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Favori de la rédaction
16 septembre 2026
L’année 2026 voit décidément la collection Alpha des éditions Véga s’enrichir de titres variés et plus accessibles que ceux de son lancement en 2023. Après l’excellente romance historique Les fiancés de l’ère Taïcho et en attendant la sortie prochaine du premier tome de l’intriguant Tamon’s Queer Friends, les portes de la librairie Jugatsudo s’ouvrent au public français avec le premier tome du Bouquiniste d’Ao Kojima, qui signe ici sa première série.
A travers 6 histoires courtes, on découvre des pans de vie de ce bouquiniste (qui n’a pour l’instant pas de nom) et aussi de celles de ses clients. Le premier récit décrit comment il s’est lancé dans le commerce de livres d’occasion, après avoir mené une vie de col blanc vide de sens.
Ce choix de carrière l’a appauvri et il a découvert la face cachée de ce commerce, avec ses clients égoïstes aux demandes irréalistes, son cimetière de titres invendables et les simples curieux qui entrent parce que sa boutique est parfaite pour les réseaux sociaux. Pour autant, il ne regrette rien et adore observer et conseiller ses clients, même si parfois, les journées sont longues.
Si les premières pages donnent l’impression d’un jeune homme déjà blasé et revenu de tout, on constate très vite qu’il n’en est rien. Sa passion pour la littérature et les livres est réelle, ses connaissances solides et fouillées, ce qui lui permet de conseiller tous les profils et toutes les générations mais aussi d’apprécier la qualité des collections qu’on lui demande d’évacuer d’une maison dont le propriétaire est décédé.
A l’inverse, il sait aussi très bien rembarrer les clients mécontents qui surévaluent la valeur de ce qu’ils lui amènent en le prenant de haut, comme on le lit dans l’extrait ci-dessous ! Très honnête, il va jusqu’à rendre à une vieille dame l’argent qu’il a trouvé caché dans les pages d’un livre qu’il avait récupéré chez elle. L’occasion pour le mangaka de dessiner un joli moment tranche-de-vie intergénérationnel.
Les autres histoires sont racontées indifféremment du point de vue du libraire ou de ses clients. On passe ainsi d’une adolescente qui découvre ses premiers émois amoureux à une jeune femme férue de kimonos et de lecture en passant par deux hommes aux caractères opposés qui se découvrent une passion commune dans la construction d’une bibliothèque et une vieille dame qui veut juste boire un café en compagnie de quelqu’un.
L’ensemble est harmonisé par l’originalité (voire l’excentricité) et la force tranquille de ces personnages qui ont tous une attitude posée mais des caractères forts. Ils prennent leur temps, savent ce qu’ils veulent, comment l’obtenir et agissent avec calme et détermination. La jeune fille au kimono ne se laisse pas influencer par la tradition et suit sa voie, la bibliothèque finit par être terminée et notre bouquiniste parvient à ses fins également en reprenant le fonds de commerce du libraire où il se rendait régulièrement.
A cette unité de fonds et de ton correspond une unité de forme, avec un dessin clair, aéré, net et tout en contrastes subtils. Avec seulement quelques mèches de cheveux foncés, un élément de tenue noire, un fonds sombre de temps à autres ou les livres eux-mêmes, Ao Kojima réveille notre attention sans la capturer totalement et permet à nos yeux d’apprécier encore davantage la clarté du dessin.
Ce jeu délicat entre touches de noir, fonds blanc dominant et traits nets atteint son apogée dans les planches de l’épisode intitulé "L’appartement 201 est occupé" qui sont un véritable bijou d’inventivité et de beauté artistique, notamment le passage avec le mur livres que l’on vous laisse le soin d’aller admirer par vous-mêmes.
Chaque nouvelle histoire est marquée par une page pleine où l’imagination poétique et humoristique du mangaka s’exprime sans limites. Certains de ces récits contiennent aussi des planches uniques, comme la double page 62 et 63 de "Ave Maria" qui retranscrit de façon magistrale les éléments principaux d’une romance entre garçons et les émotions que cette lecture peut entraîner chez une jeune fille.
Tous ces dessins sont parfaitement mis en valeur par une impression qualitative sur un papier souple et opaque, dans un album au format 15 par 21cm désormais habituel pour la collection Alpha. La couverture à rabats sans jaquette est solide et élégante, avec un vernis sélectif légèrement en relief sur le titre et les motifs servant de cadre.
Pour résumer, Le bouquiniste est un très beau manga à offrir ou se faire offrir, que l’on soit féru de livres ou juste amateur de lectures douces et tranquilles. En tant que libraire d’occasion, il pourrait être voisin des Jimbôcho Sisters qui travaillent dans le même milieu. Par son calme et son flegme, il rappelle parfois à Hiroto, le héros de Hirayasumi, et pour le côté recommandation de lectures et ambiance générale, difficile de ne pas penser au Maître des Livres !
Avec 3 volumes parus à ce jour au Japon, Le bouquiniste a donc de beaux jours devant lui, même s’il faudra probablement cultiver la patience, un an s’étant écoulé entre la publication du tome 2 et celle du tome 3.
Par Gaëlle BEDIS
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Le bouquiniste, T. 1 - Paru le 05/06/2026