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Très bon
9 mai 2026
Judith, jeune étudiante en droit, prend quelques semaines de vacances dans une maison familiale, à Trégrescant, dans le Finistère. Autrement dit, et comme la bicoque totalement isolée le souligne, au bout du monde. Les premières pages suggèrent ce caractère lointain : un car, un taxi et, comme « la route est accidentée », l’étudiante qui doit faire les derniers kilomètres à pied, lourde valise à la main.
Solitude totale face à la mer, l’endroit idéal pour réviser et préparer ses examens.
Évidemment, il n’en sera rien.
Les aplats et les traits faussement lâches (on songe parfois aux BD de Patrice Leconte dans Pilote), presque coulants, avec une dominante noire et orange, installent une atmosphère sourde, parsemée de bruitages divers (le vent, une porte qui claque...), qu’accentue l’absence (et pour cause !) de dialogues. Judith se parle parfois mais elle écoute surtout la radio, qui diffuse des chansons ou les mots de Robert Badinter, plaidant pour l’abolition de la peine de mort - nous sommes en 1979. Sans oublier un reportage TV sur un braquage qui a mal tourné, qui fait écho à des affiches observées au début de l’ouvrage : trois avis de recherche.
Voici qu’un des braqueurs, Treillas, entend se planquer chez elle. Pour un type qui vient de tuer, il n’est guère agressif mais, plutôt brusque, impose néanmoins une tension réelle.
Marguerite Boutrolle pose le huis-clos entre l’étudiante et le braqueur avec une lenteur calculée, où les détails techniques (extraction de la balle, coupure du compteur électrique, déploiement d’une carte maritime, une horloge, une paire de ciseaux…) rythment la confrontation et parfois lui apportent leurs sonorités. Sonorités qui soulignent combien le dessin sait suggérer la pesanteur du silence. S’y ajoute de manière inattendue un flash-back qui renvoie à leurs enfances respectives et éclaire le récit d’un jour nouveau – un choix qui interroge, car il efface d’une certaine manière l’incongruité du face à face.
Courant sur 230 pages, ce roman graphique aux allures de thriller s’avère à la fois cotonneux et captivant. Cotonneux par le faux confort que procure cet exil volontaire, captivant par un dialogue impossible entre deux personnes que tout aurait pu rapprocher mais que la vie a dû séparer.
Par Jean-Marc PROUST
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