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Scotland T. 5 - Par Rodolphe, Leo & Marchal – Éd. Dargaud

Par Milan MORALES Excellent 11 mars 2026 
Fin de ce 4e cycle des aventures extraordinaires de l’agent secret britannique Kathy Austin ! Point d’extraterrestre dans cette aventure, mais bien des voyageurs du temps, égarés dans les landes écossaises des années 1960. Les auteurs bouclent ce cycle en offrant une conclusion limpide à une série de mystères patiemment distillés, sans renoncer à ce parfum d’étrangeté qui fait la marque de la “saga Kathy Austin”.

En 1964, l’agent du MI6 Kathy Austin revient sur les terres écossaises pour régler un héritage au manoir familial, ravagé par un incendie récent et chargé de souvenirs d’enfance. Là, une série de phénomènes troublants s’enchaînent : polyèdres translucides géants surgissant de la brume, corps repêchés à aisselles anormalement glabres, hominidés difformes hantant la lande, crop circles aux motifs géométriques précis, et l’ombre persistante d’espions soviétiques dans une tension de guerre froide.

Ce tome 5 s’ouvre sur le cliffhanger du précédent : face aux quatre mystérieux étrangers, Kathy apprend leur origine… du futur, recontextualisant brutalement l’ensemble des énigmes – des créatures aux formes géométriques – en une trame de manipulations temporelles et d’enjeux géopolitiques. Leo, Rodolphe et Marchal dénouent patiemment les fils tissés depuis quatre volumes, bouclant ce cycle écossais avec clarté, tout en laissant planer un ultime mystère afin de préparer sans nul doute un prochain voyage ailleurs.

Ce tome 5 remplit pleinement son rôle d’album à révélations : après quatre volumes à jouer sur le mystère, les auteurs livrent enfin les clés de l’énigme, et le pari est plutôt gagnant. La décision d’assumer une origine futuriste pour les mystérieux personnages fonctionne bien avec l’ADN de la “saga Kathy Austin”, qui a toujours navigué entre espionnage, science-fiction et fantastique “à la britannique”. On sent une réelle volonté de ne pas botter en touche : les explications sont claires, articulées, cohérentes avec les éléments posés depuis le tome 1 de Scotland et, plus largement, avec l’univers mis en place depuis Kenya, Namibia et Amazonia.

Ce qui frappe aussi, c’est la manière dont l’album met en scène la confrontation entre la vision du monde futur fantasmée par une humaine du milieu du XXe siècle et celle, beaucoup plus brute, décrite par ceux qui y vivent. Là où Kathy projette encore, malgré la guerre froide, une forme d’horizon presque utopique, les visiteurs, eux, parlent d’un avenir foncièrement dystopique, miné par les dérives technologiques et politiques. En faisant résonner ce décalage avec nos propres interrogations contemporaines, les auteurs font remonter à la surface nos peurs très actuelles quant à “notre” futur, sans discours appuyé mais par la seule force du récit.

La grande force de cet album, à mes yeux, tient dans son équilibre entre déballage d’informations et maintien d’une tension narrative. Les auteurs auraient pu se contenter d’un long “débriefing” bavard, mais ils conservent un rythme efficace, alternant scènes explicatives et séquences plus visuelles qui rappellent la dimension spectaculaire des phénomènes décrits. La scène de discussion autour de la table, qui ouvre l’opus, est emblématique : calme en surface, elle n’en demeure pas moins pleine de sous-entendus, de doutes et de réactions très humaines de la part de Kathy.

Le portrait de Kathy Austin reste convaincant : l’agent du MI6 n’est pas une héroïne monolithique, mais une professionnelle rompue aux étrangetés, qui garde pourtant sa dose de scepticisme devant la vérité sidérante qui lui est exposée. Sa progression intérieure – de la méfiance à l’acceptation – donne un ancrage émotionnel aux révélations, et évite que l’album ne verse dans la simple exposition théorique. On retrouve là ce mélange de sang-froid, d’ironie discrète et d’humanité qui fait le charme du personnage depuis les premiers cycles.

Graphiquement, Bertrand Marchal, (et à part le lettrage particulier de l’auteur auquel il faut s’habituer), on adore la symbiose entre les traits parfois bruts de l’auteur et la nature totalement sauvage, restituant parfaitement les ambiances des années 50, les véhicules, les maisons et le mobilier de cette décade d’après-guerre…. Le tout servi par une palette de couleurs elle aussi en phase avec l’histoire contée.
La mise en scène, très lisible, soutient bien les enjeux, qu’il s’agisse de dialogues tendus ou de séquences plus contemplatives.

Ce cinquième épisode s’impose comme une conclusion solide, claire et généreuse, qui respecte le contrat passé avec les lecteurs tout en prolongeant le souffle feuilletonnesque de l’ensemble.
Si vous avez suivi les pérégrinations de Kathy sur ces terres celtiques, ce tome 5 apparaît comme un passage obligé : non seulement il éclaire les ombres accumulées depuis quatre albums, mais il confirme aussi que l’équipe Leo/Rodolphe/Marchal sait tenir une promesse de récit au long cours.

Par Milan MORALES

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Code EAN : 9782205213157
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