Bon
6 novembre 2024
Didier Marchant, détective privé, est chargé de filer quotidiennement un individu et sa sempiternelle mallette. Tout est simple. Trop simple. Le mystérieux commanditaire de l’enquête transmet jour après jour les horaires et les lieux de la filature, sans plus d’informations. Qui est-il ? Et qui est cette femme qui semble mêlée à l’affaire ? Et surtout qui manipule qui ?
Raconté sous le prisme de trois individus, cet album témoigne d’une ambition perdue, celle de faire du roman-photo un genre noble loin des bluettes à la Del Duca qui font aujourd’hui les choux gras des pasticheurs (citons les récents Mal se loger en cinq étapes d’Un Faux Graphiste, La fabrique du prince charmant d’Ovidie et Sophie-Marie Larrouy ou encore Guacamole Vaudou de Fabcaro.
Avec à la manœuvre Marie-Françoise Plissart, photographe et réalisatrice - qui obtiendra une vingtaine d’années plus tard le Lion d’Or à la Biennale de Venise pour Kinshasa, récits de la ville invisible - et l’incontournable Benoît Peeters, le projet emballe Jérôme Lindon - des très sérieuses éditions de Minuit, pilier du nouveau roman -, qui projette alors d’ouvrir une collection dédiée entièrement au roman-photo.
Commence alors un travail de titan : « Avec les outils de l’époque, le travail de montage et de mise en page était à la fois ludique et laborieux. Sur les planches-contacts, il fallait sélectionner à la loupe les meilleurs clichés, avant de les découper, au sens littéral du terme, pour obtenir des images tantôt verticales tantôt horizontales dans lesquelles viendrait s’inscrire le texte, soigneusement dactylographié. Souvent, Marie-Françoise devait recommencer plusieurs fois les tirages pour harmoniser l’ensemble de la page » se souvient Benoît Peeters, 40 ans plus tard.
Comme dans La Bibliothèque de Villers, l’auteur s’amuse à brouiller les pistes et semer ses lecteurs avec, qui deviennent eux-mêmes acteurs de l’intrigue et devront, comme les protagonistes, tenter de démêler le vrai du faux. L’expérience flatte l’esprit mais on en ressort facilement un peu frustré de ne pouvoir tout cerner.
Sous ses faux airs de polar à la Hitchcock, Fugues reste une sacrée curiosité et le portrait d’une certaine époque : celle des cabines téléphoniques, des machines à écrire, des suspects au physique « d’agent secret soviétique »...
L’album est complété d’une postface inédite de Benoît Peeters.
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