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Très bon
1er septembre 2026
Tim Lorentz n’est pas un professeur ordinaire : c’est ce que comprennent ses étudiants dès la première minute de cours. Intense et quelque peu effrayant, cet ancien membre des services de renseignement américains use en effet de toutes les méthodes déstabilisantes possibles et imaginables pour briser les croyances de ses étudiants sur les sectes et les organisations terroristes.
Son objectif ? Les pousser dans leurs retranchements, les obliger à exercer leur esprit critique et à faire face à une vérité terrifiante : personne n’est à l’abri d’être manipulé et eux-mêmes n’y échapperont pas totalement. A coups de débats explosifs, de mises en scène ultraréalistes et de questions dérangeantes, le « Professeur Terreur », aidé de son assistante Shirakawa, plus accessible mais tout aussi calculatrice et terrifiante, va tout faire pour que ses élèves ne puissent pas ignorer ce qui les attend...
Passez votre chemin si vous vous attendez à un manga d’horreur ! Bien que le dessin de Ten Ishida s’y prête parfaitement et que la couverture et le titre le laissent penser, ce seinen imaginé par Carlo Zen n’a rien d’un voyage au pays de l’hémoglobine. Enfin, pas totalement.
Tim Lorentz, son personnage principal, est là pour nous (dé)montrer que le terrorisme et la terreur sont présents partout dans le monde, cachés sous des apparences multiples et très souvent trompeuses, derrière des préjugés profondément ancrés et des réflexes de pensée réducteurs.
L’extravagance du héros, capable de sombrer dans les abîmes du désespoir et d’éclater de rire la minute suivante, est à ce titre un parfait exemple. Le Professor Terror n’a en effet pas volé son surnom : son aura, sa carrure, sa pensée, son attitude terrorisent ses étudiants.
Le dessin, sombre, percutant et souvent caricatural de Ten Ishida s’adapte parfaitement au héros hors norme que représente Tim Lorentz : un Américain parmi les Japonais, bruyant, expressif, cynique, un peu fou, mais aussi loyal et empathique. Son histoire personnelle n’est pas abordée dans ce tome mais il y a fort à parier qu’au cours des trois volumes restants de la série, terminée au Japon en juin 2022, on devrait en apprendre davantage sur sa personnalité et sur ce qui l’a amené si loin de chez lui.
Chaque étape de l’intrigue s’achève par une page de contre-mesures qui récapitule les pièges à éviter et les attitudes à adopter pour résister aux formes de terrorisme évoquées dans ce premier volume. Ces informations sont denses mais intéressantes, même si leur lecture casse parfois le rythme de l’histoire.
Déjà connu pour son light novel à succès The Saga of Tanya the Evil (Yôko Senki) qui mêle fantasy militaire et réflexion politique, le mystérieux Carlo Zen déploie dans Strange Lessons by Professor Terror toute l’étendue de son cynisme narratif et prouve son talent pour mener des intrigues finement ciselées et parfaitement emboîtées.
Ce qui ressort de ce premier tome est un scénario d’une solidité implacable, une sensation d’inconfort prégnante et une lecture qui garde une fluidité déconcertante malgré la quantité d’informations fournies. Juste assez supportable pour avoir envie d’assister au cours suivant mais pas suffisamment pour se sentir parfaitement à l’aise.
Ce manga dérange donc à plusieurs niveaux, ce qui est justement le but recherché à la fois par l’auteur et son héros : sortir du « confort » de l’ignorance et de la sécurité du consensus pour muscler sa réflexion et la confronter à une réalité loin d’être tendre.
Une bien belle leçon en 2026.
Par Gaëlle BEDIS
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Strange Lessons By Professor Terror, T. 1 - Paru le 17/06/2026