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La première paraît aux éditions Prisma associée avec Moulinsart : le 4e volume des Coulisses d’un œuvre signée par Philippe Goddin, avec la participation de Dominique Maricq, Tintin et les Cigares du Pharaon.
C’est une merveille d’érudition, mais aussi d’édition dans le soin apporté à la publication. Car je vois d’ici les esprits chagrins qui se lamenteront une fois encore que l’on célèbre et commente ad nauseaum l’œuvre d’Hergé alors que tant de BD intéressantes sont publiées chaque année. Certes, mais là où est l’inédit, c’est précisément dans le travail de contextualisation, grâce à une étude de l’œuvre en profondeur basée sur les archives de l’artiste sur lesquelles Philippe Goddin s’est penché depuis des années. On est bien au-delà de la seule bande dessinée n’est-ce pas ? Peu d’oeuvres permettent cela.
Une contextualisation qui s’intéresse non seulement aux thèmes évoqués dans l’album (Tintin passe de l’Egypte à l’Inde, sur les traces d’Henry de Monfreid, prélude à son arrivée en Chine) mais aussi à l’homme Hergé au tournant des années 1930, désormais marié, auteurs d’albums parus en librairie, dont Quick & Flupke, connu en Belgique mais aussi en France grâce au replacement de Tintin dans Cœurs Vaillants
Hergé créateur publicitaire aussi, influencé aussi par l’estampe japonaise (La Grande Vague de Kanagawa par Hokusaï), que par l’expressionnisme de Masereel, et l’Art Déco de Paul Iribe à Cassandre ou encore le Bauhaus. L’ambiance de l’avant-guerre aussi qui montre Hergé observateur de la montée des dictatures, toujours dans l’irénisme d’une paix universelle partagée par tous. Enfin, on retrace l’histoire de l’album qui reparaît complètement remonté dans les années 1940 avec Edgar P. Jacobs aux couleurs !
Ce qui est inédit, ce sont les magnifiques reproductions qui accompagnent ces textes, des cases agrandies où l’on voit la vibration du tracé de l’artiste, ses repentirs, ses fulgurances… Chaque nouvelle image est une invitation à mieux regarder l’œuvre, à relire les albums.
Et dans ce volume, les séquences iconiques ne manquent pas : le piège onirique de la pyramide, le sarcophage en pleine mer, l’assemblée des comploteurs de la secte du Cigare, l’arrivée des Dupondt, les policiers jumeaux et celle de Rastapopoulos, le rastaquouère réalisateur de cinéma, etc. C’est un album-clé dans l’œuvre, un classique que cette collaboration entre Prisma et Moulinsart permet de redécouvrir complètement. Un incontournable, à moins de 20€ !
Les Amis de Hergé
Et ça marche ? Il faut croire. Non seulement la qualité paie, mais Tintin reste une référence incontournable pour tout bédéphile. Il suffit de voir ses scores d’audience de nos articles et de nos vidéos sur YouTube, Instagram ou TikTok pour en être convaincus : Tintin est l’un des rares héros transgénérationnels à susciter une curiosité aussi constante.
Imaginez que la revue semestrielle des amis de Hergé en est à son 78e numéro et compte 40 ans au compteur ! Dans l’éditorial de ce numéro, Philippe Goddin, chef de file historique des « Hergéologues » évoque ses ennuis de santé et ses archives dont il voudrait qu’elles fussent préservées et « qu’elles servent à mes successeurs, voire à mes émules ». Il évoque différentes pistes d’atterrissage... Espérons que cette précieuse documentation ne soit pas dispersée…
Fortune critique
Car c’est le prix de l’éternité pour Tintin et Hergé : qu’une génération de chercheurs et de passionnés succède à ces pionniers. La fortune critique de Hergé est sans comparaison avec aucun autre auteur de bande dessinée dans le monde. La réédition mise à jour de l’ouvrage de référence d’Olivier Roche, Tintin, Bibliographie d’un mythe (Les Impressions nouvelles, avec une sublime couverture de Stanislas et une préface d’Albert Algoud) s’est enrichi de 300 nouveaux titres depuis la dernière édition, une bibliographie davantage raisonnée et plus critique que la précédente.
Une érudition qui va toujours au plus profond de l’œuvre si l’on se réfère au dernier ouvrage de Pierre Bénard : « Haddock a dit… » qui dresse un portrait psychologique du marin soiffard et bougon à travers ses citations les plus intrigantes comme les plus iconiques comme : « Salut, Wizskizsek » dont le jeu de mot n’échappe pas aux connaisseurs de forts breuvages, jusqu’au juron : « Espèce de satané bazar… de fourbi de truc ! »
Dans l’oeuvre de Hergé, ce kalédioscope d’émotions et de souvenirs, n’oublions pas la langue !
Par Didier PASAMONIK
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Tintin – Les Coulisses d’une œuvre T. 4 : Les Cigares du Pharaon
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