récit lui donne une profondeur nouvelle. Elle n’est plus seulement la rivale journalistique de Spirou ou la jeune femme audacieuse surgissant ponctuellement dans l’intrigue, elle devient ici le véritable moteur narratif avec de petits clins d’œil nostalgiques.
Champignac est une vraie scène de théâtre, campagne accueillante en façade… mais un village traversé de rancœurs et de contradictions en profondeur. Derrière le charme bucolique pointe aussi une satire des fractures contemporaines : écologie militante, défense des traditions locales, paranoïa sécuritaire. Les auteurs jouent avec les codes du mystère feutré, indices disséminés, faux-semblants, notables suspects, communautés repliées sur elles-mêmes, personnages secondaires à la fois grotesques et inquiétants.
Graphiquement, Elric opte pour une approche qui respecte l’héritage franco-belge sans tomber dans le copier/coller. On retrouve la ligne claire, le sens du mouvement et du gag visuel propre à l’école Dupuis. Les scènes de village possèdent une chaleur presque automnale, idéale pour une enquête à combustion lente. En donnant à Seccotine un récit plus intimiste, plus ironique et plus ancré dans les tensions du réel, les auteurs démontrent qu’il reste encore des territoires narratifs à explorer dans cette mythologie vieille de plusieurs décennies.
Au final, Seccotine : Mystère à Champignac réussit un exercice délicat : satisfaire les amoureux du patrimoine franco-belge tout en proposant une œuvre accessible à un nouveau lectorat. C’est une BD malicieuse et bien écrite, qui rappelle qu’un bon personnage secondaire n’attend parfois qu’un peu d’espace pour devenir une héroïne de premier plan.
Par Philippe LECLERC
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