Excellent
12 mars 2026
Lucrèce Andreae est réalisatrice de films d’animation et autrice de Flipette et Vénère. Elle nous livre un récit intime sur sa maternité, traité de manière caricaturée, mais teinté de réalisme.
Garance est méfiante envers les ouvrages classiques sur l’accouchement et l’éducation. Elle doute des médecins, des nounous et prend du temps pour accepter les dames de la crèche. Personne ne fait aussi bien qu’elle. Elle s’est beaucoup renseignée pour être une bonne mère. Elle prend pour modèle toutes les prescriptions alternatives, dont l’éducation positive. L’idée est que tout doit être au service des besoins de l’enfant. Son mental, ses relations avec les autres, son couple et son travail en pâtissent. Elle fait le choix de l’endurer pour le bien-être de son bébé. Elle subit l’allaitement, le cododo et le portage, car ses références de livres et internet disent que c’est ce qu’il faut faire. Elle laisse de côté ses besoins de sommeil, de solitude, de créativité et de reprendre possession de son corps.
On peut voir l’inégalité dans le couple à travers la charge mentale. Surtout lorsque la seule manière de nourrir l’enfant est l’allaitement. Tout repose sur elle. Son compagnon Nathan continue sa vie professionnelle pendant que Garance n’a que les besoins de son enfant en tête.
Après plusieurs années, elle se rend compte que cette éducation positive n’a aucune preuve scientifique.
Cette œuvre n’est pas là pour appuyer un récit de maternité parfaite et instagramable. Ici, la maternité est difficile. Tout devait être parfait, mais c’est principalement une pression rongée par la culpabilité ainsi qu’une inquiétude constante quand son enfant ne va pas bien.
On se concentre sur les personnages. Ils sont très expressifs. Toutes les émotions sont retranscrites de manière exagérée par le dessin, ce qui rend vraiment compte de l’état mental de Garance et de l’intensité de sa détresse. Le peu de décors présents sert le récit comme la représentation d’un espace juste pour elle lorsque Garance veut faire chambre à part. Le feutre donne des couleurs vives et fluos, ce qui accentue la puissance de la détresse. On sent la douleur de l’allaitement, les tremblements de douleur et d’épuisement ou encore le cerveau qui se liquéfie lorsque le bébé pleure.
On suit la vie de cette famille jusqu’aux cinq ans de l’enfant. Le bonheur revient lentement à la fin, malgré la séparation du couple. Garance retrouve sa vie d’avant tout en gardant des traces profondes du stress qu’elle a subi toutes ces années.
Ce partage d’expérience montre que, même en se dévouant corps et âme à son enfant, on ne sait pas ce qui le rendra heureux. On peut, en tout cas, voir un exemple de l’impact que cela peut avoir sur une mère.
Par Aurélie MONTEIX
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.